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D/ La campagne de Tunisie - La réorganisation de l'armée d'Afrique - La campagne de Sicile 1942-1943

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LE DEBARQUEMENT ANGLO-AMERICAIN EN AFRIQUE DU NORD


Depuis l'attaque allemande contre l'URSS, le 22 Juin 1941, et les graves revers soviétiques qui marquent le début de la guerre sur le front est de l’Europe, Staline presse ses alliés anglais et américains (entrés en guerre contre les forces de l'Axe suite à l'attaque japonaise de la base américaine de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941) d'ouvrir un nouveau front à l'Ouest, afin de soulager la pression de la Wehrmacht sur l'Armée rouge (l’armée soviétique).


En 1942, l'état des forces alliées ne permet pas, toutefois, d'envisager un débarquement en Europe de l'Ouest, comme le démontre le désastreux raid anglo-canadien sur Dieppe, en août 1942. Dans l'immédiat, les Anglo-américains choisissent donc une autre stratégie, dite périphérique, inspirée par l'état-major britannique. Il s'agit de frapper là où les forces de l'Axe paraissent les plus fragiles, c'est-à-dire en Italie : les Alliés espèrent, après l'effondrement rapide du régime fasciste de Mussolini, remonter la botte italienne et accéder au cœur de l'Allemagne nazie par le sud.


Pour réaliser ce plan et atteindre l'Italie, il est nécessaire pour les Alliés de prendre pied en Afrique du Nord française (AFN), en organisant un débarquement qui va prendre le nom de code d'opération Torch.


Ce débarquement doit permettre aussi l'ouverture d'un nouveau front, à partir de la Tunisie, afin d'attirer les Germano-italiens présents en Egypte et écarter la menace que fait peser l'Afrika Korps de Rommel, à l’automne 1942, sur le canal de Suez, la route des Indes et les champs pétrolifères du Moyen Orient.


L'ENTREE EN GUERRE DE L'ARMEE D'AFRIQUE AUX COTES DES ALLIES


Le débarquement allié au Maroc et en Algérie, le 8 novembre 1942, met un terme progressif à la période de Vichy en AFN. Au Maroc, il est malheureusement marqué, dans un premier temps, par une lutte aussi soutenue qu'inutile entre troupes américaines et françaises, qui obéissent au Résident général Noguès. Lui-même recevant ses ordres des autorités de Vichy. Cette bataille coûte aux Alliés plus de 1200 pertes (tués, disparus et blessés) essentiellement américaines ; l’armée française déplore plus de 3000 tués, disparus et blessés, principalement sur le littoral marocain.


Au cours de ces combats, du 8 au 10 novembre, se distinguent, outre les marins français, des tirailleurs et des goumiers marocains. Après une résistance acharnée à Port-Lyautey (Kenitra) dans la matinée du 8 novembre, le 1er régiment de tirailleurs marocains (1er RTM) compte ainsi une cinquantaine de pertes dans ses rangs. Le 9, c'est au tour des goumiers de s'illustrer, en réussissant à percer deux lignes successives de l'armée américaine dans la région de Mehdia, près de Port-Lyautey. Parallèlement, des goumiers sont utilisés pour des coups de main dans les positions adverses, souvent à l'arme blanche, qui sèment l'effroi parmi les soldats américains. Chez ces derniers, les goumiers acquièrent déjà une réputation d'intrépidité et d'audace, qualités qui se confirmeront bientôt face aux Allemands et aux Italiens...


Lors de ces évènements, le Sultan Sidi Mohammed ben Youssef refuse de quitter Rabat pour se réfugier à Fès, enfreignant les consignes du Résident général. Le 9 novembre, il demande à Noguès de cesser le combat, afin d'épargner un sang inutile, devant des forces américaines qui viennent en amis. Fidèle à ses aspirations, le Sultan s'affirme ainsi comme le représentant d'un peuple acquis à la cause des Alliés et prêt à y contribuer de nouveau... 


Cause que l'AFN embrasse officiellement le 12 novembre, après que les combats entre Français et Américains ont cessé sur ordre de l’amiral Darlan, ancien vice-président du Conseil du maréchal Pétain, qui se trouve alors par hasard à Alger. Pressé par les Américains et le général Juin, Darlan prétend avoir agi selon « l'accord intime » de Pétain, qui s'empresse pourtant de le désavouer !


