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2-Frères d'armes marocains et français
(1939-1945) - A/ La campagne de France 1939-1940 (1)

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L'ENGAGEMENT DU MAROC AUX COTES DE LA FRANCE DANS LA SECONDE GUERRE MONDIALE


Le 3 septembre 1939, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre au IIIe Reich nazi, en réponse à son attaque contre la Pologne deux jours plus tôt. C'est le début de la Deuxième Guerre mondiale en Europe.


De son côté, le Maroc est toujours sous le régime du Protectorat français, depuis 1912. Au regard des relations franco-marocaines et de ses aspirations démocratiques, Sidi Mohammed ben Youssef (futur Roi Mohammed V), Sultan du Maroc depuis 1927, exprime alors son soutien inconditionnel et total à la France contre l'Allemagne nazie. Dans un discours, en date du 3 septembre 1939, lu dans toutes les mosquées du pays les jours suivants, il invite la nation marocaine « à soutenir le peuple français ami face au danger commun » : « (…) A partir de ce jour et jusqu'à ce que l'étendard de la France et de ses alliés soit couronné de gloire, nous lui devons un concours sans réserve, de ne lui marchander aucune de nos ressources et ne reculer devant aucun sacrifice. Nous étions liés à elle dans les temps de tranquillité et d'opulence et il est juste que nous soyons à ses côtés dans l'épreuve qu'elle traverse (...) ».


Cet appel bénéficie d'une large adhésion des différentes couches sociales du pays, comme le reflètent les nombreux discours, articles de presse, déclarations et lettres de cette époque. Dans le journal arabophone Assâada du 9 septembre 1939, on peut lire par exemple cette lettre des notables de Fès, dont voici un extrait : « (...) en ces temps difficiles où le monde se doit de faire triompher la démocratie et ne ménager aucun effort pour la défense de son honneur et de ses principes, le Maroc se dresse pour dire à la République française qu'il ne connaît d'autre doctrine respectable que celle de la démocratie effective (...) Sire, si vous notre Sultan et notre Imam, avez proclamé votre soutien à la France, nous, qui sommes vos sujets, vous exprimons notre dévouement le plus grand. »


Dans de nombreuses villes du Royaume, à l'exemple des notables de Fès, qui joignent le geste à la parole, des souscriptions sont lancées pour soutenir l'effort de guerre de la France. Même le mouvement nationaliste marocain, opposé depuis le début des années 1930 aux dérives du Protectorat qui ne respecte pas à la lettre le traité de Fès de 1912, cesse temporairement ses activités et proclame sa solidarité avec la France.


Cette symbiose entre le peuple et son Sultan donne à l'engagement du Maroc, aux côtés des Alliés (France et Royaume-Uni), une signification très forte. Il en résulte un attachement profond des forces vives de la nation marocaine au combat pour la liberté et le respect de la dignité humaine…


L'ENROLEMENT DES COMBATTANTS MAROCAINS DANS L'ARMEE FRANÇAISE


Comme en 1914, la France fait appel à son Empire colonial. Dès septembre 1939, elle mobilise ses soldats d'outre-mer issus du Maghreb, de l'Afrique noire, de Madagascar, des Antilles, du Pacifique et d'Indochine. Ces combattants représentent, au total, plus de 11 % des effectifs de l’armée française, contre près de 7 % pour la Première Guerre mondiale.


Le gros de ces troupes appartient à l'armée d'Afrique (53 % des forces levées dans l'ensemble de l'Empire français), qui est constituée de soldats provenant du Maroc, d'Algérie et de Tunisie : environ 340 000 hommes en mars 1940, dont près de 90 000 Marocains.


Avant septembre 1939, l'armée française comptait déjà dans ses rangs 38 000 soldats originaires du Maroc. Mais la déclaration de guerre exige d'enrôler de nouveaux combattants marocains, pour renforcer les unités existantes et en créer de nouvelles.


Ces soldats,  majoritairement d'origine rurale, sont recrutés sur l'ensemble de l’Empire chérifien. Mais ce sont les régions du Moyen Atlas et secondairement du Haut Atlas, qui fournissent les contingents les plus importants, avec plus de 60 % des effectifs engagés. Offrant de fortes densités humaines, ces montagnes sont peuplées de nombreuses tribus berbères, aux noms caractéristiques. Par exemple, Aït Tserrouchen, Zaïan, Aït Youssi, Zemmour, Marmoucha dans le Moyen Atlas ; Aït Ouirra,  Aït Zeneb, Asqaouene, Aït Ouaouzguite dans le Haut Atlas. Ces tribus présentent de hautes et séculaires traditions guerrières, forgées par une histoire tumultueuse et une vie rustique, où les armes à feu sont le quotidien du gardiennage des troupeaux et des longues parties de chasse en montagne.


