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3-Une institution et des hommes - D/ Les anciens combattants de l'armée française au Maroc au seuil des années 2000 (2)

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LES ASSOCIATIONS D'ANCIENS COMBATTANTS AU MAROC


Dès le lendemain de la Seconde Guerre mondiale, de nombreuses associations d'anciens combattants sont créées au Maroc, afin de perpétuer les liens fraternels tissés sur le front et entretenir le souvenir des camarades disparus. Leur présence aux cérémonies commémorant les deux guerres mondiales est alors très importante.


De par leurs fondateurs et leur localisation en ville, ces associations regroupent majoritairement des anciens combattants français, qui n'en oublient pas pour autant leurs frères d'armes marocains non-adhérents, par exemple par des actions de bienfaisance.


Après l'indépendance du Maroc, les sièges de ces associations s'installent progressivement  en France, en gardant des antennes dans le Royaume, qui finissent par se retirer, à leur tour, dans les années 1970-1980, n'ayant plus beaucoup d'adhérents dans le pays.


Aujourd'hui il reste néanmoins une Amicale des Anciens Combattants Français du Maroc, qui compte quelques centaines de membres. Toutes ces associations françaises continuent de témoigner leur solidarité avec leurs frères d'armes marocains en leur envoyant des dons : c'est le cas de l'Union Fédérale des Anciens Combattants, du Souvenir français, de la « Koumia » ou encore de la « Maison des Anciens » de Casablanca.


Parallèlement, côté marocain, il existe l'Association Nationale des Anciens Combattants, dont le siège est à Rabat et qui possède des sections locales sur l'ensemble du territoire.


En 2001, une autre association très active voit le jour : l'Union Nationale des Anciens Combattants Marocains Fils et Descendants. Son siège est à Nice, mais elle possède une antenne à Meknès. Forte de plus de 7000 adhérents après seulement deux années d'activité, cette association franco-marocaine ne cesse depuis de drainer vers elle des adhérents toujours plus nombreux et de multiplier les actions en faveur des anciens combattants. En 2006, elle reçoit le Trophée Civisme et Défense des mains du Président du Sénat français, en récompense de son travail de grande envergure pour la mémoire et la défense des droits des vétérans marocains de l'armée française, ainsi que l'intégration des jeunes français d'origine marocaine, descendants de ces anciens combattants. Depuis sa création, cette association a entrepris notamment des démarches administratives pour la régularisation de plus de 10 000 dossiers d'anciens combattants, ainsi qu'une formation par des pompiers français de deux cents jeunes, fils et filles de vétérans marocains. Chaque année, cette association organise également des voyages au profit des vétérans marocains sur les lieux de leurs combats les plus marquants en France et en Italie. Elle mène enfin une action éducative et civique remarquable dans des établissements français et marocains sur les deux rives de la Méditerranée.


Toutes ces associations peuvent bénéficier de l'assistance de la « Fondation Hassan II pour les oeuvres sociales des anciens militaires et anciens combattants », créée en 1999, et qui a vocation à traduire en acte la reconnaissance du Maroc à cette catégorie de la population.



UNE RECONNAISSANCE OFFICIELLE ET HONORIFIQUE


Durant la Deuxième Guerre mondiale, en reconnaissance de leur héroïsme et de leurs sacrifices, beaucoup de soldats marocains reçoivent, à titre individuel ou au nom de leur unité, des citations à l'ordre de l'armée française, voire même pour certains, des armées alliées anglo-américaines.


Cette reconnaissance officielle et honorifique se traduit aussi par des décorations (Croix de guerre, Croix du combattant...) attribuées au coeur du conflit, parfois de la main même du général de Gaulle, du général Juin ou du général de Lattre de Tassigny... Attribution de médailles qui perdure bien après la guerre et jusqu'à nos jours, pour la plus prestigieuse d'entre-elles, la Légion d'Honneur.


