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1-Le Maroc aux côtés de la France dans la Grande Guerre - A/ Les tirailleurs marocains sur le front de l'Ouest 1914-1918

Diaporama



LE MAROC S'ENGAGE DANS LA GUERRE AUX COTES DE LA FRANCE


Début août 1914, la Première Guerre mondiale éclate : deux camps s'opposent, d'un côté l'Empire allemand et l'Empire austro-hongrois, de l'autre la France, l'Angleterre et l'Empire russe. La France entend mobiliser rapidement les ressources humaines et matérielles de son Empire colonial afin de compenser la supériorité démographique de l'Allemagne (69 millions d'habitants contre 39 pour la France).


La contribution coloniale à l'effort de guerre de la France est loin d'être négligeable puisque tout au long du conflit, ce sont plus de 600 000 hommes qui seront fournis, dont un peu plus du tiers venant d'Afrique du Nord.


Le Maroc, sous Protectorat français depuis seulement 1912, doit être lui aussi mis à contribution. Pourtant l'Empire chérifien est loin d'être totalement soumis à la France, une bonne partie du territoire est encore en lutte contre l'occupant et la présence française est bien mal assurée. Le Ministère de la Guerre demande au Résident général Lyautey d'envoyer en France la totalité des troupes d'active et de replier ses forces sur les ports atlantiques, tout en gardant le contact avec l'Algérie, par l'axe de communication Kenitra-Meknès-Fès-Oujda. Tous les postes avancés doivent donc être abandonnés. Mais Lyautey s'inquiète : « [...] Si nous commençons à évacuer, nous sommes fichus, si nous lâchons la moindre partie du front ce sera la boule de neige [...] ».


C'est dans un télégramme daté du 27 juillet 1914 et adressé au Résident général que le Ministère des Affaires Etrangères précise ses vues : « [...] En cas de guerre continentale, tous vos efforts doivent tendre à ne maintenir au Maroc que le minimum de forces indispensables. Le sort du Maroc se réglera en Lorraine [...] ». Lyautey impose alors à Paris une décision originale et pleine d'audace :   « [...] Je donnerai tout ce que l'on me demandera et je garderai ici tout le Maroc conquis [...] comme un réservoir où je puiserai pour alimenter sans cesse nos forces en Europe [...] ».


Ainsi, il envoie en France 50 000 hommes sur les 85 000 soldats issus des troupes coloniales stationnées au Maroc, composées de Français, d'Algériens et de Tunisiens. Face à une situation très difficile sur le terrain, Lyautey dispose d'à peine 20 bataillons pour tenir l'ensemble des conquêtes. Ces derniers sont en partie composés de légionnaires allemands, que l'on évite bien sûr d'employer en Europe, et dont les meilleurs éléments sont rassemblés dans les unités d'élite de la Légion, les compagnies montées. Après un creux très inquiétant, au deuxième semestre 1914, les effectifs remontent pour atteindre 80 000 hommes, soit à peu près les effectifs déployés au Maroc en 1914. Il s'agit là d'un véritable exploit du Résident général qui, tout en fournissant à la métropole 58 bataillons et 22 escadrons, mobilise sur place 4 000 colons, obtient des tirailleurs sénégalais et recrute des troupes supplétives composées en majorité de goums marocains. Le nombre de ces derniers passe de 14 goums au début de la guerre à environ 25 en novembre 1918.


L'état-major français ne prévoit l'envoi que des troupes d'élite ; il n'est pas question pour lui d'expédier en France des soldats marocains qui paraissent bien peu sûrs et ne jouissent pas, auprès des bureaux de Paris, d'une excellente réputation ! « [...] Il y a surtout lieu de ne les laisser livrés à eux-mêmes ni en marche, ni en station, même en pays ami, en raison de leurs instincts de piraterie. Au Maroc, ces hommes sont sujets, par tradition, à se livrer à des hécatombes de gens paisibles, au viol, au pillage, même parmi les tribus alliées [...] ». Ou bien encore : « [...] Les rôles de patrouilleurs, de pourchasseurs et de razzieurs qu'ils jouent continuellement au Maroc, leur ont donné, avec beaucoup d'audace, des habitudes de pillage qui cadreraient mal avec les habitudes de la guerre en Europe [...] ».


Par ailleurs, des souvenirs récents et douloureux montrent que ces troupes se retournent facilement et peuvent se révéler extrêmement dangereuses. En avril 1912, à la suite de la signature du traité de Fès, les tabors marocains se sont révoltés et ont massacré, dans la capitale de l'empire chérifien, leurs instructeurs français ainsi qu'une cinquantaine d'Européens... Mangin est alors chargé par Lyautey d'organiser une nouvelle armée marocaine, plus disciplinée et d'une fidélité exemplaire envers le Sultan et la France. Les troupes auxiliaires marocaines (TAM) voient le jour en juillet 1912.


Lyautey, profondément convaincu des qualités guerrières de ces hommes, propose de les envoyer en France ; il insiste, argumente, finit par " forcer la main " et imposer son point de vue à Paris. Ces unités, solides et entraînées, sont aguerries par de longs mois de combats difficiles dans le bled marocain. Elles sont très fortement encadrées par des officiers et hommes de troupe français et algériens, afin d'éviter toute nouvelle mauvaise surprise. La plupart des recrues sont originaires du Sud : Souss, Haut Atlas, environs de Marrakech, régions qui sont encore en grande partie insoumises.


TOUJOURS " PACIFIER " MALGRE LA GUERRE EN EUROPE


Alors que la guerre commence à embraser le vieux continent, les autorités françaises redoutent particulièrement les réseaux d'espionnage et les trafics d'armes organisés par les Allemands en Afrique du Nord française. D'autant plus que le Maroc n'est qu'une conquête récente et totalement inachevée, puisque la " pacification " ne fait que débuter et qu'elle va se poursuivre encore longtemps, jusqu'en 1934.


En 1914, la France doit y affronter une guerre sainte islamique autoproclamée par les tribus berbères insoumises des montagnes qui voient d'un très mauvais œil l'arrivée de ces Français, chargés de rétablir l'ordre au nom du Sultan. Les intrus viennent menacer de très anciennes habitudes d'indépendance par rapport à un pouvoir central qui s'est affaibli, celui du Makhzen. En effet, tout en cherchant à assurer les intérêts de la France, Lyautey souhaite aussi sincèrement consolider le trône chérifien, en ramenant à l'obéissance des tribus soulevées qui, pour la plupart, étaient déjà rebelles au pouvoir du Makhzen avant l'arrivée des Français et constituaient le bled siba (le Maroc dissident, celui qui ne paye pas l'impôt au Sultan).


Quoi qu'il en soit, les Chleuhs du Souss, les Rifains du Nord et les redoutables guerriers zaïans du Moyen Atlas, sensibles à la propagande de Constantinople (l'Empire ottoman, allié de l'Allemagne, proclame la Guerre sainte contre les Alliés, en novembre 1914), sont armés par les Allemands avec des complicités espagnoles, à partir du port franc de Tanger.


Lyautey, avec des troupes d'une valeur très inégale, doit assurer, rappelons-le, la liaison Maroc-Algérie via le couloir de Taza et contenir les assauts des tribus insoumises. Le désastre français d'El Herri, le 13 novembre 1914, montre à quel point la tâche est difficile. Ce jour-là, le commandant Laverdure engage imprudemment sa colonne composée de 1 273 hommes à l'assaut du campement du grand chef zaïan Moha (Mohammed) Ou Hamou, le désastre est total : sur 43 officiers, 33 sont tués et 590 hommes de troupe perdent la vie. Cette victoire prend l'allure d'une revanche des musulmans sur les occupants chrétiens. Elle permet aux Zaïans de mener, avec argent et armes allemandes, la guérilla jusqu'en 1917, sans pourtant se montrer capables d'exploiter efficacement une victoire aussi nette que spectaculaire.


A cette date, Lyautey dégage Taza de la menace rifaine et contre-attaque dans le Moyen Atlas. En attisant les querelles tribales, en profitant des divisions et rivalités séculaires et en s'appuyant sur de grands caïds, il regagne peu à peu tout le terrain perdu. Moha Ou Hamou est presque seul, lorsqu'il meurt les armes à la main, dans un combat mené dans le Moyen Atlas en 1921.


