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C/ L'armée de transition - les Marocains au service de la France libre 1940-1942

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L'ARMISTICE DU 22 JUIN 1940


Battue après six semaines de combats acharnés, la France, qui est sous l'autorité du maréchal Pétain depuis le 16 juin 1940, signe l'armistice avec l'Allemagne le 22 juin. Le choc de cette défaite est immense tant en France que dans le reste du monde.


Les conditions de l’armistice sont très dures : les 3/5e du territoire français restent occupés par les Allemands, tandis que le maréchal Pétain, chef du gouvernement de Vichy (du nom de la nouvelle capitale de l'Etat français), exerce sa souveraineté dans la zone libre sous certaines conditions. Par exemple, l'armée française est réduite à 100 000 hommes, sans matériel lourd, et le pays doit payer d'énormes frais d'entretien au bénéfice de l'armée allemande d'occupation.


Cependant, la France réussit à conserver sa flotte et surtout son Empire colonial, dont le contrôle va être à présent l'objet d'une âpre lutte entre Vichy et les Gaullistes.


LE REFUS DE L'ARMISTICE : DE GAULLE ET LA FRANCE LIBRE


Lorsqu'il apprend la décision du maréchal Pétain de signer l'armistice, le général de Gaulle est à Londres, en mission pour le gouvernement français.


Le 18 juin 1940, d'une voix d'oracle sur les ondes de la radio anglaise, il appelle tous les Français à refuser cet armistice et à continuer la lutte pour la liberté et l'honneur... Ce qui lui vaut d'être condamné à mort à distance par un tribunal militaire en France, début août. Mais que représente pour lui cette France-là ?


Face au gouvernement légal incarné par Vichy, il crée son propre gouvernement en exil, la France libre. Ses troupes, les Forces françaises libres (FFL) vont se battre sur tous les fronts, aux côtés des Alliés (Royaume-Uni, puis URSS et Etats-Unis à partir de 1941) contre les puissances de l'Axe (Allemagne nazie, Italie fasciste et Japon)…


Dans l'immédiat, conscient de l'importance stratégique de l'Empire français, de Gaulle tente de rallier les autorités françaises coloniales. Si l'Afrique équatoriale française s'engage à ses côtés, la majorité de l'Empire reste fidèle à Vichy. C'est le cas de l'Afrique du Nord française (AFN).


LES TROUPES MAROCAINES PRISES ENTRE DEUX LEGITIMITES ET LE SULTAN DU MAROC FIDELE A SES CONVICTIONS


Les soldats marocains, à l’instar des autres troupes d'outre-mer de l'armée française, se retrouvent donc confrontés à cette lutte entre deux légitimités, le gouvernement de Vichy et la France libre. Lutte, dont un grand nombre d'entre eux ne comprennent guère le sens.


En fait, c'est avant tout le drapeau du régiment et ses chefs, que servent et suivent les soldats marocains, avec une indéniable loyauté mais sans état d'âme. Comme les évènements de Syrie, en 1941, vont le montrer…


Attristé par la défaite française de 1940, Sidi Mohammed ben Youssef se résout, quant à lui, à suivre la décision du Résident général Noguès, qui a choisi de demeurer fidèle au gouvernement légal de la France, celui du maréchal Pétain.


Mais le Sultan du Maroc ne trahit pas ses convictions profondes. Bien qu’approché par des représentants des puissances de l’Axe, il refuse ainsi tout contact officiel avec les Allemands et les Italiens. Face aux autorités du Protectorat, qui mettent en place les statuts antisémites établis par le régime de Vichy, en 1940 et 1941, Sidi Mohammed ben Youssef condamne avec éclat cette politique discriminatoire. A l'occasion de la fête du Trône, en 1941, il déclare publiquement : « Je n'approuve nullement les nouvelles lois antisémites (...) Comme par le passé, les Israélites restent sous ma protection et je refuse qu'aucune distinction soit faite entre mes sujets. » Grâce à cette opposition du Sultan et aux aménagements de la politique antisémite, que doivent lui concéder les autorités du Protectorat, les juifs du Maroc évitent le sort tragique de leurs coreligionnaires d'Europe, dans les ghettos ou les camps d'extermination nazis.