La plupart des anciens combattants marocains tirent encore une fierté légitime de ces citations et de ces décorations, qu'ils conservent souvent pieusement comme un témoignage de la bravoure dont ils ont fait preuve. Comme le rappelle Mohamed Halmani, ancien sous-officier dans les tirailleurs : « Ces médailles je les dois à mon courage. J'étais chef de groupe et je faisais office d'adjoint du chef de section. Lorsque le chef est mort je l'ai remplacé. J'ai obtenu ces médailles sur le champ de bataille. J'ai été blessé à trois reprises en Italie, en France, en Allemagne. Ces médailles n'ont pas été distribuées à n'importe qui. Elles ont été attribuées aux vaillants et courageux soldats. »



LES MESURES EN FAVEUR DES ANCIENS COMBATTANTS MAROCAINS AU LENDEMAIN DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE


En 1945, le Service des Anciens Combattants et de l'Appareillage des Handicapés, s'installe à Casablanca, afin d'assister sur le plan médical et social les nombreux vétérans de la Seconde Guerre mondiale au Maroc. Répondant ainsi à un devoir moral pour la France : « le droit à réparation ».


Si le manque d'instruction peut constituer un obstacle pour réclamer des aides auprès des services français compétents, tous les anciens combattants marocains jouissent cependant des même droits, en théorie, que les vétérans français. Lorsqu'ils répondent aux critères, ils bénéficient de la carte du combattant et de pensions à taux plein, indexées au coût de la vie (revalorisées périodiquement). Néanmoins, le niveau de ces pensions est inférieur à celui de leurs frères d'armes français. Injustice que le général Leclerc ne manque pas de dénoncer dès octobre 1947, alors qu'il dirige une mission d'inspection des forces terrestres, maritimes et aériennes de l'Afrique du Nord. Doléance à laquelle les ministères français ne donnent malheureusement pas de suite.


Parallèlement, les autorités françaises créent des logements, avec un loyer peu élevé, pour des familles d'anciens combattants marocains vivant en milieu urbain : par exemple, à Casablanca, une « cité des Anciens combattants » est construite dans le quartier d'Aïn Chock, à partir de 1950. Des emplois sont également réservés en priorité aux vétérans. Mohamed Kasmi, ancien soldat dans les Commandos d'Afrique, unité d'élite de la 1ère armée française, témoigne : « Démobilisé à Taza en mars 1946, j'ai regagné mon foyer et j'ai été recruté en priorité, en tant qu'ancien combattant, comme facteur des postes à El Jadida. » Ces emplois réservés sont cependant loin de répondre à toutes les demandes. Toujours dans son rapport d'octobre 1947, le général Leclerc relève 280 demandes satisfaites sur 10 000.  



LA « CRISTALLISATION » DES PENSIONS ET L'ARMEE D'AFRIQUE TOMBEE DANS L'OUBLI


Après l'indépendance du Maroc, les dispositions de la France en faveur des anciens combattants marocains se détériorent. A l'époque, en pleine décolonisation, au moment ou d'autres pays, comme le Royaume-Uni, suppriment les pensions militaires versées aux vétérans de leur ancien Empire, la France défend une position médiane : tout en continuant de verser les pensions des vétérans issus des anciens protectorats et colonies, le gouvernement français décide, en 1959, de les « cristalliser » ou de les « geler ». Leur montant n'évolue quasiment plus à partir du 1er janvier 1961... Alors que celui des anciens combattants français est réévalué régulièrement.


Dès lors, avec le temps, la différence entre ces pensions devient abyssale : celles des anciens combattants marocains restent, en moyenne, plus de dix fois inférieures à celles des anciens combattants français ! Ainsi au début des années 2000, un ancien combattant marocain, invalide à 100 %, reçoit une pension d'invalidité d'environ 61 euros par mois, tandis qu'un ancien combattant français, qui présente le même taux d'invalidité, perçoit 690 euros par mois. Même écart flagrant lorsqu'il s'agit de la retraite du combattant. Différence qui est difficile à admettre pour des vétérans, qui étaient logés à la même enseigne face à la mort et aux sacrifices durant la Seconde Guerre mondiale ! Comme le rappelle l'un d'eux : « Au combat, la balle ne choisissait pas entre le Français et le Marocain, nous étions tous égaux, alors que maintenant... »