PREMIERS PAS DES REGIMENTS DE CHASSEURS INDIGENES A PIED SUR LE SOL DE FRANCE : AOUT 1914


Quel parcours que celui de ces bataillons auxiliaires issus des anciens tabors ! Ces hommes, éparpillés sur tout le front marocain et au combat depuis des mois contre les tribus de Khenifra et de Taza, sont hâtivement rassemblés au moment de la déclaration de guerre. Aucun répit ne leur est accordé ! Le 15 août 1914, deux régiments de chasseurs indigènes à pied quittent ainsi l'Afrique du Nord.


Cette dénomination, vague et étonnante, leur est donnée puisqu'il ne faut faire aucune allusion au Maroc, le Sultan Moulay Youssef n'étant pas encore officiellement en guerre contre l'Allemagne. Dès janvier 1915, ces troupes recevront un nom, amené à s'illustrer sur tant de champs de bataille : régiment de marche de tirailleurs marocains (RMTM).


Le 1er régiment de chasseurs indigènes à pied, formé de trois bataillons, comprend près de 2 700 hommes. Il s'embarque à Rabat et Mehdia (aujourd'hui Kenitra) à destination de Bordeaux. Le 2e régiment qui compte deux bataillons (1 600 hommes) est dirigé par le commandant Poeymirau, futur général, grand habitué des combats dans le bled. Lyautey a toute confiance en cet homme qu'il connaît bien et depuis longtemps. Le 2e régiment embarque à Oran pour rejoindre Sète puis Bordeaux ; dans ses rangs se trouve le jeune sous-lieutenant Alphonse Juin, futur maréchal de France. Ces deux régiments sont sous les ordres du général Ditte, un des adjoints de Lyautey au Maroc, d'où le nom fameux de " brigade Ditte ".


Le 17 août, les habitants de Bordeaux viennent observer un étrange campement installé sur la place des Chartrons, il s'agit des premiers éléments marocains qui, fraîchement débarqués, ont dressé leurs petites tentes. On imagine aisément l'intérêt et la curiosité mutuelle à se découvrir. A leur arrivée, les hommes n'ont pas de vêtements de drap ; des vestes de chasseurs alpins sont alors distribuées dans l'urgence, tenue bien mal adaptée au cœur d'un été particulièrement chaud. Cependant, ils conserveront tout au long de la guerre leur djellaba traditionnelle. La légende veut que ce soit les pans de ce vêtement, volant au vent lors des charges comme des ailes d'oiseau, qui aient donné l'idée aux Allemands de surnommer les hommes du RMTM : les " Hirondelles de la mort " ! La djellaba deviendra vite un symbole, les Marocains s'appelant parfois entre eux des " jellabas ".


Le 25 août, ces hommes sont transportés par train au camp de Châlons, en Champagne, sans autre incident que la perte de deux soldats tombés du train ! Le 26, ils montent en ligne dans la région d'Amiens.


LA " BRIGADE DITTE " SE DISTINGUE AU COURS DES BATAILLES DE L'OURCQ ET DE LA MARNE : SEPTEMBRE 1914


Au début du mois d'août 1914, les Allemands déferlent sur la Belgique ; bientôt la bataille des frontières est perdue, la France connaît une nouvelle fois l'invasion. Les armées françaises bousculées refluent vers le sud mais en bon ordre, dans la chaleur étouffante de cet été 1914. Rien ne semble plus pouvoir arrêter la progression ennemie, le gouvernement quitte Paris pour Bordeaux. C'est l'encerclement et la destruction rapide des troupes françaises que visent désormais des généraux allemands grisés par leurs succès initiaux.


C'est dans ce contexte que, le 30 août 1914, la brigade compte ses premiers morts, puis redescend pour gagner les abords du camp retranché de Paris. Là, elle est intégrée à la nouvelle 6e armée du général Maunoury, qui va créer la surprise dans les rangs allemands.


Le 5 septembre, les Marocains sont lancés dans la bataille de l'Ourcq qui s'engage à moins de 30 kilomètres de Paris ! C'est le premier acte de la bataille de la Marne. Ils attaquent furieusement, venant de Villeroy, les villages de Chauconin-Neufmontiers et Penchard (à environ 3 kilomètres au nord-ouest de Meaux). Les combats sont brefs (de 13 à 16 heures), héroïques, violents et extrêmement meurtriers ; le capitaine Hugot-Derville, désarçonné, est tué le revolver à la main. Le soir, on dénombre au régiment la perte de 19 officiers et 1150 sous-officiers et soldats soit près de 30 % des effectifs ! Un chiffre considérable témoignant de l'âpreté des affrontements et de l'enjeu décisif de la bataille qui s'engage. Ce jour-là, le lieutenant Charles Péguy du 276e régiment d'infanterie trouve la mort en couvrant la retraite de la " brigade Ditte ".


Du 6 au 10 septembre, les Marocains engagés dans la bataille de la Marne progressent peu, mais subissent des pertes dues à l'artillerie ennemie. Le 11, ils se lancent à la poursuite des Allemands et s'emparent du village de Chaudun (au sud de Soissons) après de violents combats de rues. Le 14, les hommes arrivent à Crouy (2 kilomètres au nord-est de Soissons) et reçoivent pour mission de s'emparer des hauteurs qui dominent le village, premiers contreforts du tristement célèbre plateau sur lequel se trouve le Chemin des Dames, une mission extrêmement difficile.


Le 16 septembre, c'est l'attaque, les lignes allemandes sont enfoncées lors d'une charge héroïque à la baïonnette, la crête est atteinte au prix de pertes énormes ! Le matin, le 1er régiment comptait encore 1 280 hommes ; à 18 heures, ils ne sont plus que 620 ! Un succès payé au prix fort mais la victoire est là, Soissons est dégagée.


Ce comportement brillant sur l'Ourcq et l'Aisne vaut un rapport spécial du général Maunoury, transmis au général Lyautey : « Disciplinés au feu comme à la manœuvre, ardents dans l'attaque, tenaces dans la défense de leurs positions jusqu'au sacrifice, supportant au-delà de toute prévision les rigueurs du climat du Nord, ils donnent la preuve indiscutable de leur valeur guerrière [...] ».


Décimée, la brigade des chasseurs " indigènes " est dissoute le 22 septembre. Les 700 rescapés des deux régiments (sur un effectif initial de 4 300 hommes) sont versés dans un nouveau régiment, bientôt complété de troupes fraîches venues du Maroc. C'est ce groupe qui devient le régiment de marche de tirailleurs marocains (RMTM), en date du 1er janvier 1915. Le 23 novembre 1914, le Sultan Moulay Youssef adresse un message à ces soldats marocains qui se battent en France afin de leur rendre un hommage mérité : « Les généraux et les chefs français ont conçu pour vous une telle estime que vos frères restés ici sont jaloux de ces lauriers réservés aux braves que vous avez cueillis sur les champs de bataille. »


LES " HIRONDELLES DE LA MORT " A L'ASSAUT DES TRANCHEES : 1915 – 1917


Après les premiers affrontements de septembre 1914, les Marocains sont dans l'obligation de s'adapter, comme leurs autres frères d'armes, à un nouveau type de combat, la guerre de position ou guerre de tranchées. L'échec des plans d'offensive des armées françaises et allemandes met un terme à la grande guerre de mouvement. Les deux armées se retrouvent face à face sur un front immense allant de la Suisse à la mer du Nord. Les hommes doivent s'enterrer dans ces tranchées de France qui, pendant quatre longues années, vont devenir le quotidien du soldat. Dans la boue et le froid, les hommes attendent, la plupart du temps dans l'ennui, l'ordre tant redouté de sortir de la tranchée pour monter à l'assaut. Ces tentatives pour rompre le front se révèlent rapidement aussi vaines que meurtrières. C'est à ce nouveau type de combat que nos soldats venus du soleil et des montagnes de l'Atlas se préparent.


