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G/ La campagne d'Italie 1943-1944 (2)

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LE REDEPLOIEMENT DU CEF ET SON RENFORCEMENT EN VUE DE L'OFFENSIVE ALLIEE DU PRINTEMPS 1944



Au printemps 1944, le CEF se redéploie sur un nouveau secteur du front, au sud de Cassino. Il y relève un corps d'armée américain dans la petite tête de pont qui a été conquise auparavant par les Alliés sur la rive adverse du fleuve Garigliano.


Dans les jours qui suivent, les effectifs du Corps expéditionnaire français sont au complet avec l'arrivée de la lère DEL et du 1er GTM.


Consolidé, le CEF a su organiser aussi ses services dans les domaines liés à la vie quotidienne des combattants. Un journal interne, surnommé « La Patrie », est notamment publié à leur attention. L'autre journal du CEF, « Ilâ al-amâm » est rédigé en langue arabe, accompagné d'un court résumé en kabyle, pour les troupes maghrébines. Tous les deux entretiennent l'espoir d'une percée de la ligne Gustav, qui va justement se dessiner dans le secteur du Garigliano imparti au CEF.


En effet, l'offensive alliée qui se prépare au printemps 1944 s'appuie sur les plans audacieux du général Juin, qui a réussi à imposer ses vues à l'état-major anglo-américain. Juin veut éviter toute nouvelle attaque frontale contre Cassino, dont les défenses ont été encore renforcées et d'où les parachutistes allemands paraissent impossibles à déloger. C'est au contraire par la montagne, là où l'ennemi ne s'y attend pas, qu'il faut porter l'effort principal : à travers les monts Aurunci (ou Aurunces), au sud-ouest de Cassino, considérés comme : « impénétrables aux armées », selon les Allemands. Ce plan doit permettre de couper les positions arrières de l'ennemi, enveloppant ainsi toute la ligne Gustav.


Pour Juin, seul le CEF est capable de mener à bien cette opération, grâce à l'aptitude au combat en montagne des tirailleurs et des goumiers, ainsi que leurs Trains muletiers : « [...] la 4e Division [marocaine de montagne] et les tabors marocains étaient capables de passer partout et le général Juin le savait mieux que personne. » (Général de Gaulle)


Pour les besoins de l'offensive, la 2e DIM dispose ainsi d'environ 1 000 mulets et la 4e DMM en reçoit des centaines supplémentaires, qui s'ajoutent à son Train muletier initial. Au total, le CEF aligne alors plus de 6 700 "brêles" : la " Royale brêle force " va encore se révéler capitale dans la réussite des opérations !


Tout en acceptant ce plan, Anglais et Américains doutent néanmoins que les Français puissent réussir à accomplir la manoeuvre de débordement qui permettrait d'ouvrir enfin les portes de Rome. Côté allemand, si la date de l'offensive reste un mystère, une autre inconnue inquiète l'état-major ;  « Savoir où et dans quelle mesure le CEF, avec ses divisions entraînées à la montagne et ses féroces combattants marocains, serait engagé ? »


Afin de brouiller davantage la localisation du CEF aux yeux des Allemands, les troupes françaises, qui se concentrent dans la tête de pont du Garigliano en vue de la prochaine offensive, reçoivent temporairement des casques anglais à la place de leurs modèles français ou américains ! Les Allemands lèvent le subterfuge courant avril mais cela ne les renseigne pas sur la localisation des 2e DIM et 3e DIA. Or ce sont ces unités, ayant constitué le fer de lance des attaques du CEF quelques mois auparavant, qui intéressent plus spécifiquement la Wehrmacht. Le maréchal Kesselring le confirme : « Mon plus grand soucis c’était la connaissance de la direction d’attaque du CEF, sa composition et son implantation. » De manière prémonitoire, il ajoute : « Là où se trouvent les Français, se situe à coup sûr le danger ».



L'OFFENSIVE DU GARIGLIANO : LA RUPTURE DE LA LIGNE GUSTAV, DU 11 AU 13 MAI 1944



Le 11 mai, les Marocains de la 2e DIM, de la 4e DMM et des GTM, les Algériens et les Tunisiens de la 3e DIA, les Sénégalais, les Calédoniens, les Tahitiens et les Antillais de la lère DFL, les Français de l'armée d'Afrique et des FFL, tous s'apprêtent à monter à l'assaut, en partant des positions du CEF sur le Garigliano. L'offensive générale des Alliés se déclenche à 23 h sur l'ensemble du front italien.