Réalité d'autant plus intolérable pour de nombreux vétérans marocains, que leur situation matérielle s'est détériorée avec l'âge de la retraite. A partir du milieu des années 1990, quelques centaines d'entre eux migrent en France car leur statut leur donne droit à un titre de séjour, qui lui-même leur permet de bénéficier du Revenu minimum d'insertion (RMI) ou du Revenu minimum vieillesse... A condition de résider en permanence sur le territoire français ! A défaut de pensions revalorisées, ils acceptent cet « exil de la misère ». Ils viennent d'abord à Bordeaux parce que s'y trouvent alors le tribunal des pensions militaires et le centre des archives militaires. En 2002, ils sont plus de 1200, dispersés en France dans divers foyers d'accueil, vivant leur vieillesse dans l'isolement et la précarité. Cette migration révèle au grand jour la détresse sociale d'une partie des anciens combattants marocains.


Beaucoup d'entre eux attendent donc un geste de la France, pays auquel ils restent très attachés, pour lequel ils ont combattu et qu'ils ont contribué à libérer. Eux n'ont pas oublié, même s'ils ont le sentiment de l'avoir été...


En effet, durant de nombreuses années, le rôle des troupes marocaines dans la libération de la France et plus généralement celui des troupes de l'armée d'Afrique ont été relégués au second plan. Comme en témoignent le (quasi) silence des manuels scolaires français à leur sujet ou le fait qu'il n'y ait pas eu à Marseille, pendant longtemps, de rues portant le nom de l'un de ses libérateurs algériens ou marocains, tombés en août 1944. Citons également la discrétion médiatique des cérémonies du 50e anniversaire de la libération de la France sur le débarquement de Provence et la 1ère armée française, où ont combattu les soldats d'Afrique du Nord, qu'ils soient maghrébins ou français. Rien à voir avec le clinquant, au demeurant justifié, qui a entouré les cérémonies du débarquement de Normandie, de la libération de Paris et l'épopée de la 2e DB du général Leclerc.



VERS LA FIN DE L'OUBLI ET LA « DECRISTALLISATION »


Face à cette situation, de nombreuses voix se lèvent pour réparer cet oubli. A partir de 1995, de grands efforts sont ainsi réalisés pour rattraper le temps perdu, comme en témoignent les différentes publications, expositions, émissions, manifestations et plaques commémoratives (à Marseille notamment) dédiées aux anciens combattants de l'armée d'Afrique et particulièrement aux soldats marocains.


Par exemple, le 14 juillet 1999, à l'invitation du président de la République française, une délégation de vétérans marocains, reçue avec tous les honneurs, assiste, aux côtés du roi Hassan II, au défilé sur les Champs Elysées d'un détachement de la Garde Royale marocaine.


Autant d'actions qui font alors dire à Ali, un ancien goumier installé à Lyon : « On n'a plus l'impression d'être pris pour de simples guignols armés. C'est notre plus grande victoire depuis la fin de la guerre ».


Au Maroc, le Ministère français de la Défense, via le Service des Anciens Combattants de l'Ambassade de France, contribue à cette action de mémoire, en lui redonnant la place de choix qu'elle mérite et en rappelant que ces milliers de combattants marocains, engagés au service de la France, ont tissé des liens indélébiles entre deux nations très proches. Action menée le plus souvent en partenariat étroit avec la Commission Marocaine d'Histoire Militaire qui, depuis sa création en 1996, remet aussi à l'honneur l'histoire glorieuse des troupes marocaines durant la Seconde Guerre mondiale.


Par exemple, en juin 2000, une exposition « Mohammed V - de Gaulle, Compagnons de la Libération », est organisée conjointement par la Commission Marocaine d'Histoire Militaire et le consulat Général de France à Rabat, avec le soutien du Ministère français de la Défense et de différents partenaires associatifs, issus de la communauté française du Maroc. Exposition qui reçoit plus de 10 000 visiteurs.


