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C/ Les anciens combattants de l'armée française au Maroc au seuil des années 2000 (1)

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COMBATTANTS D'HIER...


De 1939 à 1945, le Maroc, alors sous Protectorat français, s'engage ouvertement aux côtés des Alliés, pour combattre le nazisme et le fascisme en Europe. Répondant à l'appel de la France et de leur sultan Sidi Mohammed ben Youssef (futur Mohammed V), des dizaines de milliers de volontaires marocains s'engagent dans l'armée française. En 1939, on en dénombre 90 000. En 1944, ils sont encore plus de 85 000, incorporés dans l'armée de la libération, aux côtés de leurs frères d'armes français, mobilisés ou engagés volontaires, dont 41 000 Français du Maroc.


Ces combattants marocains, majoritairement d'origine rurale, sont recrutés sur l'ensemble du Royaume. Mais ce sont les régions du Moyen et secondairement du Haut Atlas, qui fournissent les contingents les plus importants, avec environ 60 % des effectifs engagés. En effet, Les montagnes de l'Atlas, peuplées de tribus berbères, offrent de fortes densités de population et une haute tradition guerrière.


Ces soldats sont jeunes, voire très jeunes, entre 15 et 25 ans ! Etant donné que les volontaires ne disposent pas de documents attestant avec précision de leur date de naissance, leur enrôlement se fait après un examen de santé et de leur force physique, ce qui permet parfois à des adolescents de 15 ou 16 ans de s'engager. Un ancien goumier, vivant dans la région de Sefrou, raconte : « En 1944, j'avais à peine 16 ans. J'ai vu des goumiers dans notre douar et j'ai été impressionné. Cela m'a intéressé, j'ai décidé de m'engager. On m'a dit : « C'est facile, t'as qu'à aller voir les Français à la caserne, au bureau du recrutement. » Cela n'a pas posé de problème et je suis parti à la guerre. »


Les motivations qui poussent ces milliers de Marocains à entrer dans l'armée française, sont multiples. Désignés parfois d'office par les autorités marocaines du village, la très grande majorité d'entre eux s'engage de son plein gré. Karim Bouazzaoui, ancien sous-officier au 5e régiment de tirailleurs marocains (5e RTM), explique : « A l'âge de 16 ans et demi, avec des camarades, nous avons décidé de nous engager comme tant d'autres, ayant en mémoire l'appel de sa Majesté en faveur de la France. » En répondant à cet appel, beaucoup partent aussi par esprit d'aventure, pour « la geste », et pour fuir la misère. Mohamed Arfouni, ancien sous-officier dans les tirailleurs, témoigne : « Je me suis engagé à Meknès, au 7e RTM car il n'y avait alors pas grand chose à faire au Maroc. » Rentrer dans l'armée française offre l'opportunité de quitter son douar (village), de voyager, d'avoir l'assurance d'être nourri, habillé et de toucher une solde assez intéressante pour l'époque. Mais c'est aussi s'exposer à la mort, aux souffrances physiques et morales engendrées par la guerre !


De 1939 à 1945, les combattants marocains sont de tous les combats : après avoir vécu l'humiliation de la défaite, en 1940, ils connaissent l'ivresse de la victoire, entre 1943 et 1945. De la Tunisie à l'Autriche, en passant par la Sicile, la Corse, l'Italie, l'île d'Elbe, la France et l'Allemagne, le sang versé par ces fils du Maroc balise les chemins, qui conduisent à la libération de l'Europe et la capitulation de l'Allemagne nazie. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, près de 10 000 Marocains ont ainsi été tués au service de la France et pour la liberté.



...VETERANS D'AUJOURD'HUI


Après la Victoire, en 1945, le Maroc compte plus de 100 000 soldats de retour du conflit : environ 2/3 de Marocains et 1/3 de Français. A ces nombreux vétérans de la Seconde Guerre mondiale s'ajoutent les anciens combattants (Marocains et Français) de la Première Guerre mondiale, qui sont encore des milliers à vivre au Maroc à cette époque.


En 2005, il reste près de 21 000 anciens combattants de l'armée française dans ce pays, dont plus de 95 % de Marocains, vétérans de la Seconde Guerre mondiale et de la guerre d'Indochine (1946-1954).


Du fait de leur recrutement initial, beaucoup vivent encore dans les montagnes de l'Atlas, autour de Sefrou, Khénifra, Beni-Mellal, Bin el Ouidane, Demnate ou Marrakech... De nombreux vétérans résident aussi, à présent, dans les villes côtières, surtout à Casablanca. C'est là que l'on observe, d'ailleurs, la plupart des anciens combattants français, vivant encore au Maroc.