En 1915, le RMTM est partie prenante de toutes les plus grandes offensives. En janvier, bataille de Soissons ; en mars, il est engagé en Champagne entre Reims et Verdun ; là, 1 200 hommes sont perdus après neuf jours d'une lutte stérile et inégale contre les formidables retranchements de la Butte du Mesnil ! Il combat ensuite brillamment dans le secteur de la tranchée de Galonné, tout près des Eparges où, depuis trois mois, Français et Allemands s'entretuent pour le gain d'une colline transformée en océan de boue. Le 20 avril, le bataillon Portman est engagé sans grand succès et au prix de lourdes pertes. Le 4 mai, alors que des Allemands progressent dans les lignes françaises, le régiment, tenu jusque-là en réserve, reçoit l'ordre de contre-attaquer dans le bois des Trois-Jurés ; la charge est si vigoureuse que l'ennemi bousculé doit regagner, au pas de course, sa tranchée de départ. Le lieutenant-colonel Poeymirau, chef du RMTM, est grièvement blessé alors qu'il conduit ses hommes à la bataille ; il doit céder son commandement au lieutenant-colonel Auroux. Le régiment s'illustre encore lors de combats en Artois, en mai-juin 1915, qui voient alterner les échecs et les succès les plus brillants. Le 20 août, le Président de la République, accompagné par le Roi des Belges et par les généraux Joffre et Foch, vient féliciter les Marocains ; il leur remet un drapeau, emblème du régiment. Cette récompense a un prix : les 29 et 30 mai ce sont 256 tirailleurs qui sont mis hors de combat ; on déplore entre autres la mort du chef de bataillon, Portman.


En septembre-octobre 1915, les combats les ramènent en Champagne où le régiment est décimé lors de l'attaque de Somme-Py (aujourd'hui Sommepy-Tahure qui se trouve à une quarantaine de kilomètres à l'ouest de Reims) ; le 6 octobre, 33 officiers et 1 400 hommes y trouvent la mort ! Trop en pointe, les Marocains seuls ont percé, ils massacrent de nombreux Allemands, mais doivent lâcher prise après une lutte acharnée. Le régiment obtient alors sa première citation à l'ordre de l'armée : « [...] a enlevé, le 6 octobre 1915, au petit jour, sur un front de plusieurs centaines de mètres la deuxième position allemande, s'est porté d'un seul bond à plus d'un kilomètre au-delà, a foncé sur l'ennemi, surpris dans ses bivouacs, lui faisant subir, à la baïonnette, des pertes considérables ».


Le 25 octobre, de nombreux officiers et hommes de troupe sont cités à l'ordre de l'armée, à titre individuel, pour leur participation héroïque au combat de Somme-Py. Plusieurs de ces citations mettent en avant le courage des Marocains, comme celle qui honore le sergent Beguelal Hamed :    « Alors que sa section fléchissait sous un feu très intense de mitrailleuses et de l'artillerie, a rallié sa demi-section, lui a fait traverser un glacis très meurtrier et a atteint la tranchée ennemie. Grièvement blessé par un éclat d'obus, a assuré son commandement jusqu'au moment où ses forces l'ont abandonné ». Le soldat Mohamed ben Achemi est aussi honoré par une citation qui met en avant sa ténacité et des qualités certaines d'entraîneur d'hommes : «A deux reprises, au combat du 6 octobre, a par son autorité ramené au combat des groupes d'hommes de plusieurs compagnies privés de leurs chefs. Quelques instants après, a été grièvement blessé d'un éclat d'obus à la cuisse gauche, n'en a pas moins continué à se battre avec acharnement, jusqu'au moment où, trop affaibli par la perte de sang, il a dû être emmené ».


Grâce à la campagne de recrutement, qui permet la création au Maroc de bataillons neufs, la relève est assurée à partir du printemps 1916. Plusieurs bataillons, dont celui du bien nommé lieutenant-colonel Cimetière, viennent renouveler un régiment durement éprouvé.


Le 24 avril 1916, le RMTM participe à la bataille de Verdun, engagé par fractions dans l'enfer de la rive droite. Du 22 au 24 mai, lors de la première tentative de reprise du fort de Douaumont, le 4e bataillon du régiment de tirailleurs marocains s'illustre sous les ordres du commandant Poulet. Le fort est atteint, mais les Allemands tiennent bon ; on se bat au corps à corps lors de combats épiques et monstrueux, sous un déluge de feu et d'acier ! Après trois jours d'une lutte titanesque, les troupes sont retirées. L'affaire s'achève sur un échec sanglant, la division Mangin perd 130 officiers et 5 500 hommes ! Le Journal de Marche du RMTM donne une idée de l'importance des pertes infligées au 4e bataillon, 211 hommes sont tués ou portés disparus et 164 sont blessés. Les survivants du 4e bataillon seront rapatriés au Maroc.


Ce fait d'armes à la fois glorieux, sanglant et... inutile ne trouve guère d'échos dans la presse nationale et locale, puisque des instructions très fermes sont données aux censeurs afin de supprimer les passages qui font trop état de l'héroïsme des troupes coloniales. Les censeurs doivent en effet veiller, depuis l'instruction reçue en novembre 1914, au respect par les journalistes d'une juste mesure dans l'éloge qu'ils font des troupes coloniales ; ils ne doivent pas exalter leur valeur au détriment des autres troupes... Citons, par exemple, l'extrait de ce passage devant être publié, fin 1916, dans « La Presse » : « L'opération fait le plus grand honneur au général Nivelle qui l'a organisée, aux vaillantes troupes d'Afrique de la division M., qui l'ont exécutée [...]. Hier, nos troupes, zouaves, turcos et coloniaux partirent à l'assaut avec un entrain endiablé ». Toute la partie relative à l'engagement des troupes coloniales y est supprimée par la censure !


Il faut, par ailleurs, encore de longues semaines avant que le fort de Douaumont ne retombe définitivement aux mains des Français, le 24 octobre 1916. L'un des plus grands symboles de la bataille de Verdun est enfin conquis par les marsouins du régiment d'infanterie coloniale du Maroc, qui ne comporte pourtant aucun soldat marocain, comme son nom pourrait le faire croire. Il en est de même de la 1ere division marocaine, qui comprend des soldats français, algériens, tunisiens, sénégalais et des légionnaires, mais aucun soldat d'origine marocaine. Cette dénomination s'explique, en fait, par le lieu de garnison initial (au Maroc) des unités appartenant à cette division, qui sera l'une des plus décorées de la Grande Guerre...


A l'aube du 16 avril 1917, les Marocains, sous les ordres de Cimetière, s'élancent hors des tranchées lors de la tristement célèbre offensive du Chemin des Dames. D'un élan, ils enlèvent trois lignes de tranchées de la première position allemande, puis franchissent successivement deux ravins sous un feu violent de mitrailleuses, dans le bois de Paradis. Tous les défenseurs sont massacrés, le Chemin des Dames est atteint. A midi, plusieurs lignes de tranchées de la deuxième position allemande sont prises, malgré les pertes subies. Lorsqu'ils arrivent sur le bord du plateau, l'ordre de s'arrêter leur parvient, ils sont trop avancés, les autres ne suivent pas ! Le 16 au soir, ils sont à la pointe de l'armée de Mangin. Ce fait d'armes leur vaut une deuxième citation.


Dans la nuit du 4 au 5 juin, le 7e bataillon du RMTM tenu en grande partie en réserve, lors des combats d'avril, s'illustre dans le même secteur, reprenant le terrain perdu, la veille, par d'autres unités. La citation à l'ordre de l'armée qu'il reçoit à cette occasion ne laisse aucun doute sur la difficulté de la tâche accomplie : « Amené, dans la nuit du 4 au 5 juin 1917, sur un terrain inconnu, violemment battu par l'artillerie et les mitrailleuses ennemies, s'est porté en avant, d'un élan magnifique et irrésistible. Grâce aux ordres précis et à l'énergique impulsion de son chef, le Commandant Bertrand, et malgré ses pertes cruelles en cadres, a reconquis presque intégralement, en quelques minutes, le terrain pris la veille par l'ennemi et défendu par de nombreuses mitrailleuses. »


LES TIRAILLEURS MAROCAINS ENGAGES DANS LA CONTRE-OFFENSIVE VICTORIEUSE DES ALLIES : JUIN-NOVEMBRE 1918


En février 1918, un nouveau régiment de tirailleurs marocains est formé ; il s'agit du 2e régiment de marche des tirailleurs marocains (2e RMTM), intégré à la 2e division marocaine : il y a enfin des Marocains dans une des deux divisions, dites marocaines ! L'ancien RMTM devient, quant à lui, le 1er régiment de marche des tirailleurs marocains (1er RMTM).