La volonté de montrer que « la France n'a pas oublié » s'exprime en particulier dans l'organisation des festivités qui marquent le 60e anniversaire de la libération de la France. Dans un premier temps, La Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives (DMPA) du Ministère français de la Défense propose au Haut conseil de la mémoire combattante, dirigé par le Président de la République, de mettre à l'honneur, dans le cadre des commémorations pour l'année 2003, les vétérans marocains ayant participé à la libération du premier département français, la Corse. En 2004, les thèmes prioritaires retenus par la DMPA sont ceux de la campagne d'Italie, où les troupes marocaines se sont couvertes de gloire, et le débarquement de Provence.


Le 15 août 2004, les cérémonies officielles commémorant le débarquement de Provence sont ainsi l'occasion pour la France de rendre un hommage solennel à toutes les troupes d'Afrique ayant participé à la libération de son territoire. A l'invitation du Président de la République, seize chefs d'Etat et de gouvernements africains, dont SM Mohammed VI, Roi du Maroc, sont présents à ces cérémonies qui ont eu un éclat particulier, relayé par les médias. Ainsi, que ce soit en Italie ou en France durant l'année 2004, puis en Autriche en avril 2005, les soldats marocains sont honorés comme il se doit. Ce temps du souvenir partagé et des « festivités du 60e », est ponctué au Maroc, le 23 novembre 2004, par une cérémonie exceptionnelle dans les principales villes du Royaume, au cours de laquelle les autorités françaises remettent la Légion d'Honneur à 160 vétérans marocains, en témoignage de la reconnaissance de la France à ces vaillants soldats. Hommage s'inscrivant dans la continuité des cérémonies du 15 août au cours desquelles, le Président français a déjà distingué des combattants de l'armée d'Afrique, notamment marocains, parmi lesquels un certain Abdelhadi Ben Rahalat :  « Je suis content et triste à la fois de participer à cette commémoration. Content d'être décoré, mais triste car la majorité des anciens combattants est morte ou a été délaissée dans des conditions affligeantes. (...) Nos pensions doivent être alignées sur celles perçues par les Français, car nous avons combattu côte à côte ».


De fait, malgré toutes ces initiatives louables pour réhabiliter la mémoire des combattants de l'armée d'Afrique, l'amertume reste alors perceptible chez la plupart de ces anciens combattants à cause de la « cristallisation » de leurs pensions, vécue à juste tire comme une injustice, ce qu'un quotidien marocain exprime, à la Une de son numéro du 25 novembre 2004, en ces termes : « La France décore les vétérans étrangers de la guerre mais refuse toujours de valoriser leurs pensions - Anciens combattants : les floués de l'Histoire » ! 


A cette époque la situation est pourtant en train d'évoluer. En effet, suite à l’action en justice d’Amadou Diop, ancien sergent-chef sénégalais, le Conseil d’Etat statue, dans un arrêt rendu le 10 décembre 2001 (« arrêt Diop »), qu’un ancien combattant d’un pays de l’ex-Union française a les mêmes droits qu’un ressortissant français en matière de pension militaire. Il juge donc la « cristallisation » des pensions comme contraire à la Convention européenne des droits de l'Homme, qui interdit la discrimination sur le critère de la nationalité. Décision qui contraint alors le gouvernement Jospin à envisager pour la première fois sérieusement une « décristallisation ». Mais devant le coût d'un alignement complet des pensions avec effet rétroactif, évalué à l'époque à 1,83 milliard d'euros, l'administration française renonce et ne propose qu'une revalorisation en fonction du coût de la vie dans le pays de résidence. Cette mesure est mise en oeuvre par le gouvernement Raffarin en 2002, qui lui alloue une enveloppe de 120 millions d'euros dans le budget.


