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1-Des temps du souvenir - B/ La cérémonie commémorative du 8 Mai 1945

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LA SIGNIFICATION DU 8 MAI 1945


Le 8 mai 1945 marque la victoire des Alliés (Etats-Unis, URSS, Royaume-Uni, France), au lendemain de la capitulation sans conditions de l'Allemagne nazie. Cette date désigne ainsi la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe et symbolise la victoire des valeurs démocratiques sur le fascisme et la barbarie nazie, illustrée par les « camps de la mort » et leur cortège d'horreur absolue.



LE CONTEXTE DE LA CAPITULATION ALLEMANDE


En avril 1945, après plus de cinq années de guerre totale, la majeure partie du territoire allemand, en ruine, est aux mains des Alliés : à l'Ouest, les armées des puissances alliées occidentales (Etats-Unis, Royaume-Uni, France) avancent irrésistiblement, tandis qu'à l'Est, dans le même élan victorieux, les troupes soviétiques se préparent à lancer leur ultime offensive sur Berlin.


Dans cette ville assiégée, capitale d'un IIIe Reich agonisant, Hitler finit par se suicider le 30 avril 1945. C'est donc à l'amiral Dönitz, son successeur, qu'il revient de demander la cessation des combats aux Alliés.



LA SIGNATURE DE LA CAPITULATION ALLEMANDE A REIMS : LE 7 MAI 1945


La cérémonie, simple et brève, a lieu le 7 mai, en pleine nuit, au quartier général des forces alliées du général américain Eisenhower, situé dans la ville française de Reims.


A 2 h 41, l'acte est signé par le général allemand Jodl, Bedell Smith le chef d'état-major d'Eisenhower, le général soviétique Susloparov et, à titre de témoin, le général Sevez, adjoint au chef d'état-major français de la Défense nationale et ancien commandant de la 4e division marocaine de montagne, durant la campagne d'Italie en 1943-1944. La cessation des combats est fixée, quant à elle, au lendemain, à 23 h 01.



LA DEUXIEME SIGNATURE DE LA CAPITULATION ALLEMANDE A BERLIN : LE 8 MAI 1945


Selon Staline, la capitulation de Reims n'est qu'un « acte préliminaire ». Pour des raisons de prestige, il exige une seconde cérémonie à Berlin, dans le quartier général des armées soviétiques. Celle-ci, plus solennelle, est fixée le 8 mai en fin de soirée.


Le maréchal allemand Keitel signe l'acte de capitulation, devant le maréchal soviétique Joukov et le maréchal de l'air britannique Tedder. Participent à la cérémonie, à titre de témoins, le général américain Spaatz et le général de Lattre de Tassigny, chef emblématique de la 1ère armée française, qui s'est distinguée dans la libération de la France puis en Allemagne et en Autriche, en 1944-1945.



LA PRESENCE DE LA FRANCE AUX CEREMONIES DE REIMS ET DE BERLIN


Lors de la cérémonie à Reims, le 7 mai 1945, le général Sevez, n'est pas associé à la rédaction du texte de capitulation, dont aucune version française n'est prévue. Il n'y a pas non plus de drapeau tricolore dans la salle de cérémonie. Présente, mais contrainte à rester effacée, la France a donc été tenue à l'écart de cette cérémonie ! Pire, elle n'est pas invitée par ses alliés, à participer à la seconde signature de la capitulation allemande, le 8 mai à Berlin !


Officiellement, la France s'est retirée de la guerre depuis sa défaite contre l'Allemagne en juin 1940. Le régime de Vichy du maréchal Pétain, la France légale, est alors entré en collaboration avec l'Allemagne, occupant le pays. Mais « une autre France », rebelle, a résisté : la France libre du général de Gaulle, qui a tiré sa légitimité de son combat pour la liberté, mais dont la contribution à l'effondrement de l'Allemagne reste modeste, comparée à ses alliés.