L'opération de rupture de la ligne Gustav est initialement confiée à la 2e DIM, " le bélier du CEF " selon l'expression de Juin, qui doit s'emparer pour cette mission, avec le soutien du 6e RTM de la 4e DMM, des monts Majo ou Maio (940 mètres), Feuci (839 mètres), Faito (803 mètres), Cerasola (751 mètres) et Girofano (628 mètres). Le brigadier Serge Robert raconte : « Le Jour J ou plutôt le soir à 23 h, des centaines de canons ont commencé à tirer cinq coups par pièce et par minute [...] dans un vacarme assourdissant ». Mais, suivant les vœux des Britanniques, qui ne voulaient pas dévoiler leurs positions avant le début de l'offensive, ce bombardement débute en même temps que l'assaut des régiments de tirailleurs, soit un " feu roulant " se déplaçant de cent mètres toutes les trois minutes. Trop peu pour affaiblir efficacement le dispositif de défense allemand (blockhaus, barbelés, mines...), qui sillonne les pentes que doivent gravir les tirailleurs avant de pouvoir s'emparer des sommets. Cet assaut va s'avérer redoutable !


Les régiments de la 2e DIM se lancent ainsi à l'attaque dans une nuit noire... et rouge du sang des tirailleurs marocains, au cours de combats souvent confus et très meurtriers. La Camarde fait alors son abominable moisson ! Si le 8e RTM réussit à prendre position sur le mont Faito après 1 heure 30 de mêlée sanglante, il ne peut progresser davantage tant le feu ennemi est dense. Le général Driss ben Omar El Alami raconte : « Nous avons pris pied sur le Faito au prix d'un combat farouche, de nuit... on tirait sur tout ce qui bougeait ! » Au petit matin le spectacle qui s'offre aux tirailleurs du 8e RTM est atroce : les cadavres innombrables de leurs camarades jonchant le sol caillouteux, enchevêtrés avec ceux des Allemands. Exposé à une résistance ennemie tout aussi redoutable, le 4e RTM est incapable de s'emparer du Cerasola et du Girofano. Il déplore la perte de 400 hommes en quelques heures, tués par l'artillerie, les mitrailleuses, les mines et surtout les lance-flammes allemands, source d'effroi pour les tirailleurs. Dans le secteur de la 4e DMM, le 3e bataillon du 2e RTM perd, quant à lui, les deux-tiers de son effectif. Au matin du 12 mai, l'échec est patent ! Karim Bouazzaoui, alors jeune sous-officier au 5e RTM, évoque les combats en ces termes : « Pour moi, la bataille la plus dure fut l'offensive du 11 mai 1944 [...] Il fallait déloger les Allemands qui étaient dans leurs blockhaus protégés par des mines et des barbelés. Ce fut une boucherie, ce fut vraiment horrible [...] »


Au cours de cette nuit apocalyptique, le courage des soldats marocains n'a eu d'égal que la témérité de leurs officiers. L'offensive du Garigliano est d'ailleurs très vite considérée comme une " bataille de lieutenants ". Il en est de même depuis les premiers engagements de décembre 1943, ainsi que le rapporte Guy Martinet : « Les soldats marocains ne marchaient que si les officiers et les sous-officiers français étaient devant, en montrant l'exemple. » Les chiffres des pertes humaines le confirment : durant toute la campagne d'Italie 11 % des officiers du CEF sont tués et 23 % blessés, le reste de la troupe dénombrant pour sa part 5 % de tués et 22 % de blessés !


Le 12 mai, Juin se rend lui-même en première ligne pour évaluer la situation et remonter le moral de ses hommes au visage fermé et à l’air moribond. Persuadé, à juste titre, que l'ennemi n'a plus de réserves dans le secteur d'attaque du CEF, il persévère et décide la reprise de l'offensive pour la nuit suivante, avec cette fois-ci une solide préparation d'artillerie puis un appui total pour contrer d’éventuelles contre-attaques.