Parallèlement,  dès juillet 1940, le Sultan facilite les initiatives françaises cherchant à préparer la revanche...


UNE ARMEE POUR LA REVANCHE : « L'ARMEE DE TRANSITION » EN AFRIQUE DU NORD


La réduction des effectifs imposée à l’armée française, au terme de l’armistice du 22 juin 1940, ne distingue pas les unités stationnées en France métropolitaine et celles qui se trouvent dans son Empire. Cette question apparaît au moment des négociations pour signer l’armistice avec l’Italie, qui veut réduire l’armée française présente en AFN à 30 000 hommes seulement, ce que refuse la France. D’âpres négociations avec les Germano-Italiens s’engagent alors, qui vont durer quelques mois, au terme desquelles les autorités françaises obtiennent, en AFN, le maintien de 120 000 soldats (dont 57 000 au Maroc), chargés officiellement d’y assurer l’ordre et la souveraineté de la France.


Cette armée est d’abord placée sous le contrôle de la commission italienne d'armistice, assistée par l'inspection du contrôle allemand pour l'Afrique, jusqu'au printemps 1941. Puis à partir de cette époque, l'Allemagne décide d'imposer son contrôle militaire exclusif sur le Maroc.


Durant l'automne 1940, l'Attaché naval des Etats-Unis à Vichy, le commandant Hillenkoeter, observe que l’AFN est « vraisemblablement l'endroit où les troupes françaises pourront être ramenées dans la guerre contre l'Allemagne nazie ». C'est aussi l'avis du général Weygand, qui est nommé Délégué général du gouvernement de Vichy en Afrique française (Afrique du Nord et Afrique occidentale).


Son action dans le domaine militaire vise d’abord à reconstituer une armée capable de défendre les possessions françaises restées fidèles à Vichy en Afrique, « contre quiconque ». Répétée à chaque inspection, cette affirmation ambivalente, qui s’applique aussi bien aux forces de l’Axe qu’aux Alliés, entretient l’équivoque dans l’esprit de certains cadres de l’armée d’Afrique, qui préfèreraient que le général soit plus explicite. Cette ambiguïté et l’obéissance absolue au maréchal Pétain, insufflée par Weygand dans l’armée d’Afrique, seront lourdes de conséquences lors du débarquement anglo-américain, particulièrement au Maroc.


Néanmoins, il est entendu pour Weygand qu’en Afrique : « [...] l’Allemagne et l’Italie demeurent les ennemies » ! S’il rejette l’attitude dissidente de De Gaulle, Weygand n’approuve pas pour autant la politique de collaboration avec l’Allemagne du gouvernement de Vichy. Ce qui n’empêche pas, d’ailleurs, ce dernier d’imposer à l’AFN une collaboration économique et militaire au profit du Reich nazi, qui se traduit par la livraison de centaines de véhicules, de plusieurs milliers d’obus, de tonnes d’essence et de matières premières à partir du printemps 1941. » 


Mais pour Weygand l’essentiel est de pouvoir maintenir la souveraineté de la France en AFN et d’y préparer la revanche, tâche à laquelle il se consacre dès les premiers mois de sa mission en Afrique française. Dans une directive adressée aux cadres de l’armée d’Afrique, il explique : « Dans mon esprit l'armistice n'est qu'une suspension d'armes qui réserve l'avenir. Nous allons travailler avec ardeur pour être prêts à reprendre la lutte au jour le plus favorable. L'Afrique française occupe entre l'Atlantique et la Méditerranée une position stratégique privilégiée. Il nous appartient avant tout d'en interdire l'accès aux forces italo-allemandes. » S’y ajoutent une action du contre-espionnage et du renseignement contre les forces germano-italiennes en Méditerranée, ainsi que des contacts avancés avec les Etats-Unis, dont l'accord Weygand-Murphy de 1941, sur le ravitaillement de l'AFN par les Américains, n'est que la partie apparente…