Avec les révolutions russes de février et octobre 1917, la Russie sort progressivement de la guerre, ce qui confère aux Allemands un avantage numérique certain. Ces derniers peuvent désormais engager la totalité de leurs divisions sur le front de l'Ouest. Ils espèrent à nouveau accomplir la percée décisive qui a bien failli réussir en 1914. Pour cela, ils doivent faire vite et gagner la guerre avant l'arrivée en masse des Américains (entrés en guerre en avril 1917). La grande guerre de mouvement va reprendre à l'Ouest.


Lors des attaques allemandes du printemps et de l'été 1918, menées par Ludendorff, le 1er RMTM est dans un premier temps maintenu à l'arrière sans être engagé dans la gigantesque bataille défensive. Il se déplace en arrière du front menacé, prêt à intervenir en soutien d'unités en difficulté. Le haut commandement français le garde en réserve pour utiliser à bon escient ses extraordinaires qualités offensives.


Le 28 juin, lors de l'attaque périlleuse des hauteurs qui surplombent le Ru de Retz, il fait 500 prisonniers et obtient sa troisième citation à l'ordre de l'armée. Là encore, entraînement, vigueur et discipline sont mis à l'honneur. Le 15 juillet, les Allemands passent la Marne ; partout les Français sont bousculés. Le 18, Foch, commandant en chef des forces alliées, contre-attaque sur Fère-en-Tardenois entre Soissons et Reims ; le 1er RMTM attaque à nouveau, s'empare du village de Breuil et atteint la route Paris-Soissons, après une progression spectaculaire de neuf kilomètres. Un comportement exemplaire qui vaut au régiment et à l'infatigable Cimetière une quatrième citation, au prix de la perte des deux-tiers des effectifs ! Réorganisé, il combat encore début août et gagne sa cinquième citation : « [...] progresse, en trois jours, de 20 kilomètres, jalonnant de ses morts les lignes de résistance de l'ennemi qui ne peut arrêter son élan, s'empare de deux villages, de 400 prisonniers et d'un nombreux matériel, contribuant ainsi, dans la plus large mesure, à une grande victoire. »


Après un mois et demi de répit, le 1er RMTM, qui n'est plus composé que de deux bataillons, est à nouveau engagé sur l'Aisne. Dans la seule journée du 30 septembre, 600 hommes sur 1100 et 22 officiers sont tués ! En octobre, deux bataillons squelettiques combattent sur l'Oise. Le 11 novembre, l'armistice les surprend à Chauny, à une trentaine de kilomètres au nord de Soissons, une région que les hommes connaissent bien pour y avoir tant combattu. .


De son côté, le 2e RMTM a également participé aux combats sur l'Aisne, à partir du 20 août, puis en Argonne, en octobre. Lui aussi paye un lourd tribut à la victoire : en deux mois, il a perdu 18 officiers, 876 hommes et compte 1 823 blessés !


Rappelons enfin les souvenirs du sous-lieutenant Juin, lors de son premier contact avec les chasseurs " indigènes ", fin avril 1914 : « C'était [...] une espèce d'hommes hors des lois communes, aimant la fête entre les dangers et mus par un vague mysticisme [...] En les voyant passer dans leurs uniformes d'été de toile kaki, les Chleuhs portant de longs cheveux, signe de courage, chacun se demandait ce qu'ils représentaient et, surtout, ce que signifiaient les syllabes gutturales du chant étrange qu'ils entonnaient dans leur marche : Men Moulay Idriss djina, ya Rebbi taafou alina (Nous venons de Moulay Idriss, que Dieu efface nos péchés !) »


Les deux régiments de marche laisseront ainsi un souvenir ineffaçable dans le cœur des chefs et camarades de l'armée française qui ont su apprécier le courage et le dévouement de ces combattants marocains, jusque dans l'enfer des tranchées. En 1919, ils sont de retour au Maroc pour y être, en partie, démobilisés.



RETOUR SUR L’ENGAGEMENT DES TIRAILLEURS MAROCAINS DANS LA FOURNAISE DE VERDUN (MAI 1916) ET L’ASSAUT DU CHEMIN DES DAMES (AVRIL 1917)



LE 4e BATAILLON DU RMTM S'ILLUSTRE LORS DE LA TENTATIVE DE REPRISE DU FORT DE DOUAUMONT LES 22, 23 ET 24 MAI 1916


Les préparatifs de l'assaut


A partir du 24 avril 1916, le RMTM participe à la bataille de Verdun, il est engagé par fractions sur la rive droite de la Meuse. Du 22 au 24 mai, lors de la première tentative de reprise du fort de Douaumont, le 4e bataillon du régiment de tirailleurs marocains va s'illustrer sous les ordres du commandant Poulet.


C'est le 19 mai 1916 que le 4e bataillon est laissé à la disposition du général Mangin pour une opération spéciale qui n'est autre que la reprise du fort de Douaumont. Mangin connaît bien les qualités de ces soldats puisqu'il a lui-même servi au Maroc sous les ordres de Lyautey, aux premières heures de la conquête.


Ce fort, tombé bêtement entre les mains adverses dès les premiers jours de l'attaque allemande sur Verdun, fin février 19l 6, revêt une double importance stratégique mais aussi et surtout symbolique. Sa reconquête par les Français serait non seulement bienvenue pour les opérations sur le terrain, mais devrait être aussi un formidable encouragement pour les " poilus "qui se battent à Verdun et sur les autres parties du front, ainsi que pour l'ensemble de la nation.


Dans la nuit du 27 au 28 avril, le colonel Poulet, chef du bataillon, accompagné d'un officier par compagnie, effectue une première reconnaissance dans le ravin du Bazil.


Le 5 mai, la 13e compagnie détachée au nord de Fleury, devant Douaumont, est assez éprouvée au cours d'une attaque de nuit qui permet de prendre pied à la lisière sud du réduit Vigouroux et de rectifier le front de la tranchée Couderc.


Toujours le 5 mai, Poulet est convoqué au fort St Michel (au sud-ouest de Douaumont), PC du général Peillard qui commande la 28e division d'infanterie. Les trois compagnies restantes du bataillon sont mises à sa disposition, afin de participer à l'attaque par la 55e brigade des tranchées Dixmude, Derrien et Rivalain tenues par les Allemands. Dans cette affaire, le rôle des Marocains est de couvrir l'aile droite attaquante, en s'emparant des ouvrages de flanquement allemands dans la tranchée Morchée et le réduit Vigouroux.


Dans la nuit du 6 au 7 mai, le chef de bataillon et les commandants de compagnie exécutent une mission de reconnaissance des positions au nord de Fleury, en préparation de l'attaque. Le 7, le commandant Poulet rend compte des résultats de cette mission au général Peillard enfermé dans un fort St Michel qui subit un bombardement intense des Allemands. En effet, ces derniers ont déclenché une très violente attaque sur les positions au nord et à l'ouest de Thiaumont. Dans ces conditions nouvelles, l'attaque prévue du bataillon marocain et de la 55e brigade est remise à une date ultérieure. Le bataillon reste alors en cantonnement d'alerte à la caserne d'Authouard.


Le 17 mai, Poulet est informé qu'il doit placer les trois compagnies du 4e bataillon à la disposition du général Mangin, qu'il rencontre le 18, à 10 heures du matin, pour recevoir des instructions verbales concernant l'offensive envisagée sur le fort de Douaumont.


Le 21 mai, le bataillon quitte le casernement à 18 heures 45 pour rejoindre la Fourche (intersection des chemins Verdun-Souville et Verdun-Fleury) à 20 heures. Les compagnies marchent à cinq minutes d'intervalle et les sections à trente pas, en file indienne. A la Fourche, un obus de gros calibre occasionne des pertes dans l'une des compagnies. C'est au milieu de nappes de gaz lacrymogènes qui contraignent les Marocains à mettre leur masque, et sous un violent bombardement, que les soldats arrivent à 23 heures 25 au ravin du Bazil ? Là, le fameux lieutenant colonel Brenot, qui s'est illustré avec ses hommes du 74e régiment d'infanterie début avril en contre-attaquant victorieusement dans les ravins de La Caillette et du Bazil, demande au commandant Poulet de se tenir en réserve sur ce qui reste de la voie ferrée (pente nord du ravin), en attendant de connaître les emplacements à occuper. Les rares abris sont tous peuplés de compagnies du 74e et de territoriaux venus là pour exécuter des travaux de terrassement, et qui se retrouvent bloqués sous le bombardement.