Au seuil des années 2000, tous ces anciens combattants ont entre 75 et 90 ans. Avec leur grand âge, leur force les abandonne progressivement et les problèmes médicaux se multiplient. Leur nombre diminue ainsi inexorablement. Si les conditions de vie des vétérans français, vivant au Maroc, paraissent convenables dans l'ensemble, celles des vétérans marocains sont plus variées : certains vivent correctement, souvent parmi leurs enfants et petits enfants ; d'autres, en nombre important, connaissent de réelles difficultés matérielles.


Celles-ci sont généralement les conséquences de revenus souvent modestes durant leur vie active, après la guerre, et de la situation socio-économique du Maroc. Ce dernier, confronté au problème du développement, n'a pu mettre en place, jusqu'alors, ni de couverture médicale ni de système de retraite généralisés pour sa population. Difficultés que ne peut compenser, par ailleurs, la faiblesse des pensions versées par la France aux vétérans marocains à cause de leur « cristallisation » en 1959. Injustice qui perdure jusqu'en 2006... (cette question est évoquée dans la deuxième partie)



BLESSURES PHYSIQUES, BLESSURES MORALES


Comme leurs frères d'armes français, des milliers de soldats marocains rentrent de la Seconde Guerre mondiale après avoir été amputés d'un ou de plusieurs de leurs membres. Ces amputations sont liées à des blessures provoquées par des éclats d'obus, de grenades ou de mines.


Nombre d'amputations du pied, partielle ou totale, sont dues, quant à elles, aux gelures attrapées durant la campagne d'Italie (hiver 1943-1944) ainsi que les combats des Vosges et d'Alsace (hiver 1944-1945), où le froid et la neige ont été le quotidien éprouvant des soldats. Un ancien goumier vivant dans la région de Demnate raconte : « Après plusieurs jours d'attente dans la neige pour déloger les Allemands, je ne sentais plus mes pieds. Ils étaient gelés ! On m'a évacué sur un brancard, à dos d'homme, car aucun véhicule ne pouvait rouler dans les montagnes italiennes. Mes dix orteils ont été coupés. Je touche pour ça une pension d'invalidité à 90 % aujourd'hui. »


Les combattants marocains ont subi d'autres blessures invalidantes, telles que la dégradation de leurs sens (la vue, l'ouïe...), les complications respiratoires et nerveuses... C'est avec de tels corps meurtris qu'il leur faut se réinsérer dans la vie civile après la guerre. Mission difficile et douloureuse menée, à partir de 1945, avec l'assistance du Service des Anciens Combattants et de l'Appareillage des Handicapés, antenne du Ministère français de la Défense, installé à Casablanca et rattaché aujourd'hui à l'Ambassade de France. Chakir Bertout, ancien tirailleur au 2e RTM, évoque ces difficultés : « Blessé à l'avant-bras par un éclat d'obus, je ne peux plus le bouger normalement ni me servir de ma main correctement. »


En 2005, les anciens combattants marocains amputés d'un membre et qui ont besoin d'une prothèse, ne sont plus qu'un millier au Maroc. Ces grands invalides de guerre, et leurs autres camarades blessés connaissent souvent une aggravation de leur infirmité, due à leur âge avancé.


Expérience traumatisante pour les corps, la guerre l'est aussi pour les esprits. Bien que les soldats marocains soient de rudes guerriers, tous ont souffert de l'éloignement avec leur famille, des horreurs quotidiennes de la guerre et de la perte de nombreux de leurs camarades.


Cicatrices qu'ils emportent dans leur vie civile et qui les accompagnent durant toute leur existence. Ainsi, Saber, ancien moqaddem (sergent) dans les goumiers qui explique, la voix émue, que : « Le plus mauvais souvenir de la guerre c'est celui de mes amis tous morts autour de moi. » Et Houcine Benyahia, ancien tirailleur au 1er RTM, d'ajouter au sujet de ses cinq années de captivité : « J'évite de me rappeler ces mauvais souvenirs, comme lorsque nous étions 7 prisonniers à nous partager un seul pain au repas, parce que sinon je dors encore mal la nuit. »



UNE EXPERIENCE QUI A MARQUE LEUR VIE


Durant la Seconde Guerre mondiale, les Marocains engagés dans l'armée française s'ouvrent des horizons inconnus jusqu'alors : l'apprentissage du français pour certains, une réelle considération au sein de l'armée avec parfois des postes de responsabilité, la découverte de l'Europe et les contacts avec leur population... Le colonel Mouloud Arbal, ancien officier au 2e RTM, raconte à ce sujet : « Mon engagement dans l'armée française m'a formé, il m'a montré beaucoup de choses, que je n'aurais pas su sinon. Pour moi, l'armée a été une grande famille. »