Les dignitaires nazis, estimant que Weygand « constitue un obstacle insurmontable, nuisible au déclenchement d'une politique constructive entre la France et l'Allemagne », obligent le maréchal Pétain à le démettre de ses fonctions, au mois de novembre 1941. Auparavant, Weygand a réussi à entretenir dans l'armée d'Afrique une grande force morale, puisant ses racines dans l'espoir d'une revanche proche et la cohésion de ses troupes, basée sur un respect mutuel entre soldats maghrébins et français : « N'oubliez pas que l'indigène est un homme fier. Il ne suffit pas de créer des réflexes militaires, il faut s'attacher des hommes. Rapprochez vos soldats de vous. Ne vous contentez pas d'être des instructeurs, soyez aussi et surtout des éducateurs. Soyez exemplaires et humains ! » (directives du général Weygand aux officiers de l'armée d'Afrique).


Le général Juin, vétéran de l'armée d'Afrique ayant combattu durant la Grande Guerre avec les tirailleurs marocains, le remplace avec des attributions qui se limitent au domaine militaire. Dès sa prise de fonction il affirme à son état-major vouloir poursuivre l’action tracée par le général Weygand. Mais n’ignorant pas les raisons du renvoi de ce dernier, sa politique est plus temporisatrice dans un premier temps. En décembre 1941, Juin est convoqué à Berlin par Göring, haut dignitaire nazi, afin de relancer la politique de collaboration militaire de l’AFN avec l’Allemagne. D’après les archives allemandes, Juin aurait accepté cette éventualité, ce que réfute le principal intéressé dans ses mémoires, taxant cette rencontre de véritable " guet-apens " à son encontre. D'aucuns y verront un double-jeu de sa part. Quoiqu’il en soit, dès janvier 1942, Juin reprend dans une instruction secrète les orientations d’un rapport de défense pour l’AFN, réalisé par Weygand, où les forces de l’Axe apparaissent comme « les menaces prioritaires ». Parallèlement, il poursuit clandestinement l’effort de préparation cachée de son prédécesseur, afin d'envisager la reprise des combats. C'est en Algérie et au Maroc que ces opérations de camouflage sont les plus importantes et prennent les formes les plus pittoresques.


LES OPERATIONS DE CAMOUFLAGE AU MAROC


Dès le mois d’août 1940, le général Noguès et le colonel Guillaume décident de transformer les goums en " méhallas chérifiennes ", l’ancienne dénomination des forces de police du Makhzen (l’Etat marocain) : « Les goums sont des unités de police marocaine, entretenues sur le budget du Protectorat et placées à la disposition immédiate des autorités locales en vue d'assurer la police et la sécurité des tribus. Dans les régions frontalières, ces unités participent à la police de la circulation et à la surveillance douanière. » (Ordonnance du colonel Guillaume). Noguès et Guillaume créent ainsi une précieuse structure de camouflage qui, de par son statut, est moins sujette dans un premier temps au contrôle des autorités germano-italiennes. Ces dernières concèdent l’existence des " méhallas chérifiennes " mais leur fixent, au printemps 1941, un effectif maximum de 16 000 hommes (hommes de troupe et gradés). Dans les faits, cette nouvelle structure compte plus de 23 000 goumiers. L’excédent, soit 7 000 hommes, est immédiatement transformé sur le papier en " travailleurs auxiliaires ", sans que cela ne change leur situation au sein de leur unité. Lors des visites d’inspection de la commission allemande, ces goumiers se dispersent dans le bled environnant, tandis que les autres font semblant de se consacrer à des tâches civiles.


Au-delà des goums, c’est l’ensemble des forces supplétives du Maroc qui permet d’abriter une partie des effectifs qui ne peuvent être maintenus dans l’armée régulière. Quelques milliers de soldats deviennent des mokhaznis (gendarmes), 12000 tirailleurs sont aussi transformés en " travailleurs auxiliaires ". Dans les régiments qui sont maintenus, diverses ruses, dont l’enregistrement différé des engagés, permettent également un supplément d’effectifs de quelques milliers d’hommes.Une autre partie des soldats démobilisés dans l’armée régulière est camouflée sous divers statuts civils : par exemple, 4000 combattants marocains sont incorporés dans des " groupes de travailleurs " encadrés par des gradés de réserve transformés en " ingénieurs, adjoints administratifs, adjoints techniques ", près de 3500 combattants d’origines diverses, dont des légionnaires, intègrent des " groupes de travailleurs étrangers ", 1500 hommes entrent dans l’office chérifien des PTT (Postes, Télégraphes et Téléphones).