Au Maroc, cette « décristallisation » partielle s'effectue à partir de mai 2004 et concerne environ 21 000 anciens combattants marocains et 6000 veuves, avec un rappel de 5 ans. Dans le Royaume, ce rappel sur 5 ans s'élève à 11 500 000 euros, soit plus de 125 000 000 de dirhams. Parallèlement, les invalides marocains peuvent désormais faire valoir une aggravation de leurs infirmités, pensionnées selon les mêmes modalités que les anciens combattants français. Cette mesure constitue un effort sans précédent de la part du gouvernement français, depuis 1961, elle assure ainsi une parité de pouvoir d'achat dans les différents pays concernés. Mais cette amorce de « décristallisation » n'assure toujours pas une véritable égalité, d'où son caractère injuste et les nombreuses critiques qu'elle suscite de la part des anciens combattants eux-mêmes. Malgré les bonnes intentions affichées par le chef de l'Etat français et ses nombreux hommages publics aux soldats des anciennes colonies et ex-protectorats français, la « décristallisation » amorcée semble se limiter à son niveau de 2002. Un film de fiction, une oeuvre militante aux motivations louables, va alors accélérer les choses...      


En mai 2006, le film « Indigènes » de Rachid Bouchareb est présenté en avant-première au festival de Cannes. Pour la première fois est portée au cinéma l'histoire de soldats maghrébins (trois Algériens et un Marocain principalement), engagés dans l'armée française lors des combats pour la libération de l'Europe et de la France durant la Seconde Guerre mondiale. A noter que lors de son tournage au Maroc ce film a obtenu un important soutien logistique et matériel du Royaume chérifien, notamment par la mise à disposition des Forces Armées Royales et de la Royal Air Maroc, aide matérielle d'autant plus précieuce que le montage financier d'« Indigènes » a rencontré maintes difficultés... Il a donc fallu toute la détermination, l'implication de son réalisateur et de ses principaux acteurs pour qu'aboutisse l'aventure extraordinaire d' « Indigènes ». Si le scénario et les scènes d'action sont de qualité inégale, si le film contient aussi quelques invraisemblances historiques et tombe parfois dans la caricature (en particulier dans la manière de présenter les officiers français), l'impression générale n'en reste pas moins très forte et positive, avec un épilogue empreint de souffrance, d'émotion et de grande dignité. Le film est enfin porté par une très bonne prestation des acteurs. L'accueil qu'il reçoit à Cannes, par les spectateurs et le jury, est particulièrement enthousiaste. Sami Bouajila, Bernard Blancan, Roschdy Zem, Jamel Debbouze et Samy Naceri, les principaux acteurs, reçoivent ainsi la Palme du Prix d'interprétation collectif. Une première consécration pour un film, qui attire alors les projecteurs des grands médias sur cette page d'histoire oubliée et sur la dimension politique et sociale qu'il sous-tend ; au sujet notamment de l'inégalité des pensions des anciens combattants d'outre-mer et de la place des Français d'origine maghrébine, plus généralement africaine, dans la société et l'histoire hexagonales.


Après avoir vu ce film lors de son avant-première à Paris, début septembre 2006, le Président Jacques Chirac, très ému, décide une revalorisation des pensions des vétérans des anciennes colonies et ex-protectorats français, permettant enfin un alignement sur celles de leurs frères d'armes français. « Le film a été un détonateur », selon le président de la Fédération Mondiale des Anciens Combattants, Jacques Goujat ! Lors du Conseil des ministres qui entérine cette décision, le chef de l'Etat déclare : « Nous le devions à ces hommes, qui ont payé le prix du sang, et à leurs enfants et petits-enfants dont beaucoup sont Français. C'était une question de solidarité, de justice, de reconnaissance. Cette mesure juste, c'est aussi une façon pour la France de réintégrer pleinement cette mémoire dans l'histoire nationale. » Cette annonce est faite le mercredi 27 septembre, à l'occasion de la sortie sur les écrans français du film « Indigènes », dont le succès va d'ailleurs se confirmer auprès du public avec près de 3 millions de spectateurs ! En décidant une véritable « décristallisation » des pensions, l'Etat français corrige ainsi une « injustice manifeste » selon le Ministre délégué aux Anciens Combattants, Hamlaoui Mékachera et de rajouter :  « J'en suis fier et heureux (...) il vaut mieux tard que jamais. Pendant 45 ans, ce dossier n'a été traité par personne. » Si d'aucuns dénoncent une prise de conscience et une décision relevant de la « politique-spectacle », les réactions sont majoritairement très positives en France et en Afrique, comme au Mali, en Côte d'Ivoire ou au Maroc. Pour l'historien Marc Ferro c'est « la fin d'un scandale » et Rachid Bouchareb de préciser : « une abolition des discriminations qui aura des répercussions dans toute la société française ».