Néanmoins de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française depuis 1944, tient à être absolument représenté à Berlin le 8 mai. Selon lui, le conflit qui vient de s'achever a commencé non pas en 1939 mais en 1914 ! Au terme de cette « guerre de trente ans », il estime que son pays a bien mérité d'être associé à la Victoire. D'autant que les Forces de la France libre, la « vraie France » selon de Gaulle, se sont souvent illustrées, sans ménager leur peine et leur sang.


Il finit par convaincre ses alliés : la France est donc représentée le 8 mai, à Berlin, par le général de Lattre de Tassigny. Mais lorsque celui-ci demande qu'un drapeau français soit joint aux autres drapeaux alliés, dans la salle de capitulation, il s'attire cette réflexion d'un officier britannique : « Et pourquoi pas le drapeau chinois ? » Qu'importe, un drapeau tricolore est confectionné en toute hâte, avec des pièces de tissu insolites : le bleu est obtenu à partir d'un morceau de serge découpé dans la combinaison d'un mécanicien, quant au rouge il provient d'un étendard nazi ! En voyant le drapeau français et la présence du général de Lattre de Tassigny, qui associe solennellement la France à la Victoire, le maréchal allemand Keitel, dépité, s'exclame alors : « Ach, il y a aussi des Français ! Il ne manquait plus que cela ! » Après la signature des vaincus, dans une atmosphère glaciale, les représentants alliés signent à leur tour l'acte de capitulation en dix-huit exemplaires, rédigés en russe, en anglais et en allemand. Là non plus il n'existe pas de version en français...


Une fois la délégation allemande retirée, les officiers alliés laissent éclater leur joie, tandis qu'un buffet est rapidement organisé dans la salle de capitulation pour fêter l'évènement. Il est deux heures du matin. Dès lors, se succèdent les discours d'hommage aux armées alliées et les toasts arrosés à la vodka, dans une ambiance euphorique... Qui tranche avec le visage fermé du général de Lattre de Tassigny, refusant même la nourriture qu'on lui propose. A un officier soviétique qui le questionne sur son état de forme, il rétorque : « Je me porte très bien, mais je ne puis manger ni boire lorsqu'en une heure aussi solennelle on oublie de parler de ma patrie. » En effet, au cours de cette nuit festive, aucune allusion publique n'a été faite à l'armée française ou au général de Gaulle, alors que le maréchal soviétique Joukov et d'autres officiers américains et britanniques ont pris la parole pour saluer l'URSS, les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Interpellé, le maréchal Joukov improvise un hommage à la France, ponctué d'ovations et de toasts, se terminant par une chaleureuse Marseillaise ! Il a fallu, une fois de plus, toute l'obstination du général de Lattre de Tassigny pour éviter à son pays de rester dans l'ombre de la Victoire, à Berlin.


Ces évènements révèlent les difficultés de la France à se faire accepter autour de la table des vainqueurs et à être considérée par ses partenaires comme un allié de poids dans le dénouement victorieux de la guerre en Europe. Néanmoins, la présence de la France à Berlin, le 8 mai 1945, est une étape cruciale dans la reconquête de son rang sur la scène internationale, fortement compromis après le désastre de juin 1940. Et ce, grâce à la détermination et au sens politique du général de Gaulle, ainsi qu'au dévouement et au sacrifice des hommes et des femmes qui ont lutté à ses côtés, originaires de France et des quatre coins du monde : Maghreb, Afrique noire, Asie, Amérique, Océanie.



L'ANNONCE OFFICIELLE DE LA VICTOIRE


La Victoire est officiellement communiquée, sur les radios, par les chefs des gouvernements alliés occidentaux le 8 mai, à 15 h. Elle le sera seulement le 9, à Moscou, après l'annonce de la capitulation allemande signée à Berlin. Dans les pays qui viennent de remporter la guerre, cette nouvelle est accueillie avec joie et soulagement, au son des sirènes et des cloches des églises.