En 1941, le lieutenant-colonel de Butler est nommé Contrôleur des « Affaires Indigènes » (service de l’administration coloniale française, chargé d’encadrer les populations autochtones sur le plan politique, administratif et social) et Inspecteur des « méhallas chérifiennes ». A ce titre, il joue un rôle essentiel dans le camouflage de ces hommes et de leur armement.


En effet, le camouflage concerne aussi le matériel de guerre, qui est caché en montagne, dans des endroits difficiles d'accès ou qui présentent une couverture civile : fermes, usines et postes administratifs...  Les camions militaires les plus modernes sont ainsi maquillés et cédés à des sociétés civiles. Une vieille galerie de mines, dont l'entrée est volontairement murée, abrite un groupe complet d'artillerie tractée avec tous ses véhicules. Parallèlement, les parcs d'artillerie prennent la précaution de détruire leur comptabilité pour qu'il ne reste aucune trace des distributions clandestines de matériels destinés aux unités camouflées pour leur instruction. 


Cette dernière a souvent lieu à l'abri des montagnes de l'Atlas, ou de manière plus insolite sur les champs de manoeuvre des unités régulières, admises par les clauses de l'armistice, qui prêtent temporairement leurs armes et leurs munitions à un groupe de « travailleurs  auxiliaires » ou de « méhallas chérifiennes », afin de pratiquer des exercices de tirs. L'entraînement terminé, l'unité régulière récupère son armement ! Dans l'Atlas, sont organisées sur une grande échelle des manoeuvres clandestines inter-goums et inter-tabors (équivalent à un bataillon d'environ 900 hommes, un tabor comprend trois à quatre goums d’infanterie plus un goum de commandement et d’engins). C'est ainsi que dans la région de Khénifra, une de ces manoeuvres ne rassemble pas moins de 38 goums, soit environ 7500 hommes.


L'ensemble de ces opérations de camouflage est mené à bien grâce à la complicité de tous : Marocains et Français, fonctionnaires, walis (gouverneurs), militaires, agriculteurs... Pendant plus de deux ans, aucune dénonciation n'est enregistrée auprès des commissions italienne et allemande.


Français et Marocains ne manquent d'ailleurs pas d'esprit d'initiative pour abuser ces dernières. Comme l'illustre cet exemple rapporté par René Jousset, jeune agent au ravitaillement des « Affaires Indigènes » en 1942 : « On m’informa que la commission d’armistice allemande arrivait à Azrou pour inspecter la région de Bekrite, au cœur du Moyen Atlas. Or cette région abritait du matériel de guerre camouflé par l’armée française les mois précédents. Je reçus alors l’ordre, par téléphone, de me débrouiller pour les en empêcher. Les Allemands arrivèrent à mon bureau en début d’après-midi (...) L’un d’eux, dans un parfait français, me présenta son ordre de mission : « Nous désirons nous rendre à Bekrite. » Ce à quoi je lui répondis, en bluffant : « Désolé Bekrite est une zone d’insécurité. Si vous vous aventurez dans cette région c’est à vos risques et périls ! » L’Allemand, en rigolant, ne me crut pas et décida de s’y rendre (...) La commission à peine sortie de mon bureau, j’appelai le commandant du goum de la région de Bekrite : « Attention, les Allemands veulent aller sur Bekrite, vous savez ce qui vous reste à faire… » Le commandant du goum donna l’ordre à ses meilleurs tireurs de se rendre à cheval à leur rencontre, avec pour ordre « de ne pas tuer les Allemands mais de leur flanquer une bonne frousse »… En fin d’après-midi, je vis revenir à Azrou la voiture de la commission d’armistice criblée de balles ! Les Allemands étaient rouges de colère : « Qu’est-ce que c’est que ces zones d’insécurité au Maroc ? C’est ça votre pacification ! » Les Allemands n’essayèrent plus par la suite d’inspecter Bekrite. Le matériel et les munitions entreposés dans cette région restèrent camouflés jusqu’à l’heure de la revanche… »


Les commissions germano-italiennes ne sont pas toujours dupes, du moins au sujet du camouflage des goumiers, mais elles estiment « que les dissimulations concernant les goums n'ont pas grande importance, ces unités n'ayant aucune valeur militaire ! » Jugement que les Allemands et les Italiens réévalueront dès 1943...