Autant d'éléments enrichissants qu'un certain nombre de vétérans marocains savent mettre à profit dans le civil après la guerre, contribuant à améliorer un peu leur quotidien. M. Boumah, ancien goumier, explique ainsi : « Avec l'argent de ma solde de goumier, j'ai acheté des moutons et quelques terres. Chez mes camarades y en a qui ont acheté une boutique, d'autres des moutons, comme moi et d'autres qui ont tout dépensé en s'amusant. »


Les anciens combattants de retour dans leur village acquièrent aussi une certaine reconnaissance sociale dans leur entourage, en particulier en milieu berbère, où les exploits des goumiers continuent d'être contés dans les chants populaires.


Nombreux sont les soldats marocains qui, au lendemain de la guerre, restent dans l'armée française, en suivant leurs chefs, auxquels ils sont très attachés : à titre indicatif, un travail de recherche franco-marocain portant sur plus de 1000 dossiers de vétérans de la Seconde Guerre mondiale, examinés au Service des Anciens Combattants de Casablanca à la fin des années 1990, montre que 27 % d'entre eux se réengagent pour participer à la guerre d'Indochine. Les rescapés de cette guerre retrouvent ensuite la vie civile ou continuent leur carrière militaire, après l'indépendance du Maroc, dans les Forces Armées Royales (FAR).


Grâce à leur maîtrise du français et leur statut d'ancien combattant de l'armée française, des vétérans marocains peuvent tenter une expérience de vie en France. C'est le cas de Mohamed Bennour, ancien tirailleur : « Après la guerre je suis retourné en France, j'ai voulu revoir un camarade, un lieutenant. C'était mon camarade. Pendant les combats, il avait été blessé et c'est moi qui l'avais conduit au poste de secours. Et puis j'ai connu une Française, je suis resté deux ans en France. Alors il a fallu choisir et j'ai préféré rentrer au pays. »


Parallèlement à ces migrations temporaires, quelques milliers de vétérans marocains s'installent définitivement en France. Ce flux, qui débute dès la fin des années 1940, s'accentue dans les années 1950-1960.



SOUVENIRS ET MEMOIRE DE LA GUERRE


Si les chemins empruntés par les anciens combattants marocains de l'armée française sont variés jusqu'à nos jours, quasiment tous s'accordent, aujourd'hui, pour dire qu'ils ne regrettent en rien leur engagement durant la Seconde Guerre mondiale. Epoque qui a été aussi celle de leur jeunesse ! Ses anecdotes, ses souvenirs, heureux ou pénibles, nourrissent toujours leur mémoire. Et quand la mémoire est défaillante, le livret militaire est là pour rappeler le parcours et les prouesses de chacun.


Fiers de leurs exploits passés, peu d'anciens combattants marocains participent, cependant, aux diverses cérémonies commémorant le souvenir de la Deuxième Guerre mondiale. Beaucoup ne le peuvent pas pour des raisons géographiques et matérielles, puisque ces cérémonies ont lieu dans les principales villes du Royaume, trop éloignées de leur foyer. D'autres le pourraient mais ne daignent plus le faire. Leur mémoire de la guerre est vécue pudiquement, familialement, avec les camarades des barouds d'antan, parfois au sein d'associations d'anciens combattants, qui entretiennent cette mémoire et défendent les intérêts de ces vétérans.



Christophe TOURON, professeur d'Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1995-2007) et au Collège Royal à Rabat (2003-2007). 


Date de création : 14/10/2004 @ 16:45
Dernière modification : 29/07/2014 @ 11:51
Catégorie : 3-Une institution et des hommes
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Le Projet pédagogique 2002-2003

1-Le projet en images et ses prolongements en 2004 et 2005

2-Acteurs et partenaires

3-Objectifs

4-Calendrier et descriptif de l'action

5-Remerciements

6-Présentation de l'exposition

7-Deux poèmes émouvants

8-Programme du voyage pédagogique en France

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Le Projet pédagogique 2005-2006

1-Le projet en images et ses prolongements en 2007


2-Acteurs et partenaires


3-Présentation générale du projet


4-Calendrier et descriptif de l'action


5-Présentation de l'ouvrage "Ana ! Frères d'armes marocains dans les deux guerres mondiales" et Remerciements


6-Présentation de l'exposition sur les soldats marocains en 14-18 et 39-45


7-Présentation du recueil numérique sur le Carré musulman de Douaumont


8-Recueil de poèmes rédigés par les élèves


9-Textes d'élèves primés au concours "André Maginot"


10-Programme du voyage pédagogique en France

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