Très tôt dans la matinée du 13 mai, c'est la ruée des tirailleurs marocains sur les positions allemandes, qui ont été ravagées par le " rouleau de feu " des canons français. L'adversaire se défend avec acharnement, maïs il cède peu à peu devant des soldats galvanisés par leurs gradés, les cris de guerre religieux, le chant de la Marseillaise ou celui des Africains. Au 5e RTM, des tirailleurs furieux d'avoir perdu leur capitaine, Henry de Belsunce, sont déchaînés. D'aucuns racontent qu'ils ont ramassé le cadavre de leur capitaine, le soutenant assis sur la crosse de son fusil et ont chargé avec lui en hurlant ! Une fois les positions allemandes enfoncées, le corps de l'officier aurait été ensuite déposé contre un rocher face aux Allemands. « Même les morts passeront ! », avait affirmé ce capitaine avant l'offensive. Légende de guerre ou épisode véridique ? Ce récit n'est pas sans rappeler un fait similaire et avéré, quelques semaines auparavant, lorsque le cadavre du sous-lieutenant tunisien Bouakkaz a été porté par ses hommes jusqu'au sommet du mont Belvédère, lors de l'incroyable assaut du 4e RTT.


La prise du mont Majo par les troupes marocaines de la 2e DIM est saluée par un drapeau français de 30 m2 hissé à son sommet (940 mètres) et visible à des kilomètres à la ronde, par les troupes du CEF comme par les Allemands. Tel ce drapeau immense dans le ciel d'Italie, la nouvelle claque d’un bout à l’autre du champ de bataille : la ligne Gustav vient d'être enfoncée !


La ligne Gustav a donc été rompue grâce à l'action des régiments de tirailleurs marocains, au prix de plus de 1700 hommes hors de combat (tués, blessés et disparus) : plus de 900 à la 2e DIM et environ 800 dans la 4e DMM, du 11 au 13 mai. Le dispositif adverse a été percé aussi grâce à l’action primordiale de l’artillerie du CEF avec ses 357 canons.



L'OFFENSIVE DU GARIGLIANO : L'EXPLOITATION DE LA RUPTURE DU FRONT, DU 14 AU 16 MAI 1944



L'exploitation est maintenant possible vers les monts Aurunci puis, plus à l'ouest, les monts Lepini. C'est la 4e DMM et les trois GTM, formant le corps de montagne du CEF, qui s'en chargent dès le 14 mai, à « un train d'enfer ». Comme à son habitude en Italie, Auroch, indicatif du général Guillaume, lance à ses goumiers son fameux cri de guerre sur la radio, en arabe dialectal : « Zidou l'gouddam (Allez de l'avant) ! »


Tirailleurs et goumiers marocains s'introduisent avec force et souplesse dans un terrain accidenté où ils bondissent de rochers en rochers avec une agilité incroyable. Le 16 mai, la section des éclaireurs-skieurs du 2e RTM conquiert ainsi l'impressionnante muraille de roche qui commande l'entrée du mont Petrella, dont la falaise offre un dénivelé de 1 000 mètres ! L'ennemi, surpris par la rapidité de ce coup de force, est vite submergé. Au terme d'un bref combat, les tirailleurs marocains ouvrent magnifiquement les portes du Petrella au reste du corps de montagne. Celui-ci se lance alors dans un véritable : « raid de cavalerie » (général Guillaume).


Manœuvrant à merveille, il prend partout l'ennemi de vitesse, comme en témoigne cet épisode, raconté par un officier français, où des goumiers déciment une colonne allemande de plusieurs centaines d'hommes : « D'un seul coup, sur les pentes qu'ils croyaient vides d'ennemis, les Allemands terrifiés virent, à très courte distance, se lever une nuée de goumiers, une véritable marée humaine dans un seul et terrifiant hurlement [...] Devant et au milieu, les officiers et les gradés français criaient avec eux de la même manière, en berbère [...] Dans leur affolement les Allemands eurent à peine le temps d'ouvrir le feu [...] En quelques minutes ils furent submergés. » L'affaire est si vite menée que les goumiers n'ont alors que 2 tués et 9 blessés. «Vos Noirs marocains, quels démons ! », s'exclame un prisonnier allemand en s'adressant à un gradé français.


« Les Français avancent si rapidement, que les communiqués ne peuvent suivre leur rythme », rapporte un journaliste américain. On assiste en effet à une véritable furia francese, qui suscite l'admiration de tous les Alliés. Une expression fait même son apparition pour évoquer la progression du CEF dans les monts Aurunci et Lepini : « Les Français ont goumisé leur route à travers la montagne » ! De nouveaux sommets s'inscrivent au " palmarès " des combattants marocains, tels le mont Fammera 1175 mètres) et le mont Revole (1307 mètres).