Néanmoins, la présence inopinée de l'amiral Darlan décide les Américains à traiter avec cette personnalité, afin de faciliter l'entrée en guerre de l’armée d’Afrique aux côtés des Alliés. Assassiné fin décembre 1942, l'amiral Darlan est remplacé par le général Giraud, qui assume dès lors la direction civile et militaire de l’AFN avec le soutien des Américains, qui le préfèrent à de Gaulle... Malgré ces soubresauts politiques et la rivalité naissante entre Giraud et de Gaulle, l'effort militaire de l'AFN contre les forces de l'Axe peut s'amorcer.


Dès le 14 novembre, la mobilisation, préparée dans la clandestinité après la défaite de 1940, est décrétée dans toute l'Afrique du Nord. Elle ne concerne, dans un premier temps, que les ressortissants français. Vingt-et-une classes vont être progressivement appelées, de 1924 à 1944 ; soit un effort considérable qui est proportionnellement supérieur à celui fourni par la nation française en 14-18 ! Parallèlement, les « troupes musulmanes » et le matériel camouflé depuis plus de deux ans ressortent au grand jour.


L'ARMEE D'AFRIQUE ENGAGEE DANS LA CAMPAGNE DE TUNISIE : NOVEMBRE 1942-MAI 1943


Après le débarquement allié en Afrique du Nord, l'Allemagne décide d'envahir la zone libre en France ainsi que la Tunisie, qui est occupée, dès le 9 novembre 1942, par des troupes germano-italiennes en provenance de Libye et d'Italie.


C'est l'armée d'Afrique, placée sous les ordres du général Juin, qui supporte le poids des premières opérations dans le nord-est de la Tunisie, avec une fougue et une détermination qui n'ont d'égale que sa soif de revanche et de réhabilitation depuis la défaite de 1940. Dans l'impossibilité de s'opposer à l'invasion germano-italienne de la Tunisie par la frontière libyenne et le littoral nord-est, elle décroche en ordre ses positions et se retranche dans la Dorsale tunisienne. Celle-ci se divise en deux lignes montagneuses, la dorsale occidentale (ouest) et la dorsale orientale (est), qui coupent le pays en deux, du nord-est au sud-ouest. Appuyée sur cette Dorsale, l'armée d'Afrique a pour principal objectif de protéger l'ensemble du dispositif allié, en empêchant toute percée ennemie vers l'Algérie, où les troupes anglo-américaines sont en cours de débarquement.     


Pendant six mois, avec les Alliés et 3500 soldats des Forces françaises libres (FFL), l'armée d'Afrique engage près de 80 000 hommes, au sein du 19e corps d'armée, dont environ 7000 Marocains, regroupés principalement dans les unités suivantes : le 7e RTM, le 64e régiment d’artillerie d’Afrique (64e RAA) et le 1er groupement de tabors marocains (1er GTM), incorporés à la division de marche du Maroc (DMM), sous les ordres du général Mathenet, qui compte également dans ses rangs des unités de légionnaires et de tirailleurs algériens ; le 2e GTM, le 4e tabor et un makhzen mobile de marche constitué de supplétifs (127 mokhaznis encadrés par 2 officiers et 6 sous-officiers français), affectés à des unités différentes.


La campagne de Tunisie voit donc la création, pour la première fois, de GTM. Une telle unité équivaut à un régiment d’environ 3 000 hommes. A partir de 1943, chaque GTM rassemble en théorie trois tabors ainsi qu’un goum de commandement et d’engins. Mais en Tunisie, les circonstances ne permettent pas aux 1er et 2e GTM d’aligner plus de deux tabors chacun. Quoi qu’il en soit, l'emploi des goumiers sur un théâtre d'opération extérieur au Maroc n'est alors pas commun. Du fait de leur mission de sécurité intérieure, depuis leur création en 1908, les goumiers n'ont pas participé à la campagne de France, en 1939-1940. Leur première action en dehors du Maroc a eu lieu en juin 1940, au cours de quelques escarmouches vigoureuses contre les Italiens, à la frontière entre la Tunisie et la Libye. Après cette « première », une politique audacieuse, menée comme nous l’avons vue précédemment dans la clandestinité lors des opérations de camouflage sous la responsabilité du colonel Guillaume et du lieutenant-colonel de Butler, a permis d'ouvrir de nouveaux horizons aux goums marocains. La campagne de Tunisie en constitue la première étape...