Quoiqu'il en soit, grâce à ce camouflage réalisé au Maroc et dans le reste du Maghreb, l'armée d'Afrique atteint environ 200 000 soldats en 1942, au lieu des 120 000 autorisés par les commissions d'armistice allemande et italienne ! Le moment venu, ces soldats, dont l'équipement reste certes insuffisant, pourront reprendre le combat contre les forces de l'Axe...


L'ESCADRON JOURDIER OU L'EPOPEE DES PREMIERS MAROCAINS AU SERVICE DE LA FRANCE LIBRE


Alors que sa hiérarchie s'est résignée à la défaite, le capitaine Jourdier, qui commande le 1er escadron du 1er régiment de spahis marocains (1er RSM), stationné au Levant, se décide à agir. Le 30 juin 1940, au cours d'une manoeuvre de reconnaissance le long de la frontière palestinienne, il s'adresse à ses hommes : « Voici les deux chemins, le bon et le mauvais. Que ceux qui ne renoncent pas à se battre me suivent. Je ne me retournerai pas et je les compterai ce soir. A cheval ! » Tous décident de le suivre dans un premier temps. Mais très vite les défections se multiplient, deux pelotons préférant rebrousser chemin. Ainsi, cette route de l'exil et de la sédition dissuade nombre de spahis ! Une fois passé en Palestine, l’escadron Jourdier intègre quelques spahis d’un autre escadron mais il doit déplorer, quelques jours plus tard, le retrait de 18 autres spahis qui regagnent leur régiment. Cela n'altère en rien la détermination de Jourdier et des hommes qui lui restent fidèles dans l'honneur, dont le charismatique brigadier Brahim ben Mekki, porte-fanion de l’escadron !


Au moment où l’escadron Jourdier s’embarque pour l’Egypte, le 17 juillet, il compte 39 spahis, dont 18 Marocains. Après avoir reçu le renfort d’une trentaine de recrues durant l’été 1940, l’escadron Jourdier, qui est devenu une unité de la France libre, gagne le Soudan début novembre pour y être intégré à l’armée britannique, avec laquelle il poursuit le combat contre les Italiens, sur la frontière de l'Erythrée.


C'est là que, le 2 janvier 1941, les spahis marocains chargent à cheval pour la dernière fois de leur histoire, près de la rivière Sétit. Lors de ce combat, le spahi Mohammed ben Ali est tué : il est le premier mort des forces terrestres de la France libre. Quel symbole !


A la même époque, de manière aussi emblématique, d’autres spahis marocains assurent à Londres, au cœur de la capitale du monde libre, des gardes d'honneur dans l'entourage du général de Gaulle et devant les bâtiments de la France libre.


UNE LUTTE FRATRICIDE EN SYRIE : JUIN-JUILLET 1941


En mai 1941, l'escadron Jourdier retrouve la majeure partie des FFL, rassemblées en Palestine pour préparer la campagne de Syrie avec les Britanniques... contre les troupes françaises obéissant à Vichy !


Depuis octobre 1940, ce régime s'est engagé dans une collaboration d'Etat avec l'Allemagne nazie. Début mai 1941, Pétain autorise les avions de l'Axe à se poser sur les aérodromes français en Syrie et au Liban. Les Britanniques et la France libre se décident donc à attaquer dans cette région du Levant.


Parmi les unités présentes en Syrie et fidèles à Vichy, se trouvent le 1er régiment de tirailleurs marocains (1er RTM) et le 1er RSM, qui est basé à Alep. A l’image de toute la  campagne de Syrie, la résistance de ces deux régiments à l’offensive des Britanniques et des FFL est d’une âpreté extrême. Les spahis du 1er RSM s’illustrent notamment dans les combats pour la défense de Damas, fin juin, où se battent aussi avec la même hargne, mais dans les forces adverses, les spahis marocains de l’escadron Jourdier !