Parallèlement, le 4e RSM incorporé temporairement à la 3e DIA œuvre à la prise de Castelforte, qui ouvre la route d'Ausonia dans la vallée de l'Ausente ; ce qui permet de déboucher sur la vallée du Liri, au sud-ouest de Cassino, derrière les lignes allemandes ! De son côté, le 3e RSM, mis provisoirement à la disposition de la 1ère DFL, participe au mouvement général de cette division qui s'engage dans la haute vallée du Liri via San Apollinare, en débordant également Cassino par le sud.


Cette avancée irrésistible, tant en montagne que dans les vallées, rompt ainsi le dispositif défensif allemand de la ligne Gustav et facilite la progression des Américains et des Britanniques. Dès le 19 mai, un général allemand sur le front italien écrit : « Les Français et surtout les Marocains ont combattu avec furie et exploité chaque succès en concentrant immédiatement toutes les forces disponibles sur les points qui faiblissaient ». La veille, les parachutistes allemands retranchés à Monte Cassino ont dû se résoudre à battre en retraite de crainte de se voir enveloppés par la manœuvre française. Les Alliés peuvent enfin couronner ce mont qui les a tant nargués durant des mois. Cet honneur revient aux vaillants Polonais de la 8e armée britannique qui atteignent les premiers le monastère en ruine. Revanche symbolique pour des hommes dont le pays souffre le martyre au cours de cette guerre.


Le 22 mai, Kesselring donne l’ordre général de repli à l'armée allemande. Quelques jours plus tard, il note dans son rapport quotidien : « Spécialement remarquable est la grande aptitude tout terrain des troupes marocaines, qui franchissent même les terrains réputés impraticables, avec leurs armes lourdes chargées sur des mulets, et qui essaient toujours de déborder nos positions par des manœuvres et de percer par derrière ».


Le 26 mai, spahis et tirailleurs marocains s'emparent de la ville de Pastena, tandis que la 3e DIA occupe la localité de San Giovanni, après une lutte très violente et le plus grand combat de chars de la campagne d'Italie, au cours duquel se sont illustrés les tankistes français. La bataille du Garigliano est terminée, l'ensemble des monts Aurunci est alors aux mains de l'armée française, qui a réussi où ses alliés avaient échoué durant des mois : ouvrir la route de Rome !



LA LIBERATION DE ROME



Le colonel allemand Bohmler, l'un des défenseurs acharnés de Cassino, confie dans ses mémoires : « La grande surprise fut l'attitude au combat du Corps expéditionnaire français. C'est Juin qui, en s'emparant du mont Majo et en faisant irruption dans la vallée du Liri, a réduit en miettes la porte de Rome ».


La victoire du Garigliano est donc dans sa conception et son exécution de nature française. Les soldats marocains y ont participé d'une manière éclatante. Comme en témoignent leurs innombrables distinctions obtenues à titre individuel ou collectif. En voici quelques exemples significatifs :


« Le 2e RTM s'est [...] montré une magnifique unité guerrière. [...] Malgré ses fatigues et ses pertes, au cours de vingt jours de combats et d'efforts, a rompu les organisations ennemies, progressé de 75 km sous le feu de l'adversaire, lui infligeant de sanglantes pertes, lui capturant environ 700 prisonniers [...], lui prenant ou lui détruisant un matériel considérable. » (Citation du 2e RTM) ;


« Pendant trois semaines de luttes et de marches ininterrompues de jour et de nuit, toujours à l'avant-garde du Corps de montagne, a bousculé l'une après l'autre, les troupes d'élite allemandes jetées en toute hâte par l'ennemi pour lui barrer la route [...) a atteint et dépassé les objectifs qui lui étaient assignés. [...] A mis hors de combat 1 500 Allemands dont 300 prisonniers, s'emparant d'un armement important, perdant lui-même plus de 400 tués ou blessés. » (Citation du 4e GTM) ;


« Magnifique régiment de cavalerie, qui du 11 mai au 2 juin, toujours à l'avant-garde, n'a cessé de provoquer l'admiration de tous par son agressivité dans les combats les plus durs, son ardeur dans la poursuite et sa belle tenue au feu. [...] A ainsi, au prix de durs sacrifices en personnel et en matériel, infligé de lourdes pertes à l'ennemi et contribué pour une large part au succès des troupes françaises en Italie. » (Citation du 4e RSM) ;


« Splendide Régiment d'artillerie [...]. Après avoir [...] participé à l'opération de rupture sur le Faito et le Girofano, le 64e RAA [...] a appuyé la progression de l'infanterie [...]. Le 17 mai, il bloque par son feu une contre-attaque sur la route d'Esperia et reçoit les félicitations de notre infanterie. [...] les 30 et 31 mai, de positions très avancées, il agit à vue sur les chars ennemis et en met plusieurs hors de combat. » (Citation du 64e RAA) ;