La phase d’enrôlement ne rencontre aucune difficulté, des bureaux de recrutements français étant même submergés par le nombre de candidats. Ces derniers sont jeunes voire très jeunes. Etant donné que ces hommes ne disposent pas de documents attestant avec précision de leur date de naissance, leur enrôlement se fait sur la base d’un examen de santé et d’aptitude physique, ce qui permet à des adolescents de 15 ou 16 ans de s'engager ! 


Les motivations qui poussent ces milliers de Marocains à entrer dans l'armée française sont multiples. Beaucoup sont désignés d’office par les autorités marocaines, comme l’évoque une recrue du 6e régiment de tirailleurs marocains (6e RTM) : « Le Mokadem et le Cheikh choisissaient 2 à 4 personnes par village et les envoyaient vers Berrechid. » Les autres s’engagent de leur plein gré, grâce à l'adhésion suscitée par l'appel de Sidi Mohammed ben Youssef. Un engagé volontaire au 5e RTM témoigne : « A l'âge de 16 ans et demi, avec des camarades, nous avons décidé de nous engager comme tant d'autres, ayant en mémoire l'appel de sa Majesté en faveur de la France. »  En répondant à cet appel, beaucoup partent aussi par esprit d'aventure, pour « la geste » et pour fuir la misère. Mohamed Arfouni, également volontaire dans les tirailleurs, explique : « Je me suis engagé à Meknès au 7e RTM, car il n'y avait alors pas grand chose à faire au Maroc. » Slimane Boukermoussa reconnaît pour sa part que « vu la misère dans laquelle on vivait, se contentant du peu que notre métier de berger pouvait nous offrir, je n’ai pas hésité à me porter volontaire. »    


Rentrer dans l'armée française offre, en effet, l'opportunité de quitter son « douar » (village) ou son quartier, de voyager, d'avoir l'assurance d'être nourri, habillé et de toucher une solde assez intéressante pour l'époque. Mais c'est aussi s'exposer à la mort, aux souffrances physiques et morales engendrées par la guerre !


Parallèlement à ces opérations d’enrôlement, le Maroc fournit d'importants contingents de main d’œuvre acheminés vers la France et l'Algérie (colonie alors divisée en départements français), afin de répondre aux besoins de l'économie de guerre. En 1939, la France reçoit ainsi plus de 12 000 ouvriers et l'Algérie accueille 24 000 travailleurs agricoles saisonniers marocains.


A l’instar du premier conflit mondial, le soutien du Maroc à la France ne se limite donc pas au seul aspect militaire, comme l’illustrent aussi sa contribution financière et ses livraisons de produits agricoles, industriels et miniers.


LES UNITES MAROCAINES DANS L'ARMEE FRANÇAISE EN 1939-1940


Si des Marocains sont présents dans la marine et les unités au sol de l’aviation française en poste au Maroc, l’immense majorité d’entre eux est engagée dans les forces terrestres.


En 1939-1940, ces « Guerriers du Soleil couchant » se répartissent ainsi en dix régiments de tirailleurs, quatre régiments de spahis, deux régiments d'artillerie, deux bataillons du Génie (unités chargées de l'aménagement du terrain, de la réalisation et de l'entretien des voies de communication), vingt cinq compagnies du Train (troupes assurant le soutien logistique) et cent vingt six goums (équivalent à une compagnie d’environ 200 hommes, les goumiers, chargés du maintien de l'ordre et de la sécurité au Maroc). Lors de leur création en 1908, les goums mixtes marocains (composés en théorie de trois sections d’infanterie, d’un peloton de cavalerie, d’un échelon muletier et, ultérieurement, d’un groupe de mitrailleuses et de mortiers) étaient apparentés à des éléments supplétifs. Devenus rapidement des forces régulières en même temps que leur nombre augmentait au sein de l’armée d’Afrique, les goums mixtes marocains n’en sont pas moins restés des unités hors norme, qui s'illustreront en particulier à partir de 1943...