Cette mesure de revalorisation, sans effet rétroactif, concerne environ 80 000 anciens combattants, dont près de 20 000 Marocains, originaires de 23 pays : 57 000 au titre des retraites de combattant et 27 000 pour les pensions d'invalidité. Cette « décristallisation », applicable à partir du 1er janvier 2007, devrait coûter 110 millions d'euros par an au gouvernement français. Un coût bien modeste au regard des sacrifices consentis par tous ces hommes originaires d'Afrique et d'Asie, qui se sont battus pour les intérêts et la liberté de la France.  


Aujourd'hui les vétérans marocains, comme tous leurs frères d'armes africains, ne sont donc plus les « oubliés de la libération ». Si la question de leurs pensions est à présent officiellement engagée sur la voie de l'égalité de traitement, reste cependant à en mesurer son application concrète au cours de l'année 2007 et obtenir l'extension de cette égalité à toutes les prestations versées aux anciens fonctionnaires civils et militaires, notamment les pensions de reversion, comme le réclament des associations d'anciens combattants d'outre-mer. Des efforts restent aussi à accomplir dans la transmission aux jeunes générations des faits historiques relatifs à l'engagement des Marocains et plus globalement des Africains aux côtés de la France, de 1939 à 1945. Au Maroc, cette page d'histoire n'apparaît pas dans les programmes scolaires, à l'exception des établissements d'enseignement français de l'AEFE et de la Mission Laïque (scolarisant environ 20 000 élèves du primaire au secondaire), où la question de la participation des troupes marocaines et de la contribution du Maghreb à la Seconde Guerre mondiale figure dans les programmes officiels, qui ont été aménagés par l'Inspection générale française de l'Education nationale et l'Inspection marocaine de l'Education nationale. En France, en 2007, on peut encore déplorer le (quasi) silence des ouvrages scolaires sur ce sujet, qui est étonnant au regard des faits historiques et maladroit sur le plan civique...


Près de 250 000 combattants maghrébins et plus de 100 000 soldats originaires d'Afrique noire et des autres colonies de l'Empire français ont combattu pour rendre à la France sa liberté et lui permettre de retrouver son rang sur la scène internationale, auprès des Alliés, après le désastre de 1940. Il s'agit d'un cas unique dans l'Histoire, celui de populations ayant contribué à la libération de la puissance qui les avait colonisées auparavant ! La dette de la France envers ces « soldats de la liberté » est donc immense.


C'est particulièrement vrai pour les combattants marocains, qui ont par ailleurs tant oeuvré au caractère exceptionnel de l'amitié franco-marocaine : « Le Royaume du Maroc et la République française ont souvent signé du sceau de l'exception leur histoire contemporaine. (...) cette exception qui fait notre fierté, s'est vérifiée chaque fois que les libertés des hommes ont été mises en péril ou en équation sur les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, dans la résistance face au nazisme et au fascisme partis à l'assaut du monde. (...) » (SM Mohammed VI, 20 décembre 2002).



Christophe TOURON, professeur d'Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1995-2007) et au Collège Royal à Rabat (2003-2007). 


Date de création : 14/10/2004 @ 16:46
Dernière modification : 29/07/2014 @ 11:51
Catégorie : 3-Une institution et des hommes
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