L'attaque


Vers 2 heures du matin, le 22 mai, la relève s'effectue et les tirailleurs marocains rejoignent leurs positions. Deux sections occupent le petit ouvrage de l'éperon de Vaux avec leurs mitrailleuses prêtes à entrer en action pour tenir en respect le débouché venant de l'étang de Vaux et du ravin des fontaines. Une autre section de mitrailleuses va prendre position à l'intersection du ravin du Bazil et de la Caillette, surveillant l'entrée de ce dernier. Le ravin de la Caillette est tout proche du fort de Douaumont, il est pratiquement perpendiculaire à la porte principale de l'ouvrage. En l'empruntant, on peut s'approcher au plus près du fort mais on risque aussi à tout moment d'y voir déferler les Allemands. Les deux dernières sections de mitrailleuses restent à la disposition du commandant, sur ce qui était la voie ferrée, prêtes à venir renforcer, en cas de besoin, la section qui surveille le ravin de la Caillette. Le reste du bataillon s'installe dans les abris de la voie ferrée dévastée.


Les premières lignes françaises sont à moins de 500 mètres du fort, c'est cet espace que les troupes vont devoir franchir sous le feu conjugué des mitrailleuses et de l'artillerie allemande.


Les hommes sont désormais en ordre de bataille, alors que le bombardement se poursuit pendant toute la nuit occasionnant des pertes. Le 22, à 5 heures 30, le capitaine Montagne qui inspecte les positions est grièvement blessé par un éclat d'obus. A 10 heures du matin, le commandant Poulet est informé de l'heure de l'attaque : 11 heures 50.


A 13 heures, le commandant reçoit l'ordre de pousser deux compagnies (les 15e et 16e) dans les parallèles de départ. Il ne reste plus à cette heure que trois sections sous les ordres directs du commandant Poulet.


A 19 heures, c'est le groupe des grenadiers du bataillon qui est demandé et qui doit rejoindre une unité du 74e RI.


A 21 heures 50, une autre section est envoyée pour combler un espace d'une cinquantaine de mètres qui se retrouve vide de défenseurs, entre le 274e et le 74e RI. A cet instant, il ne reste plus qu'un peloton de tirailleurs marocains au ravin du Bazil, l'ensemble du bataillon est engagé dans les opérations. ,


Le bilan de la journée est mitigé, les troupes parviennent aux fossés de gorge de l'ouvrage d'où elles s'infiltrent dans les superstructures. Sur la droite, la forte résistance allemande empêche toute progression. Les superstructures ouest du fort sont conquises. Les Allemands, retranchés dans les parties souterraines de l'ouvrage, demandent un appui à leur artillerie et les positions au-dessus du fort deviennent vite intenables, malgré l'arrivée de renforts qui ne parviennent pas à investir le reste de l'ouvrage.


Le 23, des tirailleurs marocains doivent monter à la tranchée de Hauteville alors qu'un autre groupe est parti à 7 heures 40 porter secours à un poste de commandement qui vient de s'effondrer sur ses occupants. A peine arrivés à la tranchée de Hauteville, les tirailleurs tentent de la remettre en état, comme ils le peuvent ; cette tranchée est totalement bouleversée par les bombardements incessants.


A 13 heures 30, le même jour, c'est l'alerte pour les hommes du ravin du Bazil ; les Allemands se préparent à attaquer, des guetteurs sont placés sur la crête nord du ravin et ordre est donné aux postes avancés de l'éperon de Vaux et du ravin de la Caillette de tenir jusqu'à la mort, les Marocains se retrouvent en première ligne. A 13 heures 50, l'ennemi attaque et des sections de mitrailleuses sont placées sur la voie ferrée afin de barrer le ravin de la Caillette qui est sur l'axe d'attaque.


Pendant cette journée, les hommes qui sont arrivés sur les superstructures du fort perdent progressivement le contact avec leurs lignes, leur encerclement se précise.


Le 24, on est sans nouvelle de la 16e compagnie de tirailleurs marocains poussée le 22 dans les parallèles de départ.


Toujours le 24, trois sections de tirailleurs marocains réduites à 65 hommes, et regroupées la veille, sont lancées dans une contre-attaque visant à reconquérir le terrain perdu.


Elles occupent le boyau Hamus vers 4 heures du matin et s'intercalent entre le 74e et le 34e ; les Marocains sont face au boyau du Métro et une section de mitrailleuses surveille le boyau Charles, à leur droite, et la tranchée Otto qui se trouve en face.


L'attaque, fixée pour 7 heures 30, doit se dérouler de la façon suivante : 30 hommes dans la première vague d'attaque doivent sauter dans le boyau du Métro et avancer le plus loin possible ; précédés par les grenadiers, ils doivent atteindre un point coté 132 sur la carte et marqué sur le terrain par un arbre déchiqueté. Une deuxième vague d'assaut doit suivre à 50 mètres. Des grenadiers progresseront dans le boyau pour établir un barrage le plus loin possible, afin d'empêcher les Allemands de reprendre à la grenade le terrain gagné.


La première vague débouche à l'heure dite, mais elle ne peut avancer très loin et subit de lourdes pertes ; la deuxième vague n'arrive pas à sortir et se contente d'installer un barrage de sacs de terre à environ 110 pas du point de départ. Par la suite, tout mouvement vers l'avant est rendu impossible par l'intensité du bombardement.


8 heures 30, une nouvelle attaque doit être tentée sur un autre axe mais toujours en direction de la tranchée Otto ; cette action ne sera pas exécutée en raison du bombardement et du faible effectif des survivants.


II est 13 heures lorsque les Allemands tentent une sortie, mais ils doivent rapidement regagner leur tranchée, victimes eux aussi de la puissance du bombardement.


A cette heure, il ne reste plus que 17 hommes sur les 65 engagés et la section de mitrailleuses est presque entièrement détruite. Pourtant, l'hécatombe n'est pas terminée ; à 17 heures 20, il n'y a plus que 10 hommes pour tenir la position ! Les survivants opèrent alors un mouvement vers la droite pour se joindre au 74e, au prix de deux nouvelles vies. La barricade continue à tenir bon, gardée par 30 hommes du 74e et par les 8 tirailleurs rescapés. Dans la nuit, un détachement de pionniers arrive pour refaire la tranchée, presque entièrement comblée.


Le 24, à 22 heures 55, le commandant du 4e bataillon de tirailleurs marocains toujours au ravin du Bazil, reçoit l'ordre de relève de ses hommes. Les mitrailleuses ne seront relevées que dans la nuit du 25 au 26.


Conformément à cet ordre, toutes les fractions du 4e bataillon disséminées sur le champ de bataille doivent rejoindre le PC du ravin du Bazil. Les survivants, épuisés par des nuits de veille et de combats passées en première ligne, font leur entrée dans la caserne d'Authouard le 25 à 6 heures du matin.


L'attaque de la 51e division, entamée le 22 mai sous les ordres de Mangin et à laquelle participe le 4e bataillon du RMTM, est donc finalement un nouvel échec sanglant. Seule l'attaque centrale réussit ; le 74e RI auprès duquel combattent les Marocains ne parvient pas à atteindre ses objectifs et l'ennemi résiste à l'intérieur du fort.


Le 24 mai, alors que les tirailleurs marocains survivants continuaient à attaquer vers la tranchée Otto, le redoutable corps bavarois de l'armée allemande parvenait à déloger, au petit matin, les assaillants qui avaient pris position sur les superstructures du fort et qui combattaient encore.


Après trois jours de lutte acharnée — on s'est battu au corps à corps lors de combats d'une violence inouïe sous un bombardement infernal et permanent — les compagnies survivantes aux effectifs squelettiques sont ramenées vers l'arrière. L'attaque se solde par un échec qui, une fois de plus, est très coûteux en vies humaines. La division Mangin perd 130 officiers et 5 500 hommes ! Pour le bataillon de tirailleurs marocains, les pertes au cours des différents combats sont particulièrement lourdes, 4 officiers sont tués et 4 sont blessés, 94 hommes de troupe sont morts, 113 sont disparus et 160 sont blessés. Pour faire face à ces pertes, le régiment est réorganisé à l'arrière au mois de juin et les survivants du 4e bataillon sont autorisés à regagner le Maroc.