Dans ces unités, sous commandement français, le pourcentage de soldats marocains (désignés à l'époque par les termes de soldats « indigènes » ou « musulmans ») est variable : environ   75 % dans les tirailleurs, 70 % dans les spahis, 40 % dans l'artillerie, 50 % dans le Génie et les unités du Train, 80 % dans les goums. Le reste des effectifs est constitué de Français, vivant en Afrique du Nord ou en métropole (la France continentale).


Comptant 70 % de soldats de métier, les régiments de tirailleurs marocains, comme leurs homologues algériens et tunisiens, forment l'élite de l'infanterie française. Bien encadrés et équipés, les combattants marocains présentent de nombreuses qualités, à l’image de leurs aînés envoyés en Europe durant la Grande Guerre : grande aptitude au combat, allant naturel, résistance physique, courage à toute épreuve, attachement à leur chef et fort loyalisme.


Ce loyalisme, qui va s’observer durant toute la Seconde Guerre mondiale, est un trait que l’on retrouve globalement chez les autres combattants de l’armée d’Afrique et des colonies. Comme durant la Première Guerre mondiale, il s’explique par l’encadrement paternaliste des hommes, l’établissement d’une profonde fraternité d’armes forgée dans les combats et les souffrances, enfin par le sentiment que l’ordre militaire est somme tout plus égalitaire que l’ordre colonial, malgré la persistance de discriminations. Tels que l’illustrent l’avancement lent, l’accès difficile au grade d’officier supérieur et la solde inférieure des soldats « indigènes ». La parité des soldes entre militaires français et « indigènes » sera finalement instaurée en août 1943 par le Comité français de libération nationale, alors présidé par les généraux de Gaulle et Giraud mais subsisteront encore des disparités concernant les indemnités pour charges de famille et de logement...  


En 1939-1940, l'état-major français attribue aux unités marocaines deux objectifs essentiels. L'un consiste à maintenir l'ordre au Maroc et assurer la défense de son territoire, voire celle d'un autre territoire nord-africain en cas d'agression. L'attitude ambiguë de l'Espagne franquiste (dirigée par le dictateur Franco), qui accroît alors ses effectifs militaires au Maroc espagnol, oblige ainsi les autorités françaises à maintenir des forces non négligeables dans l’Empire chérifien. Au printemps 1940, celles-ci sont surtout concentrées sur l'axe de communication Taza-Oujda. Parallèlement, des unités marocaines sont stationnées au Levant, afin de protéger les deux protectorats français au Liban et en Syrie.


L'autre objectif prioritaire des troupes marocaines est la défense du territoire français. Sur les 90 000 combattants marocains engagés dans l'armée française, 47 000 vont donc participer à la campagne de 1939-1940.


LA « DROLE DE GUERRE » : SEPTEMBRE 1939-AVRIL 1940


Dès le début de la guerre, comme des centaines de milliers de soldats de l'armée française et du Corps expéditionnaire britannique (British Expeditionnary Force), les combattants marocains sont déployés sur les frontières belge, luxembourgeoise et allemande, dans le nord et l'est de la France.


Adoptant une position attentiste, les Alliés vivent alors au rythme de la " drôle de guerre ". Encore traumatisée par l'hécatombe de 14-18, la France a choisi en effet une stratégie défensive, symbolisée par sa ligne Maginot. Cette ligne de fortifications puissantes, construite dans les années 1930, couvre la frontière de l'Est et du Nord-Est, de la Suisse jusqu'au Luxembourg. Au-delà, les autorités françaises ont choisi de ne pas la prolonger, considérant que la forêt des Ardennes, située à la jonction des territoires français, belge et luxembourgeois, est impénétrable par une armée mécanisée. Par ailleurs, l’état-major français a prévu de garnir le reste de la frontière belge de ses meilleures unités mobiles, prêtes à se déployer en Belgique, car il est persuadé que c'est par là que passera l'offensive principale de la Wehrmacht (l'armée allemande) comme en 1914....


Pendant huit mois, misant sur une guerre d'usure, les armées franco-britanniques restent ainsi l'arme au pied « à l'abri de la ligne Maginot ». Et ce, à l'exception d'une timide offensive sur le territoire allemand, dans la Sarre, en septembre 1939, où s'illustre déjà le 6e RTM au prix de 50 pertes en deux semaines de combat.