LA DIVISION DE MARCHE DU MAROC EN TUNISIE


Comme pour le reste de l'armée d'Afrique, l'armement et les équipements des unités marocaines proviennent initialement du camouflage. Ils sont de loin très inférieurs à ceux des Alliés et de l'adversaire germano-italien. Les goumiers se servent, par exemple, de mousquetons modèle 1892, de fusils modèle 1907-1915, de fusils-mitrailleurs modèle 1924-1929 et de cartouchières modèle 1916 ! Et que dire des moyens de transport et plus généralement de l'intendance, qui sont largement insuffisants. 


Un correspondant de guerre britannique fait cette description des soldats de l'armée   d'Afrique : « Habillés de loques, armés d'antiques [fusils] tromblons et de quelques [canons de] 75, dépourvus de tout transport (...) Leur vaillance était stupéfiante, car ils n'avaient aucune chance devant l'équipement moderne des Allemands. »


Malgré ce handicap, les troupes marocaines, encadrées par des officiers et des sous-officiers d'exception, vont résister solidement pendant toute la campagne aux offensives ennemies et remporter plusieurs succès éclatants lors de l’assaut final…


Dès le 20 décembre 1942, les soldats marocains s’illustrent dans les régions montagneuses de la dorsale tunisienne, dans le secteur des djebels Fkirine et Chirich. En quatre jours, le 7e RTM compte 157 tués, blessés et disparus mais il réussit à stabiliser le front dans son secteur ! Tirailleurs marocains et goumiers du 1er GTM contribuent ainsi à cette mission essentielle de couverture du dispositif allié, dont le succès est assuré sur les cent kilomètres de front tenus par l'armée d'Afrique, après huit semaines de combats. 


Les forces de l'Axe n'ont pas dit pour autant leur dernier mot. Le 18 janvier 1943, elles lancent une offensive avec pour fer de lance les terrifiants panzers « Tiger », monstres d'acier au blindage arrogant et dont les canons de 88 mm sont de véritables cracheurs de mort, qui débouchent de Pont-du-Fahs, sur la route du barrage de l'oued el Kébir. Les goumiers, les légionnaires et les tirailleurs de la DMM, dont l’armement antichar est dérisoire face aux panzers lourds, sont balayés par cette attaque et ne doivent leur salut que dans la montagne où ils se réfugient, après avoir essuyé des pertes plus ou moins importantes selon les unités.   Le lendemain, des artilleurs marocains et français du 64e RAA se sacrifient, au pied du Djebel Mansour, pour ralentir l’avancée des panzers, qui se dirigent vers le sud en direction d’Ousseltia : après avoir tiré leurs derniers obus à quelques dizaines de mètres des chars ennemis, les artilleurs sabotent leurs pièces avant de décrocher dans la montagne. A Ousseltia, le 2e GTM, qui est arrivé du Maroc une dizaine de jours auparavant, organise énergiquement le dispositif défensif, intégrant d’autres unités françaises renforcées par des éléments américains. Le 20 janvier, en soirée, le choc de l’attaque allemande est violent : suite au retrait précipité de chars légers américains, un goum, dont la position avancée est enfoncée par les panzers, doit se réfugier à son tour dans la montagne. Les combats durent une partie de la nuit sans que la ligne de défense devant Ousseltia ne soit forcée. Le lendemain, une contre-attaque d’une division blindée américaine permet enfin de stopper la progression germano-italienne sur la plaine d’Ousseltia !


Les forces de l’Axe passent à nouveau à l’attaque le 30 janvier. Au terme d’une résistance acharnée de la part des Français et des Américains, leur attaque est difficilement contenue. Le 14 février, c’est au tour de l’Afrika Korps de Rommel, qui achève sa retraite depuis l’Egypte via la Lybie, de participer à une attaque contre les Alliés dans la dorsale tunisienne, en direction de Kasserine. Les lignes américaines sont alors enfoncées, ce qui contraint les unités franco-américaines, dont le 2e GTM, à abandonner leurs positions sur la dorsale est afin de se rétablir sur la dorsale ouest. Fin février, l’offensive de l’Afrika Korps est enrayée par une contre-attaque de blindés américains et finit par s’essouffler devant la résistance opiniâtre des troupes alliées. Même constat, plus au nord, où une nouvelle offensive germano-italienne, lancée le 26 février avec d’importants moyens, est de nouveau neutralisée au prix de lourdes pertes alliées.