LA PERCEE HEROÏQUE DU RMTM LORS DE L'OFFENSIVE DU CHEMIN DES DAMES, LE 16 AVRIL 1917


Le général Robert Nivelle, tout auréolé de ses récents exploits sur le front de Verdun (reprises des forts de Douaumont et de Vaux, de la côte 304) et partisan résolu de l'offensive, remplace Joffre à la tête des armées françaises depuis décembre 1916. Le nouveau généralissime prépare avec minutie une offensive qu'il veut décisive et qui doit permettre de rompre le front allemand, de reprendre la guerre de mouvement et de trouver une issue rapide et victorieuse à un conflit qui n'a que trop duré.


Cette bataille pour percer, c'est celle du Chemin des Dames, route de crêtes située sur un éperon rocheux et bordée au nord par la rivière l'Ailette et au sud par l'Aisne. Le terrain est particulièrement accidenté, les pentes que vont devoir gravir les soldats sont très boisées et le dénivelé important peut atteindre de 150 à 200 mètres selon les endroits. Par ailleurs, le terrain est troué comme un gruyère d'innombrables cavernes, les creutes, dans lesquelles les Allemands peuvent facilement s'abriter pour laisser passer le déluge d'obus précédant toute attaque.


C'est à cette bataille que les hommes du RMTM vont participer. Le jour est fixé au 16 avril 1917, les troupes doivent s'élancer hors des tranchées à 6 heures du matin.


Les préparatifs de l'assaut


La veille de l'attaque, le 15 avril dans la soirée, le régiment marocain, commandé par le lieutenant-colonel Cimetière; encadré à droite par le 1er régiment mixte (306e brigade), à gauche par le 146e régiment d'infanterie (39e DI), occupe son secteur au nord-ouest de Vendresse.


Deux bataillons sont accolés en première ligne : à droite, le 5e bataillon (commandant Devès), à gauche le 6e bataillon (commandant Maillet). Chacun de ces deux bataillons a une compagnie dans la tranchée de première ligne. Les autres compagnies, les compagnies de mitrailleuses et le canon de 37mm, particulièrement utile pour détruire les casemates et les nids de mitrailleuses, sont dans les tranchées, de soutien et de deuxième ligne. Le 7e bataillon (commandant Dupas), arrivé dans la soirée même de la ferme Lécuyer, vient occuper les places d'armes créées en arrière et contre les pentes sud de la falaise. Le lieutenant-colonel Cimetière est installé dans le PC Maurice qu'il occupe depuis le 11 avril.


Depuis plusieurs jours, l'artillerie est entrée en action afin de détruire les organisations de la première ligne ennemie, conformément au plan d'attaque élaboré par le généralissime Robert Nivelle.


D'après Cimetière, la veille de l'attaque, les redoutables réseaux de fil de fer qui protègent les abords de la tranchée de première ligne allemande ont presque entièrement disparu.


Sur le front du 5e bataillon, les réseaux de barbelés qui protègent les tranchées françaises sont réduits par les tirs de l'artillerie de tranchée à un obstacle insignifiant ; en revanche, les barbelés qui se trouvent sur le front du 6e bataillon sont encore très denses et il faut organiser une sortie pendant la nuit du 15 avril, afin de cisailler les fils et ainsi ménager des couloirs pour l'attaque prévue le lendemain.


Dans les tranchées de première ligne, des échelles de franchissement sont disposées sur tout le front du régiment. A l'intérieur des lignes françaises, des corvées détruisent les réseaux de barbelés existant entre les tranchées et aucun obstacle matériel ne s'oppose plus à la sortie des premières vagues d'assaut à l'aube du 16 avril. Pour le franchissement de l'Ailette, cours d'eau qui est l'un des objectifs de la journée, un peloton apporte dans la soirée douze passerelles fabriquées par le Génie.


Dispositif du régiment pour l'assaut


Le bataillon marocain doit se porter à l'attaque dans la formation suivante :


- Deux bataillons accolés en première ligne, à droite, le 5e (Devès), à gauche le 6e (Maillet). Chacun de ces bataillons a une compagnie en première ligne (17e et 21e) répartie en trois sections d'assaut et une de soutien.


- En arrière, à environ 50 mètres des sections de renfort, doit marcher une vague de nettoyeurs constituée dans chaque bataillon par deux sections fournies par les 18e et 23e compagnies.


- A 250 mètres en arrière, les compagnies de soutien (19e et 22e) doivent s'avancer en colonne par un. Enfin, 200 mètres plus loin, s'avanceront les deux compagnies restantes des sections de nettoyage.


- Les compagnies de mitrailleuses des bataillons de première ligne doivent accompagner le mouvement, deux sections avec la première vague de nettoyage et deux sections en arrière de la compagnie de soutien sont laissées à la disposition du chef de bataillon. Ce dernier marche en tête de la compagnie de soutien en veillant à ne pas la laisser s'engager prématurément.


- A 500 mètres environ des derniers éléments des bataillons de première ligne s'avance le 7e bataillon tenu en réserve (commandant Dupas) avec ses trois compagnies d'infanterie (25, 26, 27es) disposées en échiquier sur deux lignes, une compagnie en avant au centre, les deux autres légèrement en arrière de chaque côté.


- Le lieutenant-colonel commandant le régiment se tient en principe à l'arrière à environ 200 mètres du bataillon de première ligne.


- Enfin de part et d'autre des troupes engagées, deux détachements sont chargés d'assurer la liaison avec les corps voisins. La profondeur totale du dispositif est de 1 850 mètres, la largeur de 750 mètres.


L'assaut


Journée du 16 avril


5 heures 50 :


Cimetière quitte son PC et se porte sur un point dominant le terrain entre la carrière Ardusset et la carrière Magnon, à une cinquantaine de mètres de la première ligne.


6 heures :


Conformément au plan d'attaque, les Marocains se mettent en route et se portent en avant en un seul bloc ; la distance en profondeur est cependant réduite pour passer, le plus vite possible, le tir de barrage que l'artillerie allemande va déclencher afin de tenter d'enrayer, l'assaut. Le terrain qui se trouve en avant de la première ligne française est désormais très praticable après la destruction des réseaux de barbelés par l'artillerie et l'ouverture à la cisaille, au cours de la nuit, de plusieurs passages dans les barbelés restés intacts.


Le spectacle de la montée à l'assaut des Marocains est particulièrement saisissant ; le chef de corps, le lieutenant-colonel Cimetière, qui pourtant connaît bien les qualités exceptionnelles de ses hommes, ne peut masquer son admiration : « [...] Les vagues d'assaut se suivent avec une précision de métronome, un ordre parfait, comme à la manœuvre, leur régularité fait présager de grandes choses de la part d'une pareille troupe et leur chef se sent fier et heureux de mener au combat de si braves gens [...] ».


On sait que l'effet de surprise sur lequel comptait Nivelle, et qui était un facteur de réussite de son plan, n'a pas joué le 16 avril, les Allemands étaient en fait très renseignés sur l'offensive prévue et s'y étaient fort bien préparés.


Pourtant, la rapidité et le silence avec lesquels les tirailleurs marocains sortent des tranchées permettent aux deux compagnies de tête de parcourir environ 200 mètres avant que les Allemands ne s'en aperçoivent et tirent des fusées pour demander aux artilleurs de, déclencher le tir de barrage.


Le bombardement aussitôt déchaîné semble partiellement manquer son objectif. Il n'est pas très nourri sur la première ligne d'assaut mais, en revanche, il s'acharne sur le ravin de Vendresse, point de départ de l'attaque.


Dès le départ, Devès qui commande le 5e bataillon s'effondre, très grièvement blessé au moment où, monté sur le parapet de la tranchée de départ, il exhorte d'un « en avant ! » ses hommes à partir à l'attaque en indiquant d'un geste la direction à suivre. C'est le capitaine Simonnet qui prend immédiatement le commandement, alors que les hommes finissent de s'extraire de la tranchée.