« Excellente Unité constituant les troupes du Génie de la 4e Division Marocaine de Montagne. [...] Au cours des journées des 12, 13 et 14 mai, serrant au plus près sur les régiments de Tirailleurs, qui ont ouvert la brèche, elle a poussé des pistes au contact immédiat de l'ennemi dans un terrain difficile et miné. A partir du 13 mai et jusqu'au 2 juin, au prix d'efforts ininterrompus et de pertes importantes (12 tués et 31 blessés), cette unité marchant à l'avant-garde et faisant 61 prisonniers, a rétabli la viabilité des itinéraires, ouvrant la route aux chars et contribué puissamment à l'exploitation du succès. » (Citation du 82e bataillon du Génie).


La valeur guerrière de ces unités s'appuie comme toujours sur une profonde camaraderie, illustrée par cet épisode rapporté par Karim Bouazzaoui : « Le 30 mai 1944, on avançait vers Rome en rencontrant une forte résistance allemande. Le commandant de compagnie désigna alors la section qui devait attaquer en pointe. Dans cette section, il y avait notamment un chef de groupe français qui s'appelait Rose. Celui-ci, devant le combat difficile qui s'annonçait, demanda au capitaine s'il lui était possible d'attaquer en deuxième position, car il était père de deux fillettes. Etant alors célibataire, je me suis porté volontaire et j'ai pris ainsi la place de Rose dans cette opération périlleuse, au cours de laquelle j'ai été blessé. »


Début juin, la 3e DIA, à la pointe du CEF, n'est plus qu'à une poignée de kilomètres de Rome, mais les troupes françaises ont reçu l'ordre d'y laisser entrer les Américains en premier ! Du haut des monts Lepini, les goumiers, que Juin aime à surnommer ses " loups ", peuvent apercevoir les blindés alliés se diriger vers la " ville éternelle ", libérée au soir du 4 juin 1944. Un moqaddem dit alors doucement à l'un de ses compagnons d'armes français : « Mon lieutenant, nous sommes heureux de t'avoir donné ce plaisir-là ! »


Le 5 juin, le général de Gaulle télégraphie un message au général Juin, avec ce ton qui lui est  propre : « L'armée française a sa large part dans la grande victoire de Rome. Il le fallait ! Vous l'avez fait ! Général Juin, vous-même et les troupes sous vos ordres êtes dignes de la patrie ! »


Le jour même, devant le Capitole, à Rome, le général Clark déclare au général Juin : « Sans les Français nous ne serions pas là aujourd'hui ». Juin lui répond avec courtoisie : « Sans l'Amérique, l'armée française n'aurait pas pu être là ». Et Clark de conclure : « Le Garigliano c'est vous ! ». Juin sait surtout à qui il doit ce succès. Dans ces heures euphoriques, il n'oublie pas de rendre d'abord hommage à ses soldats, qui obtiennent quelques jours de repos au sud-est de Rome.


Parallèlement, un bataillon de l'armée française, composé symboliquement de compagnies issues des quatre divisions du CEF, reçoit le privilège de cantonner dans la capitale italienne : chèches, khiout (écheveau de laine enroulé autour de la tête des goumiers), rezzat et djellabas d'Afrique du Nord rencontrent un singulier succès dans les rues de Rome !


Le 15 juin, la 2e DIM est désignée pour participer à un défilé de la victoire dans la " ville éternelle ", qui est ouvert par les noubas (les fanfares) de ses trois régiments de tirailleurs réunies pour l'occasion. Selon Juin, cet honneur revient légitimement à cette vaillante unité pour : « avoir enfoncé le front du Garigliano et ouvert la route de Rome un mois auparavant. » Sentiment partagé par l'ensemble du CEF et tous ses alliés, soulagés d'avoir enfin forcé la ligne Gustav !



LA QUESTION DES EXACTIONS IMPUTEES AUX SOLDATS NORD-AFRICAINS EN ITALIE



Alors que le CEF sort tout auréolé de son action décisive au cours de l'offensive du Garigliano, des rumeurs persistantes sur le comportement négatif de ses soldats vis-à-vis de la population italienne ne cessent de s'amplifier et menacent de lui faire ombrage. Les combattants nord-africains sont particulièrement visés, plus spécifiquement les goumiers accusés de tous les maux : vols de bétail, pillages en tout genre, violences physiques et viols...