En dehors du cycle des attaques et des contre-attaques d’envergure, la vie des soldats de l’armée d’Afrique sur le front de Tunisie est rythmée par des patrouilles, des coups de main ou de longues heures de guet. Dès lors, pour s'identifier dans la nuit ou lorsque les conditions naturelles gênent la visibilité, les combattants marocains se choisissent un mot de passe simple à retenir et caractéristique : à la question « Ach-koun ? » (Qui est-ce ?) doit être répondu « Ana ! » ou « Grib ! » (Près, proche !). Ayant fait preuve de son efficacité en Tunisie, ce mot de passe, accompagnera les soldats marocains jusqu'à la fin de la guerre.


Au mois de février, alors que les Alliés doivent  faire face à une nouvelle offensive allemande, en direction de Kasserine, des goumiers marocains sont chargés de traquer des commandos allemands, déposés par planeurs sur les arrières du 19e corps d'armée français. Avec un art du terrain extraordinaire et une efficacité redoutable, ils les neutralisent le plus souvent au couteau dans des corps à corps silencieux, dispensant ainsi « la mort blanche » sans pitié. 


Les autres unités de goumiers et de tirailleurs de la DMM multiplient les coups de main sur la ligne de front. C'est ainsi que le 18 février, les 4e et 65e goums du 1er GTM attaquent un piton défendu par des soldats germano-italiens. L'opération, minutieusement préparée par le lieutenant Schaffar, officier d'une trempe exceptionnelle, est exécutée avec la fougue traditionnelle des goumiers marocains, qui s'élancent à l'assaut en hurlant leur cri de guerre caractéristique : « Rassoul Allah ! ». Submergé par la vague de ces « djebailoun » déchaînés, l'ennemi finit par évacuer sa position, abandonnant près de 100 hommes tués, blessés ou prisonniers. Beau succès pour les goumiers mais payé par une dizaine de morts, dont le commandant du 4e goum, le lieutenant Schaffar, et près de quarante blessés.


La force des unités de la DMM n’est pas seulement liée à la valeur de son encadrement et aux qualités guerrières des ses combattants. Elle s’appuie aussi sur une forte cohésion humaine, où la solidarité et la fraternité ne sont pas de vains mots. Au 74e goum, les combattants marocains sont ainsi profondément meurtris lorsqu’ils s’aperçoivent que leur chef, l’adjudant-chef Allard, avec lequel ils avaient le sentiment de ne former qu’un, est grièvement blessé au sommet d’une position ennemie, le 28 février. Son évacuation dans la vallée est immédiatement organisée par ses propres hommes douloureusement éprouvés.


Au terme d'une campagne d'hiver extrêmement difficile, accentuée par des conditions climatiques particulièrement harassantes (pluie et froid) dans la Dorsale tunisienne, la situation évolue finalement en faveur des Alliés. Allemands et Italiens sont pris dans un étau qui se resserre inexorablement : au Nord-Est, les Anglo-américains avec l'armée d'Afrique ; au Sud-Est, la 8e armée britannique avec les FFL, dont le 1er régiment de marche des spahis marocains (1er RMSM), en provenance de Libye.


Le 6 mars, lors de la bataille de Médenine, ce régiment de spahis contribue brillamment à briser une attaque allemande, au prix de 5 tués, 26 blessés et 6 disparus. Il est ensuite intégré à la Force L, du général Leclerc, unité FFL formée au Tchad et qui remonte du Fezzan, au terme d’un périple homérique. Fin mars, les spahis marocains et les « Leclerc » participent, avec les Britanniques, à l’offensive qui aboutit à la rupture du dispositif germano-italien sur la ligne Mareth. Le 29 mars, la    Force L arrive ainsi devant Gabès puis remonte vers le nord, en direction de Kairouan, afin de protéger le flanc gauche de la 8e armée britannique. 