6 heures 15 :


Les deux bataillons de tête avancent et disparaissent dans le ravin de Chivy. Le bataillon de réserve (7e) vient occuper, dans la tranchée de départ, les positions laissées vides par l'avance des 5e et 6e bataillons. Le lieutenant-colonel Cimetière transporte son PC dans la tranchée de soutien ennemie.


6 heures 20 :


Du PC, des mouvements sont observés sur la crête du Chemin de Dames, des détachements ennemis remontent en désordre vers le  sommet. Mais les tirailleurs engagés vers l'avant se retrouvent sous le feu des mitrailleuses allemandes. Des rafales très nourries partent de la crête nord du ravin de Chivy (tranchée de Fuleta), d'autres balayent le fond du ravin où les hommes tentent de s'abriter comme ils le peuvent. Les tirs les plus meurtriers proviennent de l'entrée d'un abri souterrain situé à la naissance du ravin. Les Marocains se retrouvent dans un piège " classique " du Chemin des Dames. Au passage des assaillants, les Allemands rentrent dans des abris souterrains, des grottes, les fameuses creutes de la région, puis ressortent, mettant en batterie une ou plusieurs mitrailleuses ; les assaillants se retrouvent alors pris entre deux feux : c'est ce qui arrive aux tirailleurs coincés au fond du ravin de Chivy. Les pertes sont sérieuses, surtout à la gauche de la ligne, là où opère le 6e bataillon ; de plus, l'artillerie lourde ennemie écrase le fond du ravin par un très violent tir de barrage. Le chef du 6e bataillon, Maillet, qui se trouve à la tête de son groupe, est mis hors de combat par un éclat d'obus dans l'abdomen. Le capitaine Launay, commandant la 6e compagnie, se trouve près de Maillet ; il reçoit une balle de mitrailleuse qui le tue. Presque au même moment, un autre officier est lui aussi grièvement blessé par un tir de mitrailleuse. Le capitaine Delgrange, qui commande la 22e compagnie, remplace Maillet à la tête du 6e bataillon. En moins d'une demi-heure, les deux chefs de bataillon sont hors de combat ! Chez les tirailleurs marocains, certes, les officiers sont français, mais ils sont appréciés, suivis et respectés par leurs hommes car tous partagent à égalité l'épreuve du feu devant les balles allemandes.


Malgré les pertes, les vagues d'assaut continuent à progresser et leur élan n'est nullement arrêté. C'est en entonnant leur cri de guerre que les Marocains gravissent, dans l'ordre, la pente nord du ravin de Chivy pourtant excessivement difficile.


En effet, à l'arrière de la première vague, les nettoyeurs sont entrés en action en attaquant les abris qui n'étaient pas détruits ; en particulier le gros abri souterrain à l'entrée du ravin d'où l'on tirait dans le dos des Marocains. Ce dernier est d'abord attaqué aux lance-flammes mais leur emploi est rendu dangereux par les retours de flammes, les nettoyeurs du RMTM viennent donc à bout de l'abri à coups de grenades incendiaires. Ce sont 200 à 250 Allemands qui en sortent et sont faits prisonniers puis envoyés à l'arrière. Un grand nombre des occupants de l'abri est tué sur place ; quelques-uns connaissent une mort atroce, ils brûlent comme de véritables torches vivantes.


6 heures 45 :


Les compagnies de première ligne abordent le rebord nord du ravin de Chivy et franchissent la tranchée de Fuleta ; là, elles marquent un temps d'arrêt pour se réorganiser et remettre de l'ordre dans les vagues d'assaut. La 21e compagnie, très éprouvée dans le ravin de Chivy, n'est plus constituée que de petits groupes clairsemés. Pour compléter les effectifs, deux sections d'une compagnie de soutien (22e) rejoignent les troupes de première ligne.


6 heures 50 :


La marche reprend calme et régulière ; les troupes avancent précédées par le barrage de l'artillerie française censé ouvrir la route, mais les chefs de bataillon estiment ces tirs insuffisants, peu nourris, clairsemés et incertains. Les Marocains pensent même qu'il s'agit d'un mauvais tir de barrage ennemi, ils ont tendance à le pénétrer peu à peu et même à le franchir, emportés qu'ils sont par leur ardeur ! Les chefs de bataillon doivent intervenir et freiner l'allure afin de respecter la progression.


Les bataillons de tête, qui franchissent la tranchée de Fuleta et traversent le petit plateau séparant le ravin de Chivy du bois de Paradis, se retrouvent très exposés au feu nourri des très nombreux nids de mitrailleuses. Pour en venir à bout, le canon de 37 mm du 5e bataillon est rapidement mis en batterie et parvient à faire taire plusieurs mitrailleuses, mais c'est surtout la progression très rapide de l'infanterie qui les réduit au silence. Rien ne semble pouvoir freiner l'avance des Marocains qui enlèvent à la baïonnette la lisière sud du bois du Paradis, les mitrailleurs ennemis tirent jusqu'à leur dernier souffle avant d'être cloués sur place par les baïonnettes des tirailleurs. Le ravin de Paradis est traversé en coup de vent par les vagues de tête.


7 heures :


Alors que le lieutenant-colonel Cimetière arrive à la tranchée de Fuleta, c'est une lutte sans merci qui s'engage dans le bois du Paradis. Contrairement à ce que prévoyait l'état-major, la préparation d'artillerie française n'a nullement entamé les abris souterrains allemands qui sont intacts et regorgent de monde. Les nettoyeurs doivent utiliser des grenades explosives et incendiaires et parviennent à faire environ 200 prisonniers ; au cours de l'assaut, un capitaine allemand est tué dans son abri. Mais à nouveau, le piège du Chemin des Dames se met en place ; les Allemands, voyant leurs lignes franchies, tournent les mitrailleuses embusquées dans les creutes et tirent dans le dos des premières vagues d'assaut ; là encore, les nettoyeurs interviennent et font cesser le carnage.


Un temps d'arrêt est marqué à la lisière nord du bois du Paradis pour laisser souffler les hommes épuisés par l'effort qu'ils viennent de fournir. On en profite pour reconstituer l'effectif, en faisant rejoindre la première ligne par les troupes de réserve.


7 heures 20 :


Cimetière s'aperçoit qu'aucune troupe ne semble progresser à sa gauche ; un officier envoyé en reconnaissance rend compte que, effectivement, la gauche du régiment est entièrement découverte. La  progression des Marocains a été telle que les autres troupes n'ont pu les suivre ; ils se retrouvent ainsi presque isolés à la pointe du dispositif d'assaut ! Pour remédier à cela, une compagnie du bataillon de réserve est désignée afin de s'opposer à toute incursion de l'ennemi sur le flanc gauche du bataillon.


A l'avant, les effectifs fondent et les troupes de réserve se font rares : ordre est donné de n'employer la réserve qu'en cas d'urgence absolue.


8 heures 40 :


Le lieutenant-colonel Cimetière suit la marche en avant de ses hommes et vient établir son PC à la lisière nord du bois du Paradis. Au même moment, un avion allemand de reconnaissance volant à très faible altitude est abattu par le tir des fusils du régiment, il s'écrase à environ 200 mètres.


9 heures 12 :


Le 5e bataillon reprend sa marche en avant, il colle au barrage d'artillerie et progresse lentement en gardant le contact avec l'autre bataillon marocain qui progresse à la même vitesse.


9 heures 30 :


Les hommes arrêtent leur progression, le tir de barrage français est trop court, le 5e bataillon a dépassé le Chemin de Dames et se trouve à cheval sur la tranchée Kruger ! Le 6e, lui, est légèrement en arrière dans la tranchée du Mat. Cimetière quitte la tranchée du Paradis et s'avance pour se rendre compte de la situation, l'allongement du tir est demandé pour permettre la reprise du mouvement en avant, mais l'ajustement tarde à se faire.


10 heures 25 :


La demande d'allongement du tir est réitérée, toujours sans résultat. Cimetière apprend alors qu'à la gauche du régiment, le village de Chivy, très en arrière, n'a pas été enlevé à l'ennemi. Il existe ainsi, à gauche, un grand espace que les Allemands peuvent utiliser pour une contre attaque et les premières lignes risqueraient alors d'être coupées de leur base arrière. Pourtant, il n'est pas question de se replier et les bataillons de tête doivent se maintenir sur place en organisant les positions conquises.