Face aux problèmes de ravitaillement qui ont affecté le CEF depuis son arrivée en Italie, il est certain que les tirailleurs et les goumiers n'ont pas hésité à faire appel au " système D ". Celui-ci les a poussé à « vivre sur le pays » et à commettre des actes dommageables. Mais le plus souvent, ils se sont contentés de récupérer du bétail et des vivres abandonnés par les civils fuyant les combats. Au cours de la campagne d'Italie, la ponction des troupes du CEF ne semble pas dépasser les 50 000 moutons. En comparaison, chez les troupes allemandes, ce chiffre atteint près d'un million et demi d'ovins ! Avec l'amélioration du ravitaillement à partir du mois de juin 1944, les vols de bétail diminuent d'ailleurs fortement au sein du CEF.


Concernant les violences physiques et surtout les viols imputés aux soldats nord-africains, ces rumeurs se font l'écho de cas avérés et forts regrettables, mais qui restent très minoritaires au sein du CEF. Sans que cela ne les excuse, ces exactions ne constituent pas le triste apanage de l'armée française en Italie et s'observent malheureusement dans toutes les armées du monde qui se retrouvent sur un territoire étranger en temps de guerre, même lorsqu'il s'agit de libérateurs. Comme en témoignent les cas de viols attribués aux soldats américains en Europe, en 1944 et 1945.


Comment expliquer alors la véritable diabolisation dont font l'objet les combattants nord-africains et plus spécifiquement marocains, dès leur arrivée en Italie ? Il semble que les autorités italiennes et alliées ont souvent attribué à ces soldats la responsabilité d'exactions sans preuve ; les auteurs de la majorité de ces crimes restant inconnus. Les Maghrébins sont devenus ainsi des bouc émissaires bien pratiques, sorte de coupables passe-partout.


Cette situation est due en partie à une intense propagande d'horizons divers. Citons notamment celle des autorités italiennes qui cherchent à atténuer l'humiliation de la défaite et salir le retour triomphal des troupes françaises sur leur sol. Evoquons aussi le rôle essentiel de la propagande allemande, dont la diabolisation des Marocains, en particulier, permet de dissuader la désertion ou la reddition des soldats de la Wehrmacht et de camoufler leurs propres crimes contre les civils italiens.


Le général Guillaume reconnaît dans ses mémoires que ; « sans doute, des violences ont été commises, inévitables dans la guerre », en précisant cependant qu'elles ont été « le fait d'hommes appartenant aux services, souvent recrutés dans les bas-fonds des ports, et non pas des combattants de première ligne ». La discipline très stricte au sein des unités françaises du CEF ne tolère d'ailleurs que peu d'écarts. Pierre Lyautey, capitaine de goums l'évoque dans ses souvenirs : « Chez nous, la discipline est terrible. Tout flagrant délit est immédiatement puni. L'officier a le droit de faire fusiller sur-le-champ, sans attendre les arrêts du tribunal militaire. »


De fait, des cas d'exécution immédiate au sein des unités du CEF sont rapportés. Leur nombre peu élevé, difficile à fixer précisément, s'ajoute aux 360 soldats jugés par les tribunaux militaires français en Italie pour des exactions commises contre des civils italiens, entre 1943 et 1945. On est en tout cas très loin des chiffres fantaisistes qui vont circuler après la guerre en Italie, accusant les troupes du CEF d'avoir perpétré des dizaines de milliers de viols !


Quoiqu'il en soit, en juin 1944, cette polémique ne réussit pas à entamer la confiance du général Juin et de son état-major à l'égard des soldats nord-africains. Tous gardent en mémoire le fait que ces valeureux combattants ont, par leur sang, leurs larmes et leur sueur, balisé la marche victorieuse du CEF jusqu'à Rome, ce qui a permis de redonner à la France une partie de son honneur national aux côtés des Alliés. Marche victorieuse qui signifie aussi pour des millions de civils italiens très éprouvés la fin progressive du joug allemand, des privations et des souffrances liées à la guerre.



LE 2e GTM A L'ILE D'ELBE : JUIN 1944



Point d'appui stratégique important pour les Allemands, l'île d'Elbe est conquise par les troupes françaises entre le 17 et le 19 juin 1944, lors de l'opération Brassard. En soutien de la 9e division d'infanterie coloniale, le 2e GTM a pour mission de participer au nettoyage de l'île. Il s'en acquitte avec succès en évoluant pourtant sur un terrain difficile, souvent à découvert, exposant ainsi involontairement son Train muletier, devenu la cible favorite des Allemands.