Durant les mois d'avril et de mai, dans l'élan victorieux qui porte les Alliés à Tunis, les troupes marocaines s'illustrent à nouveau avec brio au centre du 19e corps d’armée français. Le 4e tabor marocain et le 6e tabor du 2e GTM sont, pour leur part, détachés au sein d’un corps d’armée américain dans le secteur de Bizerte, selon les voeux de l’état-major allié : « Pour les aider [les Américains] je les renforçais par les goumiers marocains entraînés au combat en montagne, reconnus comme de fabuleux guerriers. » (général Alexander)


Au cours de leur progression, sur un terrain difficile, les troupes marocaines déplorent de nombreux tués et blessés, particulièrement à cause des mines et des nombreux pièges disposés sur les pistes, dans les champs, les oueds ou autour des sources.  Du 12 au 15 avril, le 7e RTM accuse par exemple 138 hommes hors de combat. Malgré la résistance farouche de l'ennemi et les souffrances physiques liées à de longues marches sur la rocaille tranchante des djebels tunisiens, les tirailleurs et les goumiers marocains infligent plusieurs coups fatals à l'adversaire près du barrage de l'oued el Kébir, au pied des pentes du djebel Zaghouan, devant Kairouan et Bizerte.


Le 12 mai 1943, veille de la reddition des armées germano-italiennes en Tunisie, le 7e RTM peut déployer fièrement le drapeau français au somment du djebel Zaghouan. Au total, les soldats de la division de marche du Maroc font plus de 10 000 prisonniers germano-italiens et récupèrent un matériel considérable.


BILAN DE LA CAMPAGNE DE TUNISIE POUR LES TROUPES MAROCAINES


Le 20 mai 1943, lors du défilé de la victoire à Tunis, l'armée d'Afrique reçoit le grand honneur de défiler en tête des troupes alliées, en passant devant le général Giraud et le général américain Eisenhower, alors commandant suprême des forces alliées en Méditerranée. Après avoir perçu quelques effets de rechange, ceux encore acceptables ayant été brossés et rapiécés, les goumiers et les tirailleurs marocains peuvent ainsi défiler avec fierté. A leur belle allure et leur pas déterminé, nul ne peut imaginer les souffrances qu'ils ont endurées pendant six mois. Un détachement du 1er RMSM participe également à ce défilé de la victoire, dont la signification est grande pour les Alliés, qui viennent d’infliger aux armées germano-italiennes un revers fatal dans le Bassin méditerranéen ! 


Durant la campagne de Tunisie, les soldats marocains, à l’instar des autres troupes de l’armée d’Afrique, ont donné aux Alliés, quelque peu condescendants en novembre 1942, une première preuve de leur efficacité et de leur mordant.


La campagne de Tunisie a donc révélé les grandes capacités militaires de ces « Guerriers du Soleil couchant », en particulier les goumiers. Ces derniers ont gagné l'admiration de tous, en raison de leurs qualités d'hommes aguerris, de leur courage et de leur héroïsme, ainsi que leur faculté d'adaptation aux combats dans le relief montagneux. Comme en témoigne cet extrait du Journal de Marche du 2e GTM, du 18 avril 1943 : « Le moral des goumiers frise l'insolence, ils jouissent d'une véritable popularité. (...) Quand on les voit se profiler sur les crêtes, allumer leurs feux, on dit : voilà les goumiers et l'on pense que l'ennemi d'en face se le dit, et que cela l'impressionne ! »


Le 12 juillet 1943, à l'occasion d'une grande fête organisée en leur honneur à Bouznika, le nouveau Résident général au Maroc, Puaux, déclare : « Parmi les institutions militaires françaises au Maroc, il n'y a rien de meilleur et de plus formidable que le corps des goumiers marocains. La France a trouvé au Maroc les hommes les plus héroïques du monde (...) »


La campagne de Tunisie a été cependant très meurtrière. L'armée d'Afrique compte 2156 à 5187 tués selon les estimations, dont une majorité de Nord-Africains, parmi lesquels 142 goumiers marocains. Auxquels il faut ajouter entre 7442 et 10 276 blessés, avec encore une majorité de Nord-Africains, dont 560 goumiers (soldats et gradés). Au sortir de cette campagne, le 7e RTM est décimé !


LA REORGANISATION ET LE REARMEMENT DE L'ARMEE D'AFRIQUE


Conformément aux décisions prises lors de la conférence alliée d'Anfa à Casablanca, en janvier 1943, l'armée française est réorganisée et rééquipée en matériel américain. Cinq divisions d'infanterie et trois divisions blindées sont ainsi mises sur pied grâce à l'acheminement de 256 000 tonnes de matériel par les « liberty ships », entre mars et juillet 1943, déversées principalement dans les ports d'Alger et de Casablanca.