Un soldat français d'un régiment de tirailleurs marocains évoque cette « garde au front », durant la « drôle de guerre » dans le journal quotidien  La Vigie Marocaine, du 31 janvier 1940 : « Mon bataillon était, avant la Noël, dans un petit village situé légèrement en avant de la ligne Maginot et complètement évacué par la population civile, un de ces villages de l'Est comme il y en a des centaines actuellement : plus un civil, toute vie locale disparue et des soldats dans toutes les granges, dans toutes les remises, dans toutes les maisons. (...) Certaines nuits sont calmes, en particulier quand la visibilité est très bonne. (...) Le travail de la patrouille est alors rendu difficile, et celui du guetteur immobile et caché, est au contraire grandement facilité. Mais le froid est alors intense et c'est pendant ces nuits-là que nos tirailleurs ont le plus souffert. Les nuits obscures sont généralement plus mouvementées. Nos groupes francs et leurs patrouilles font de fréquentes sorties, et, sans que l'on puisse dire à proprement parler qu'il y a eu attaques, il est courant que des points d'appui soient harcelés pendant presque toute une nuit (...) »


Jusqu'en mai 1940, le conflit se limite donc à une guerre de coups de mains. Période au cours de laquelle les tirailleurs marocains intégrés dans les « corps francs », petites unités combattantes constituées de volontaires, occupent une place de choix dans les communiqués officiels et les reportages de la presse. Comme l'illustre le numéro de la revue hebdomadaire Match, du 4 avril 1940, qui consacre sa couverture à des « Soldats marocains d'un corps franc » et deux pages d'un reportage photos sur l'une de leurs missions de patrouille en première ligne.


Au cours de cette guerre de coups de mains, le comportement exemplaire des tirailleurs marocains est récompensé par de nombreuses décorations et de multiples citations militaires, à l’image des quatre exemples suivants : 


- « Sous-officier d'élite. A repoussé vigoureusement l'action hardie des patrouilleurs ennemis dirigée contre son groupe. Blessé par un éclat de mine a refusé d'être évacué pendant le séjour de la compagnie en ligne. » (citation du sergent Abdallah ben Lhassen) ; 


-  « Volontaire pour participer à un coup de main, a traversé le premier, à la nage, une rivière en crue pour établir un va-et-vient et faire passer ses camarades. A témoigné au cours de l'action d'un courage remarquable et a contribué au sauvetage de son adjudant blessé. » (citation du 2e classe Miloud ben Lhabib) ;  


- « Chef de section de haute valeur, commandant à deux reprises d'un point d'appui particulièrement menacé par des sections de patrouilles, a su imposer sa volonté calme à ses hommes et repousser les tentatives ennemies. » (citation du lieutenant Si Driss ben Hadj Mesfioni) ;


- « Excellent tirailleur, volontaire pour toutes les missions périlleuses. Sérieusement blessé au cours d'une tentative de coup de main sur un poste allemand, a continué à se battre à la grenade et ne s'est replié que sur l'ordre de son chef. » (citation du 2e classe El Ghazi ben Habbart).


L'OFFENSIVE ALLEMANDE DU 10 MAI 1940


Le 10 mai 1940 à l'aube, la Wehrmacht (l'armée allemande) attaque les Pays-Bas et la Belgique. Aussitôt, les meilleures troupes françaises, dont la 1ère division marocaine (1ère DM), et les unités du Corps expéditionnaire britannique se déploient afin de prendre position sur une ligne passant, du nord au sud, par la ville de Breda aux Pays-Bas, la rivière Dyle, le seuil de Gembloux et le fleuve Meuse, en territoire belge. Ce faisant, les armées alliées tombent dans le piège tendu par l’état-major allemand.


En effet, suivant un plan audacieux, la principale offensive de la Wehrmacht se déploie un peu plus au sud, à travers le massif forestier des Ardennes, où sont concentrées les meilleures unités d'infanterie et des centaines de chars allemands en face du dispositif français le plus faible, dans la région de Sedan. Cette forêt des Ardennes ne devait-elle pas être le « prolongement naturel de la ligne Maginot », d’après les dires de l'état-major français ?!



Christophe TOURON, professeur d'Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1995-2007) et au Collège Royal à Rabat (2003-2007). 


Date de création : 14/10/2004 @ 16:51
Dernière modification : 17/04/2014 @ 23:23
Catégorie : 2-Frères d'armes marocains et français
(1939-1945)

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