Au cours de ces engagements, les goumiers expriment à nouveau toute leur valeur guerrière, servie par un dévouement remarquable et une fraternité d'armes des plus touchantes. Dévouement tout d'abord, à l'exemple du moqaddem Aouel Boubakeur, du 15e tabor, grièvement blessé, et qui sur son lit de mort s'est : « excusé d'avoir perdu deux mulets, dont l'un portait le poste radio » ! Fraternité d'armes enfin à travers cet autre exemple : le goumier Mohamed ben Abdellah est grièvement blessé lors d'une attaque contre les dernières positions ennemies sur l'île d'Elbe et se retrouve laissé sur le terrain. En apprenant cela, le sergent-major Toullic et le maréchal des logis Paris le rejoignent sans hésiter pour le ramener dans les lignes françaises. Lorsque Toullic sera à son tour grièvement blessé, lors des combats pour la libération de Marseille, le goumier qu'il avait sauvé restera auprès de lui jusqu'à son décès et il insistera pour remettre lui-même son corps à sa mère !


Au total, la conquête de l'île d'Elbe a valu à l'armée française 250 tués ou disparus. 36 combattants du 2e GTM figurent parmi ces morts (3 français et 33 marocains), 600 blessés sont également à déplorer dont plusieurs goumiers. Cette opération s'est révélée coûteuse et difficile comme le révèle le journal de l'Armée américaine « Stars and Stripes », du 21 juin 1944 : « La Marine estime que l'invasion de l'île d'Elbe a été le plus dur de tous les débarquements en Méditerranée ». Mais c'est un franc succès, acquis rapidement : « qui est dû en grande partie au courage, à la valeur et au mordant » des troupes qui ont été engagées, selon les termes d'un officier supérieur français.



LES DERNIERS COMBATS EN TOSCANE : JUILLET 1944



Après la libération de Rome, les Alliés continuent leur progression vers le nord de l'Italie. Les unités du CEE y participent, « sans lenteur inutile, mais avec le souci de ménager les effectifs », selon le général Sevez.


Début juillet, les spahis marocains du 3e RSM et les tirailleurs tunisiens entrent dans Sienne après avoir pris soin de ne pas en détruire les richesses architecturales. Durant toute la campagne d'Italie, les artilleurs du CEF doivent en effet respecter l'ordre de ne pas abîmer les merveilles artistiques d'Italie. Ce que le général de Monsabert traduit en ces termes : « Tirez où vous voulez mais sans atteindre au-delà du XVIIIe siècle » !


A l'occasion de la fête nationale française, le 14 juillet 1944, la magnifique piazza del Campo de Sienne accueille des détachements du CEF, dont nombre de soldats marocains, qui sont salués par les généraux Alexander et Clark en personne. Qu'elle est loin l'atmosphère lugubre qui régnait autour du CEF sur les quais de Naples, huit mois plus tôt !


Dans le même temps, l'armée française continue sa progression en Toscane. Dans cette région, les troupes marocaines se contentent de pousser l'ennemi et de nettoyer les secteurs abandonnés. Tâche ingrate, fastidieuse et trop souvent meurtrière, face à un adversaire qui, bien que défait, reste redoutable. C'est le cas, en particulier, des parachutistes allemands qui provoquent des combats d'une grande intensité. En Toscane, la 4e DMM enregistre ainsi, en trois semaines, plus de soldats tués que pendant toute la bataille du Garigliano ! L'état-major de cette division impute en particulier ces pertes élevées au fait que : « les chars alliés mis à la disposition de la 4e DMM n'ont pas appuyé l'infanterie comme il l'aurait fallu. »


En dépit de ces difficultés, les tirailleurs et les spahis marocains de la 4e DMM arrivent aux portes de Florence le 22 juillet ; il s'agit de leur dernier combat en Italie. Deux jours auparavant la 2e DIM, engagée également dans la pénible remontée toscane, a été relevée en vue du retrait du CEF.


En effet, le 23 juillet 1944, le Corps expéditionnaire français quitte officiellement le front d'Italie. La 2e DIM, la 4e DMM et les GTM rejoignent progressivement l'Afrique du Nord ou la Corse, en vue de participer aux combats pour la libération de la France.