Evoquant dans ses mémoires les « violents combats de Syrie », où se « mêlent les morts français des deux camps », le général de Gaulle ne peut que déplorer cet « horrible gaspillage ».


Au début du mois de juillet 1941, la Syrie finit par tomber aux mains des Britanniques et des FFL. L’escadron Jourdier paye un lourd tribut à cette victoire difficilement acquise : 7 tués, 2 disparus et 24 blessés sur 95 spahis engagés.


L'alternative est laissée aux troupes françaises vichystes : rejoindre la France libre ou continuer de rester fidèles à Pétain, en rentrant en France ou en Afrique du Nord. Plus de 85 % d'entre elles choisissent cette dernière option, dont la majorité des effectifs du 1er RSM et du 1er RTM, obéissant à leurs chefs ! De fait, nombreux sont les officiers français, légalistes, qui ne peuvent encore se résoudre à « passer chez de Gaulle », « ce dissident », selon les expressions de l'époque.


LES SPAHIS MAROCAINS DE LA FRANCE LIBRE EN EGYPTE ET EN LIBYE


De leur côté, après l’éprouvante campagne de Syrie, les spahis marocains de la France libre connaissent une période de réorganisation et de renforcement de leur unité. Durant l’été 1941, le 1er GES de Jourdier est officiellement appelé groupe de reconnaissance de corps d’armée (GRCA). L’année suivante, ce GRCA donne naissance à deux groupes de reconnaissance entièrement motorisés (automitrailleuses, autocanons Conus-gun de 75 mm, camions…) : le groupe de reconnaissance 1 (GR l), baptisé Jourdier, où les spahis d’origine marocaine sont majoritaires et le GR 2.



Organisé en Colonne volante, au sein de la 8e armée britannique, le GR 2 effectue des raids en profondeur contre l'Afrika Korps et les troupes italiennes, dans le désert libyen et égyptien au cours de l’année 1942.Le GR 1 et le GR 2 constituent ensuite le noyau d'une nouvelle unité française, créée le 25 septembre 1942 : le 1er RMSM, dont le nom fait référence à l'illustre régiment de marche de spahis marocains (RMSM) qui s'était tant illustré durant la Première Guerre mondiale.


Des éléments du 1er RMSM participent à la victoire britannique d'El Alamein, du 23 octobre au 4 novembre 1942, contre les forces de l'Axe. Premier tournant de la guerre en Afrique du Nord, en faveur des Alliés. Dès lors, le 1er RMSM s'associe à la poursuite de l'ennemi en fuite, vers l’ouest, faisant de nombreux prisonniers. Prélude à une longue remontée vers la Tunisie, marquée par une éprouvante traversée du désert libyen puis de la Cyrénaïque…  


Christophe TOURON, professeur d'Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1995-2007) et au Collège Royal à Rabat (2003-2007). 


Date de création : 14/10/2004 @ 16:52
Dernière modification : 17/04/2014 @ 22:56
Catégorie : 2-Frères d'armes marocains et français
(1939-1945)

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Le Projet pédagogique 2002-2003

1-Le projet en images et ses prolongements en 2004 et 2005

2-Acteurs et partenaires

3-Objectifs

4-Calendrier et descriptif de l'action

5-Remerciements

6-Présentation de l'exposition

7-Deux poèmes émouvants

8-Programme du voyage pédagogique en France

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Le Projet pédagogique 2005-2006

1-Le projet en images et ses prolongements en 2007


2-Acteurs et partenaires


3-Présentation générale du projet


4-Calendrier et descriptif de l'action


5-Présentation de l'ouvrage "Ana ! Frères d'armes marocains dans les deux guerres mondiales" et Remerciements


6-Présentation de l'exposition sur les soldats marocains en 14-18 et 39-45


7-Présentation du recueil numérique sur le Carré musulman de Douaumont


8-Recueil de poèmes rédigés par les élèves


9-Textes d'élèves primés au concours "André Maginot"


10-Programme du voyage pédagogique en France

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