A Paris et dans d'autres grandes villes de l'hexagone, les rues sont envahies par une foule, qui entonne la Marseillaise et des chants patriotiques. Cependant la joie de la Victoire en France est affectée d'une sourde tristesse et de diverses inquiétudes. Rien à voir avec l'explosion de bonheur que la Libération, l'année précédente, a suscitée.


En effet, au printemps 1945, la population subit encore le rationnement et la situation économique reste difficile dans un pays qui est à reconstruire. C'est aussi l'époque des procès de l'épuration, qui rappellent les divisions de la population française dans les heures sombres de l'occupation, auxquels s'ajoutent des tensions politiques entre gaullistes et communistes. Parallèlement, les Français mesurent progressivement l'horreur des camps nazis, qui constitue un véritable choc moral, accentuant la détresse humaine d'une société déjà endeuillée par la mort d'environ 600 000 civils et militaires depuis le début du conflit


De plus, la guerre n'est pas encore terminée entre les Alliés et le Japon : les Américains, en particulier, livrent des combats acharnés aux Japonais dans l'Océan Pacifique. La Seconde Guerre mondiale ne se finira véritablement que le 2 septembre 1945, avec la capitulation du Japon, suite aux deux explosions atomiques de Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août.



LA COMMEMORATION DU 8 MAI 1945 ET SES VICISSITUDES EN FRANCE


Eclipsant la cérémonie du 7 mai 1945 à Reims, le 8 mai est officiellement choisi par les puissances alliées occidentales afin de commémorer la Victoire en Europe. Pour désigner cette journée, les Américains parlent toujours du V-E (Victory-Europe) Day, qu'ils distinguent du V-J (Victory-Japan) Day. Quant aux Soviétiques, ils choisissent le 9 mai pour célébrer la Victoire sur l'Allemagne nazie. Décalage qui existe encore aujourd'hui.


En France, dans les années d'après-guerre, la journée du 8 mai n'acquiert pas le caractère sacré du 11 novembre, comme au lendemain de la Première Guerre mondiale. Il est vrai que les circonstances de la Victoire n'ont pas été les mêmes... Se pose, en fait, la question de savoir s'il convient d'instaurer une journée commémorative unique pour les deux conflits mondiaux (idée à laquelle est favorable le général de Gaulle) ou de célébrer les deux dates avec la même solennité.


En 1946, le gouvernement français décide que la commémoration du 8 mai 1945 « sera célébrée le 8 mai de chaque année si ce jour est un dimanche et, dans le cas contraire, le premier dimanche qui suivra. » Les associations d'anciens combattants, de résistants et de déportés s'opposent à cette décision et réclament très vite que la Victoire soit célébrée le jour même du 8 mai. Ils organisent ainsi leur propre cérémonie à cette date. Il faut attendre 1953, à la demande de ces associations, pour que le 8 mai devienne un jour férié, mais non chômé.


Ce statut est vite remis en cause sous la présidence de de Gaulle. Afin de diminuer le nombre de jours fériés, la célébration de la Victoire de 1945 est fixée, en 1959, au deuxième dimanche de mai. Ce qui provoque de vives réactions parmi les anciens combattants, déportés et résistants, qui continuent de commémorer la victoire chaque 8 mai ; la plupart boycottant même les cérémonies officielles ! Un compromis finit par être trouvé en 1968 : la célébration de la Victoire est de nouveau fixée au 8 mai, mais en fin de journée.


De manière radicale, le président Giscard d'Estaing décide, en 1975, de mettre un terme à cette commémoration nationale, au nom de la réconciliation franco-allemande et propose d'y substituer une journée de l'Europe. Cette décision scandalise les associations d'anciens combattants, de résistants et de déportés et suscite de vives réactions dans le monde politique. Un nombre important de communes continuent ainsi à célébrer officiellement le 8 mai à sa date anniversaire.