Les grands chefs alliés, unanimes, rendent alors hommage à ces troupes qu'ils ont eues sous leurs ordres : « A la bravoure de vos officiers et de vos soldats, j'apporte ma plus chaude admiration et ma profonde reconnaissance [...] » (général Alexander) ; « Je perds [...] l'appui infiniment précieux de quatre des plus belles divisions ayant jamais combattu [...] » (général Clark).



LE BILAN DE LA CAMPAGNE D'ITALIE POUR LES TROUPES MAROCAINES



La campagne d'Italie marque ainsi la confiance retrouvée des Alliés en l'armée française, qui a reconquis définitivement sa fierté et écrit : « une des plus belles pages de l'Histoire de France » (général de Monsabert). « Avant-garde » du CEF, les soldats d'Afrique du Nord ont contribué pour beaucoup à cette épopée. Jacques Guyomar, officier au 2e RTM puis au 6e RTM, rend ce vibrant hommage à ses frères d'armes marocains : « Le comportement des soldats marocains au combat était absolument extraordinaire. Durant les opérations, j'ai eu peur bien sur, mais quand on a 30 Marocains derrière soi à commander, c'est beaucoup plus facile de se montrer courageux. »


Le coût humain de cette considération retrouvée et de cette combativité exceptionnelle s'avère très élevé. Les pertes globales du CEF sont terribles : 6 500 morts, 4 200 disparus et 23 000 blessés, soit plus d'un quart de ses effectifs ! Cette proportion est l'une des plus fortes, dans le temps et le volume engagé, de toute la Seconde Guerre mondiale. Avant le regroupement des morts du CEF dans trois grandes Nécropoles nationales à Miano (dans la périphérie de Naples), Venafro et Rome, ce ne sont pas moins de 55 cimetières militaires français, qui parsèment en 1944 le sol d'Italie.


En sept mois et demi de combats, la 2e DIM compte près de 12 000 pertes, dont plus de 2 000 tués et disparus. En quatre mois et demi, la 4e DMM déplore plus de 4 400 hommes hors de combat, dont plus de 1 000 tués et disparus.


Les régiments de tirailleurs sont les plus touchés. Le 4e RTM accuse, par exemple, 983 tués et disparus, ainsi que 1 994 blessés, soit 100 % de ses effectifs débarqués initialement à Naples. Ce régiment, à l'instar des 5e et 8e RTM, doit être renforcé par des bataillons de tirailleurs algériens. Le 2e RTM, qui a subi de très lourdes pertes, est carrément dissous. De leurs côtés, les groupements de tabors marocains enregistrent plus de 600 tués et disparus et environ 2 350 blessés.


Le tribut payé par les seuls Marocains se révèle donc effrayant : environ 10 000 tués, blessés et disparus, soit plus du tiers des effectifs engagés mis hors de combat ! En 1944, ces pertes épuisent le recrutement au Maroc. Et que dire du bilan humain de la 3e DIA, dont les unités de tirailleurs algériens et tunisiens ont été pareillement décimées ?!


Ainsi, les stèles musulmanes sans fin dans les cimetières militaires français d'Italie, aux côtés des croix de leurs frères d'armes du CEF, sont là pour nous rappeler l'ampleur des sacrifices de tous ces fils d'Afrique du Nord pour la reconquête de la liberté en Europe.


Christophe TOURON, professeur d'Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1995-2007) et au Collège Royal à Rabat (2003-2007). 


Date de création : 14/10/2004 @ 16:55
Dernière modification : 18/04/2014 @ 02:00
Catégorie : 2-Frères d'armes marocains et français
(1939-1945)

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Le Projet pédagogique 2002-2003

1-Le projet en images et ses prolongements en 2004 et 2005

2-Acteurs et partenaires

3-Objectifs

4-Calendrier et descriptif de l'action

5-Remerciements

6-Présentation de l'exposition

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8-Programme du voyage pédagogique en France

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Le Projet pédagogique 2005-2006

1-Le projet en images et ses prolongements en 2007


2-Acteurs et partenaires


3-Présentation générale du projet


4-Calendrier et descriptif de l'action


5-Présentation de l'ouvrage "Ana ! Frères d'armes marocains dans les deux guerres mondiales" et Remerciements


6-Présentation de l'exposition sur les soldats marocains en 14-18 et 39-45


7-Présentation du recueil numérique sur le Carré musulman de Douaumont


8-Recueil de poèmes rédigés par les élèves


9-Textes d'élèves primés au concours "André Maginot"


10-Programme du voyage pédagogique en France

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