Au Maroc, sont constituées notamment deux divisions d'infanterie : la 2e division d'infanterie marocaine (2e DIM) équipée de chars légers, de canons d'assaut et d'automitrailleuses et la 4e division marocaine de montagne (4e DMM) formée pour le combat en terrain escarpé. Possédant la même puissance de feu que les autres divisions d’infanterie, la 4e DMM est dotée de sections d’éclaireurs skieurs et d’un Train muletier, composé de centaines de mulets ou « brêles », qui est idéal pour le transport du matériel et des vivres en montagne. Ces mulets d’Afrique du Nord seront bientôt surnommés affectueusement la « Royale brêle force » !


Parallèlement, est créé le Commandement des goums marocains, aux ordres de Guillaume, promu général, qui comprend les 1er, 2e, 3e et 4e GTM. Les goumiers reçoivent à leur tour un équipement américain, bien plus moderne que celui utilisé lors de la campagne de Tunisie.


En juin 1943, suite à l'accord passé entre de Gaulle et Giraud, un Comité français de libération nationale est formé. Il est coprésidé par les deux hommes, puis par de Gaulle seul à partir de novembre 1943, tandis que le général Giraud devient commandant en chef des armées françaises, jusqu'en avril 1944. Le rapprochement de Gaulle-Giraud permet l'unification de l'armée d'Afrique et des FFL, qui bénéficient également d'un réarmement américain.


Ainsi, au sein de la 2e division blindée (2e DB) du général Leclerc, dont le noyau est constitué par la Force L, le 1er RMSM reçoit un nouvel équipement, qui correspond aux nouvelles missions de reconnaissance qui lui sont confiées : automitrailleuses, chars légers, half track et jeeps pour l’essentiel. Comme l’ensemble de la 2e DB, les spahis marocains du 1er RMSM sont armés et réorganisés dans la forêt de Temara, à proximité de Rabat.


Bénéficiant d’une puissance de feu et d’une mobilité profondément renforcées grâce aux Etats-Unis, l'armée d'Afrique et les FFL forment l’armée de la Libération, qui peut constituer dès lors « l'épée de la France », selon l'expression du général de Gaulle, en vue des prochains combats pour libérer l'Europe...


LE MAROC ENTRE ASPIRATION A L’INDEPENDANCE ET LOYAUTE ENVERS LA FRANCE


Alors que le Maroc est de nouveau sollicité pour fournir des combattants à l’armée d’Afrique en cours de réorganisation, le contexte mondial issu de la guerre favorise la revendication de l'indépendance au sein de la société marocaine et notamment du mouvement nationaliste. Si depuis le début des années 1930, les nationalistes marocains se sont organisés politiquement en vue de réclamer des réformes (suppression de l’administration directe française et respect à la lettre du traité du Protectorat), leur ligne de conduite est restée somme toute modérée. Pour rappel, ces nationalistes décident même l’arrêt temporaire de leurs actions en 1939, par solidarité avec la France contre l’Allemagne nazie.


Mais la défaite de 1940 et les divisions entre Français après cet événement ont ébranlé le mythe de l’invulnérabilité de la puissance occupante. Le débarquement américain au Maroc a rendu plus sensible encore l’affaiblissement de la France.  A cela s'ajoutent les échos publics de l'entrevue d'Anfa, en janvier 1943, entre le Sultan Sidi Mohammed ben Youssef et le Président américain Roosevelt. Ce dernier a laissé clairement entendre au Sultan que le temps des colonies touche à sa fin et que les Américains seront prêts à aider le Maroc, le moment venu. Les fuites de ces entretiens donnent alors à penser que bien des choses vont devenir possibles, qui ne l’étaient pas auparavant…


Les partis nationalistes marocains, avec l’accord tacite du Sultan, finissent donc par rejeter le principe des réformes dans le cadre du Protectorat et revendiquent l’indépendance du Maroc. Le Manifeste du Parti nationaliste de l’Istiqlal, rendu public le 11 janvier 1944, affirme ainsi le principe de la reconnaissance de l’indépendance comme préalable à toute entente avec la France. Son succès est tel qu’il inquiète l’administration du Protectorat. Celle-ci n'est pas encore prête à entendre ces revendications et répond maladroitement par la répression : manifestations dispersées par la force, arrestations et condamnations des signataires. La rue gronde d'un bruit sourd qui ne cessera dès lors de s'amplifier...