Il faut attendre 1982 pour que le président Mitterrand rétablisse le 8 mai comme commémoration nationale. Cette « journée de la liberté » redevient fériée et même chômée ( à noter que ni les Américains, ni les Anglais ne chôment le 8 mai). Présentée dans les écoles, largement couverte par les médias, la célébration du 8 mai prend alors une dimension supplémentaire, comparable à la cérémonie du 11 novembre, à laquelle elle emprunte d'ailleurs une part de son rituel.


Plus que jamais, cette commémoration nationale présente, de nos jours, une opportunité pour rappeler les dangers de l'extrémisme et nous inciter à la vigilance. Ses manifestations entretiennent le souvenir, tout en se tournant vers l'avenir : délivrant un message de paix et de tolérance, la journée du 8 mai oeuvre ainsi à l'unification de l'Europe et au rapprochement des peuples, au nom de la liberté et de la démocratie.



LA COMMEMORATION DU 8 MAI 1945, AUJOURD'HUI AU MAROC


Chaque année au Maroc, le 8 mai est l'occasion de cérémonies commémoratives organisées par les Consulats français, l'Attaché de Défense auprès de l'Ambassade de France et le Service des Anciens Combattants de l'armée française.


A Casablanca, la commémoration du 8 mai se déroule habituellement en deux temps. Une première cérémonie a lieu, devant le monument aux morts situé dans la cour du Consulat. Une seconde est organisée un peu plus tard, au pied du « Mémorial du Lycée » Lyautey. La foule rassemblée pour l'occasion y est variée : personnalités civiles et militaires, françaises et marocaines, anciens combattants, amis de disparus, simples participants. A cette assistance se joignent des jeunes, pour la plupart élèves au Lycée Lyautey. Cette jeunesse, à qui le flambeau de la mémoire doit être transmis, en particulier lors de ces manifestations symboliques, afin que chacun se souvienne de la dette qu'il doit à tous ceux qui ont fait le sacrifice de leur vie pour la liberté.


Outre ce devoir de mémoire, l'organisation des cérémonies du 8 mai par la France, au Maroc, est l'occasion de rappeler les liens très forts, qui unissent ces deux pays et qui ont été tissés au cours de l'Histoire. Une mémoire partagée dont certaines pages, les plus glorieuses, ont été écrites par les dizaines de milliers de soldats marocains, incorporés dans l'armée française durant la Seconde Guerre mondiale. Répondant à l'appel de la France et aux voeux de leur sultan, Sidi Mohammed ben Youssef (futur Mohammed V), ils ont défendu puis reconquis la liberté, aux côtés des Alliés, en France et en Europe. Après le 8 mai 1945, le général de Gaulle a ainsi tenu à associer, avec faste, le sultan du Maroc aux festivités de la Victoire, au cours desquelles Sidi Mohammed ben Youssef a été fait Compagnon de la Libération. Prestigieuse distinction honorant un chef d'Etat resté loyal à la France, dans l'épreuve, en reconnaissance des sacrifices de son peuple et particulièrement des valeureux combattants marocains.


Ce sont des survivants de cette foule de héros, souvent anonymes au regard de l'Histoire, qui sont les humbles porte-drapeaux, lors des cérémonies commémorant la fin de la Seconde Guerre mondiale, à Casablanca, Rabat, Fès ou Marrakech... A l'égard de ces hommes et des milliers d'autres anciens combattants marocains de l'armée française, la commémoration du 8 mai au Maroc acquiert tout son sens et prend une dimension supplémentaire : le souvenir, la considération et une reconnaissance perpétuelle.



Christophe TOURON, professeur d'Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1995-2007) et au Collège Royal à Rabat (2003-2007). 


Date de création : 14/10/2004 @ 16:40
Dernière modification : 09/02/2007 @ 15:50
Catégorie : 1-Des temps du souvenir
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