Le bataillon Lagarde du 9e Zouaves arrive en renfort du RMTM ; une compagnie et une section de mitrailleuses sont immédiatement chargées de surveiller le flanc gauche particulièrement exposé. Les premières lignes doivent se maintenir, coûte que coûte, sur leurs positions.


11 heures 40 :


En face des lignes avancées conquises de haute lutte par les Marocains, les Allemands renforcent leurs positions en hommes et mitrailleuses dans les tranchées du Pirate et de l'Artimon, laissant présager une contre-offensive. Des hommes en provenance de la 27e compagnie (réserve) sont immédiatement envoyés pour renforcer le dispositif. Le bataillon Lagarde du 9e Zouaves est placé légèrement en arrière des premières lignes (pente nord du ravin du Paradis) pour parer à toute mauvaise surprise.


13 heures 55 :


Cimetière donne l'ordre suivant au commandant Lagarde du 9e Zouaves : « Pénétrez dans le bois des Prés Moreaux, cernez Chivy et emparez-vous de ce village par le Nord [...] ». Inutile ! Peu après, Cimetière apprend que Chivy est tombé et que le 146e RI qui s'en est emparé progresse sur sa gauche. Le 5e bataillon doit désormais assurer la liaison avec le 146e RI lorsque celui-ci arrivera à sa hauteur.


16 heures 25 :


L'ordre de relève du régiment marocain arrive : ce dernier doit se faire dépasser par le 9e Zouaves qui monte en première ligne et doit continuer la progression ; les Marocains, déjà durement éprouvés, devront pourtant continuer à occuper les mêmes positions (tranchées du Mat et de Kruger) et deviennent la réserve du 9e. Mais cette relève prévue pour le 16 ne peut être effectuée que le 17 à la tombée de la nuit. En attendant il faut tenir, encore.


La nuit du 16 au 17 se passe sans trop d'incidents, chacun fait bonne garde pour ne pas se laisser surprendre. L'ennemi utilise les casemates et abris plus ou moins détruits pour y installer des mitrailleuses et se renforcer, il lance des grenades et de nombreuses fusées éclairantes. Les Allemands sont inquiets, toujours sous le coup de la très brutale attaque des Marocains, la veille, qui leur a occasionné de lourdes pertes. Ils ne tentent pour l'instant aucun retour offensif.


En première ligne, la fatigue est grande, la nuit est glaciale et il neige ; les gradés multiplient leurs efforts pour réconforter leurs hommes et les aider à lutter contre l'engourdissement qui gagne même les plus énergiques.


Le 17 avril


La journée froide et pluvieuse n'apporte aucun changement significatif de la situation. L'ennemi terrorisé la veille, prêt à se rendre, s'est ressaisi. Il s'organise, travaille et renforce ses positions, bien qu'il ne soit pas très nombreux. Des pertes sont encore occasionnées par les mitrailleuses, les hommes sont obligés de se terrer, les moindres mouvements sont guettés par les mitrailleurs d'en face.


Après une journée d'attente, c'est à 20 heures que le 9e Zouaves se présente enfin pour effectuer la relève. Les Marocains partent bivouaquer sur la pente Nord du ravin de Chivy. Pendant qu'ils rétrogradent, ils sont soumis à un tir de barrage qui cause encore des pertes.


Le 18 avril


Pendant toute cette journée, les bataillons stationnés dans le ravin de Chivy sont soumis à un bombardement systématique qui fait de nombreuses victimes. A partir de 20 heures, les bataillons très durement éprouvés quittent le champ de bataille et s'en vont bivouaquer à l'arrière sans pertes sensibles.


Le 19 avril


Tous les survivants valides de ces terribles combats sont rentrés peu à peu au cantonnement, et de nombreux tirailleurs qui s'étaient égarés pendant la nuit arrivent au cours de la journée. Un appel sérieux est fait en fin d'après-midi afin de confirmer les pertes et préciser l'état du régiment.


Le succès local des Marocains dans cette offensive du Chemin de Dames s'est payé très cher, les pertes sont sévères : 10 officiers dont 3 capitaines sont tués, un sous-lieutenant est porté disparu ; les hommes affirment avoir vu son cadavre mais malgré les recherches on n'a pu le retrouver. Les trois chefs de bataillon sont blessés dont deux très grièvement, au total ce sont 21 officiers qui sont blessés. Chez les hommes de troupe, les pertes avoisinent les 50 %, chiffre énorme qui témoigne de la violence des combats et de l'engagement courageux et sans limite des Marocains dans la bataille. Sur 2 021 hommes, 606 sont blessés, 192 tués et 202 portés disparus, ce qui, bien sûr, ne laisse guère d'espoir de les retrouver.


Pourtant, malgré ces pertes impressionnantes et d'après leur chef : « [...] L'esprit des tirailleurs reste excellent, ils n'ont pas été impressionnés par la disparition de leurs camarades [...] ». Même si l'on peut s'interroger sur le niveau réel du moral des Marocains après la disparition de tant de camarades, il faut noter que le RMTM n'est pas atteint par l'impressionnante vague de mutineries qui touche l'armée française et tout particulièrement les unités engagées au Chemin des Dames au cours du printemps 1917. En effet, on a promis aux soldats une percée décisive et la reprise de la guerre de mouvement permettant une issue rapide du conflit. Or, les soldats comprennent dès le premier jour, voire dès les premières heures de l'attaque, qu'ils n'ont aucune chance de percer des défenses allemandes inexpugnables. Le mécontentement et la désillusion ne font que s'accroître devant tant de camarades morts en si peu de temps et une fois de plus pour... rien ou presque      (100 000 hommes sont mis hors de combat en dix jours et l'on compte en outre 30 000 morts).


Le 4 mai, le régiment reçoit une nouvelle citation à l'ordre de l'armée pour les journées des 16 et 17 avril : « Le régiment de tirailleurs marocains sous l'énergique impulsion de son chef, le lieutenant-colonel Cimetière, a emporté d'un élan, les trois lignes de tranchées de la première position allemande puis a franchi successivement deux ravins profonds, le premier battu par un feu violent de mitrailleuses, le second, abrupt, boisé, énergiquement défendu par un ennemi disposant d'abris profonds, auquel il a fait plus de 500 prisonniers. Malgré les pertes subies a abordé sans désemparer la deuxième position allemande, enlevant plusieurs lignes de tranchées et ne s'arrêtant que par ordre, pour permettre l'arrivée à sa hauteur des troupes voisines qu'il avait dépassées dans son    élan. »


Plusieurs soldats sont distingués par des Légions d'honneur, médailles militaires et citations à titre individuel comme Abderahman ben Rahel : « Dans un terrain accidenté et boisé a tué un adversaire qui mettait en joue son capitaine à moins de 20 mètres, le sauvant d'une mort certaine. Type de vieux soldat marocain d'un dévouement et d'un courage à toute épreuve. »


Miloudi ben Ahmed est lui aussi distingué : « A fait preuve, le 16 avril 1917 au Chemin des Dames, de beaucoup d'allant et de bravoure, en montant à l'assaut des positions ennemies fortement organisées. A été blessé grièvement au cours de l'action. » Ou bien encore, Allal ben Moussa : « Brave tirailleur, a été grièvement blessé au Chemin des Dames, en se portant courageusement à l'assaut des tranchées ennemies. Enucléation de l'œil gauche. »


La percée héroïque des Marocains le 16 avril 1917 ne peut cacher l'échec global et cuisant de l'offensive préparée par Nivelle. La surprise n'était pas au rendez-vous, la préparation d'artillerie insuffisante n'a pu venir à bout des défenses ennemies et des redoutables créâtes parfaitement utilisées par les Allemands. Le désastre est total, l'armée française déjà saignée à blanc à Verdun a engagé là ses meilleures unités qui ont fondu sur les pentes escarpées du Chemin des Dames. Le front n'est pas rompu, la guerre va durer, encore.



Jean-Pierre RIERA, professeur d'Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1997-    ).


Date de création : 14/10/2004 @ 16:47
Dernière modification : 17/03/2007 @ 00:54
Catégorie : 1-Le Maroc aux côtés de la France dans la Grande Guerre
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