Au cours de ces évènements, le général Leclerc est d’ailleurs sollicité par le Résident général pour ramener l’ordre avec sa 2e DB. Son refus est  catégorique : « Je suis ici pour entraîner des Marocains qui vont bientôt aller se battre avec nous, mourir avec nous. Il n’est pas question pour moi que des Marocains tuent d’autres Marocains ! » Si des détachements de la 2e DB sont envoyés dans la rue à Rabat et Fès, ils se contentent de protéger des intérêts européens, l'effort principal de maintien de l'ordre revenant à la division territoriale commandée par le général Suffren. Des sources non officielles prêteront à la 2e DB le fait d’avoir participé avec sévérité à la répression de janvier 1944, mais les archives ne portent aucune trace de mort d'hommes et de répression rigoureuse imputables à cette unité. La prise de position sans équivoque du général Leclerc nous renvoie en tout cas à sa noble conception des relations fraternelles entre Marocains et Français dans la lutte contre l’ennemi commun : le nazisme et le fascisme. Point de vue que partage toujours Sidi Mohammed ben Youssef, malgré la nouvelle conjoncture.


Dans ses mémoires, le général de Gaulle rapporte son entrevue en août 1943 avec le Souverain marocain, en rendant hommage à ce chef d’Etat qui aspire à l’indépendance de son pays mais qui reste fidèle à la France dans l’épreuve et contribue à son effort de guerre : « Ce souverain, jeune, fier, personnel, ne cachait pas son ambition d’être à la tête de son pays dans la marche vers le progrès et, un jour, vers l’indépendance. A le voir et à l’entendre, parfois ardent, parfois prudent, toujours habile, on sentait qu’il était prêt à s’accorder avec quiconque l’aiderait à jouer ce rôle, mais capable de déployer beaucoup d’obstination à l’encontre de ceux qui voudraient s’y opposer. D’ailleurs, il admirait la France, croyait à son redressement et (…) s’était (…) montré fidèle à notre pays. (…) je nouai avec lui des liens d’amitié personnelle. Mais aussi, nous conclûmes une sorte de contrat d’entente et d’action commune, auquel nous ne manquâmes jamais, ni l’un ni l’autre (…) »


De fait, le loyalisme de Sidi Mohammed ben Youssef et du Maroc à l'égard de la France ne se dément pas jusqu’à la fin du conflit. Comme en témoigne la nouvelle vague de recrutement de combattants marocains dans l’armée française, à partir de 1943, avec l’appui des autorités chérifiennes.


Ces hommes qui répondent à l’appel de la France et de leur Sultan sont souvent jeunes voire très jeunes, à l’instar de ceux qui s’étaient engagés en 1939. Abdelhadi ben Rahalat, enrôlé dans les goumiers à 16 ans avec ses deux frères, se souvient : « C’est le  « moqaddem » [représentant local de l’autorité chérifienne, dans les goums ce terme désigne aussi un sergent marocain] qui est venu nous dire de nous engager dans l’armée française, suite à l’appel lancé dans les mosquées par le Roi Mohammed V ». Un autre goumier raconte : « J'avais à peine 16 ans. J'ai vu des goumiers dans notre « douar » et j'ai été impressionné. Cela m'a intéressé, j'ai décidé de m'engager. On m'a dit : « C'est facile, t'as qu'à aller voir les Français à la caserne, au bureau du recrutement. » Cela n'a pas posé de problème et je suis parti à la guerre. »


De nouveau, des milliers de soldats marocains incorporés dans l’armée française s’apprêtent donc à traverser la Méditerranée pour rétablir la liberté en Europe…


VERS LA LIBERATION DE L'EUROPE


Le début de l'année 1943 constitue un tournant dans la Seconde Guerre mondiale. En effet, après avoir conquis victorieusement la majorité de l'Europe et une partie du Bassin méditerranéen, les forces de l'Axe subissent de sérieuses défaites : parallèlement à son éviction de l’Afrique du Nord, la Wehrmacht connaît un désastre en URSS face aux Soviétiques, lors de la terrible bataille de Stalingrad qui se termine en février 1943.


Pour les Alliés, l'heure de la libération de l'Europe est arrivée. En Méditerranée, suivant leur stratégie périphérique, les Anglo-américains préparent l'établissement d'une première tête de pont en Europe du Sud : la Sicile.


LE 4e TABOR MAROCAIN EN SICILE : JUILLET-AOUT 1943


La campagne de Sicile débute le 10 juillet 1943 par le débarquement de la 7e armée américaine du général Patton dans le sud de l’île et de la 8e armée britannique du général Montgomery au sud-est. A la demande du général Patton, le 4e tabor marocain (890 hommes avec 126 mulets et 117 chevaux), aux ordres du commandant Verlet, est mis à la disposition des Alliés. Il débarque le 14 juillet à Licata afin de protéger le flanc est des unités américaines, qui progressent sur la route Agrigente-Palerme en direction du nord.


Quand cette ville tombe aux mains des Américains, le 22 juillet, les goumiers viennent de parcourir cent vingt kilomètres à pied, sous le feu de l'ennemi, dans des montagnes arides, en seulement quatre jours ! Transporté en camions de Corleone à Petralia, le 4e tabor assure à nouveau des opérations de flanc-garde des unités américaines, qui avancent en direction de Messine à l'est, tandis que les Britanniques piétinent à l’ombre de l’Etna. Progressant dans les monts Nebrodi (ou Nebrodes), les goumiers y engagent des combats difficiles leur permettant de s'emparer notamment de trois sommets, de 1100 à 1500 mètres d'altitude. Les combats du Monte Acuto, les 2 et 3 août, sont particulièrement acharnés et coûtent au 4e tabor 16 tués et disparus ainsi que 17 blessés. Les goumiers terminent leur mission de flanc-garde sur la ligne de crêtes des monts Nebrodi. Leur dernière manœuvre est assurée par leur peloton de cavalerie, qui assure des missions de reconnaissance et atteint, le 14 août, la route reliant le littoral nord de l’ile à Randazzo, trois jours avant que les Américains clôturent victorieusement la campagne de Sicile en entrant à Messine.


La combativité exceptionnelle des goumiers, payée parfois au prix fort, suscite l'enthousiasme du général Patton, qui le rapporte au général Guillaume : « Je n'ai pas besoin de vous dire que, sur les champs de bataille, le 4e tabor s'est conduit et continue de se conduire d'une manière admirable, autrement dit d'une façon qui vous fait honneur et qui symbolise l'élan des nouvelles armées françaises. »


En récompense de son comportement remarquable en Tunisie puis en Sicile, cette unité est citée à l'ordre de l'armée en ces termes élogieux : « Magnifique unité qui (...) a fait preuve au cours des combats de (...) la période du 28 avril au 9 mai 1943 des plus hautes qualités d'audace et d'agressivité. Attaquant sans arrêt les unités italo-allemandes abondamment pourvues d'armes automatiques et d'artillerie, leur occasionnant de fortes pertes, les a obligées à la retraite ouvrant aux éléments alliés la route de Bizerte. Vient de représenter brillamment l'Armée française en Sicile. Du 14 juillet au 14 août, en une série ininterrompue d'opérations habiles et hardies, soit à l'avant-garde, soit en flanc-garde des unités de l'armée américaine, s'est emparée, dans des régions très difficiles, des positions importantes et âprement défendues de Campanito, de l'Acuto et de Monte Pelato, capturant 460 prisonniers et un important matériel et laissant de nombreux cadavres ennemis sur le terrain. La présente citation comporte l'attribution de la Croix de guerre avec palme. » 


Le 19 août, Giraud vient saluer les hommes du 4e tabor marocain et leur transmettre l'hommage de la France et de ses alliés. Cette campagne a coûté 28 morts et disparus ainsi que 54 blessés au 4e tabor. L'efficacité de son action rejaillit sur toutes les unités de goumiers et permet de tirer de précieuses leçons pour les futures opérations...


Christophe TOURON, professeur d'Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1995-2007) et au Collège Royal à Rabat (2003-2007). 


Date de création : 14/10/2004 @ 16:53
Dernière modification : 18/04/2014 @ 00:07
Catégorie : 2-Frères d'armes marocains et français
(1939-1945)

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Le Projet pédagogique 2005-2006

1-Le projet en images et ses prolongements en 2007


2-Acteurs et partenaires


3-Présentation générale du projet


4-Calendrier et descriptif de l'action


5-Présentation de l'ouvrage "Ana ! Frères d'armes marocains dans les deux guerres mondiales" et Remerciements


6-Présentation de l'exposition sur les soldats marocains en 14-18 et 39-45


7-Présentation du recueil numérique sur le Carré musulman de Douaumont


8-Recueil de poèmes rédigés par les élèves


9-Textes d'élèves primés au concours "André Maginot"


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