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I/ La libération de la France 1944-1945 (2)

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LES TROUPES MAROCAINES DANS LA PREMIERE BATAILLE DES VOSGES : SEPTEMBRE-OCTOBRE 1944


Tandis que les troupes américaines, remontant les vallées du Rhône et de la Saône, continuent leur progression vers le nord-est de la France ; le général de Lattre de Tassigny ordonne au  1er corps d'armée français du général Béthouart, auquel appartient notamment la 2e DIM, d'avancer en direction de Belfort. Pour le chef de la 1ère armée française, la priorité est en effet de s'engouffrer dans la trouée de Belfort, entre les Vosges et le Jura, afin de déboucher sur Mulhouse et la rive française du Rhin. Cette manoeuvre permettrait de prendre à revers les forces allemandes retranchées en Alsace et leur couperait toute retraite possible vers le Reich nazi. Mais l’état-major de la Wehrmacht l'a compris et il renforce terriblement les positions allemandes devant Belfort.


C'est pourquoi, de Lattre de Tassigny décide de contourner ces défenses en passant par les Vosges, au nord-ouest : mission confiée au 2e corps d'armée français du général de Monsabert, qui compte les 2e et 3e GTM, ainsi qu'un détachement de la 4e DMM, dont le 6e  RTM. Des combats acharnés s'engagent sur la crête des Vosges, dès la fin septembre, au cours desquels les troupes marocaines vont être mises à rude épreuve, une fois de plus. Sur un terrain boisé accidenté et face à un adversaire résolu à ne plus reculer, la 1ère armée française n'arrive pas à percer le front ! De plus, ses troupes manquent de réserves et le ravitaillement, depuis la remontée fulgurante de la vallée du Rhône, a toujours du mal à suivre.


Néanmoins le 16 octobre, une nouvelle attaque générale est déclenchée, au cours de laquelle le 6e RTM s'empare de l'éperon du Haut du Faing (1003 mètres d'altitude) au prix de 100 tués et blessés. Les combats font rage, sous une pluie glaciale et dans la boue : le 6e RTM compte encore 35 tués et 130 blessés pour défendre ses positions conquises. Le 17 octobre, les autres troupes du 2e corps d'armée français, au premier rang desquelles les goumiers marocains, conquièrent progressivement la crête des Vosges.


Malheureusement, l'absence de réserves et les problèmes de ravitaillement en munition empêchent d'exploiter ce succès. Le front n'est pas percé alors même que les pertes sont lourdes. Par exemple, les compagnies du 6e RTM en position sur le Haut du Faing ne comptent plus qu'une cinquantaine d'hommes valides, sur un effectif théorique d'environ 180. Les Commandos d’Afrique sont aussi très éprouvés par ces combats, comme le rapporte le témoignage de Mohamed Kasmi : « Pour moi, les combats les plus durs de la guerre furent ceux des Vosges contre les SS. Mon unité a eu alors des pertes effroyables. » De fait, au cours d'un sanglant accrochage, au coeur de la forêt vosgienne, les Commandos d'Afrique accusent 92 pertes ! 


A partir du 18 octobre, sur ordre du général de Lattre de Tassigny, l'attaque dans les Vosges est arrêtée. Sa crête est évacuée et réinvestie par les Allemands, sauf le Haut du Faing que les tirailleurs marocains conservent au prix de pertes et de souffrances très grandes. Le témoignage du sous-lieutenant Chiarmonti du 6e RTM évoque « l'enfer des journées du 19 au 23 octobre au Haut du Faing » : « L'insomnie, la soif (parce que dans les Vosges ruisselantes d'eau, ce sommet n'est qu'un rocher) le froid, la mort habitent ce haut lieu du sacrifice. Nulle équipe qui monte au bois ne revient au complet (...) Et la pluie qui ne cessera que le 20 ajoute à ces pertes les « pieds de tranchée » (...) Le 20, le lieutenant Establié se présente ensanglanté au commandement du bataillon et lui remet le fanion de sa section, il n'a plus d'hommes (...) » ! Ces « pieds de tranchée » désignent des pieds meurtris du fait du froid et de l'humidité, ils seront le lot de nombreux soldats de l'armée d'Afrique, au cours du morne hiver 1944-1945...


Cette éprouvante lutte sur le Haut du Faing permet au 2e bataillon du 6e RTM d'être cité à l'ordre de l'armée : « Splendide unité (...) qui vient d'accomplir un exploit magnifique en enlevant de haute lutte le Haut du Faing. (...) s'est porté rapidement sur son objectif, malgré un terrain abrupt et en dépit de nombreuses résistances ennemies. Parvenu sur le sommet du Haut du Faing, a été en butte pendant quatre jours à des contre-attaques importantes allant jusqu'au corps à corps, à des tirs massifs de mortiers et d'artillerie, à des feux d'écharpe de mitrailleuses et d'automoteurs. Malgré l'extrême fatigue de tous, des pertes sévères et les souffrances physiques dues à une pluie incessante s'est cramponné farouchement sur le terrain conquis sans en perdre un pouce et a organisé sous le feu violent d'artillerie un point d'appui solide que l'ennemi, après avoir subi lui-même de lourdes pertes, a renoncé à reprendre à ce   bataillon ; a rempli intégralement la mission qui lui avait été confiée, donnant une fois de plus la preuve de qualités manœuvrières de premier ordre et d'une trempe exceptionnelle. »


LA 2e DIM CHARGEE DE PERCER A BELFORT : NOVEMBRE 1944


N'ayant pu percer par les Vosges, la 1ère armée française se résout alors à enfoncer le camp retranché de Belfort. Dans ce but, de Lattre de Tassigny renforce le 1er corps d’armée français, auquel sont affectés par exemple le 6e RTM et le 1er GTM. Le 14 novembre, par un temps effroyable (froid, pluie et neige, rivières en crue), l'offensive est déclenchée. Renforcée par la 5e DB française et des éléments FFI, la 2e DIM est chargée de l'effort principal. Les combats sont d'abord incertains, mais une fois de plus celle qui était appelée en Italie le « bélier du Corps expéditionnaire français » finit par enfoncer le dispositif ennemi. Tirailleurs, spahis et goumiers du 1er GTM peuvent alors se jeter sur Belfort, qui est libérée le 25 novembre après de violents combats de rues, tournant souvent au corps à corps entre soldats marocains et SS allemands.


Dans le même temps, l'ensemble du 1er corps d'armée français exploite la percée de Belfort et débouche sur la plaine d'Alsace. Des éléments du 6e RTM, au sein de la 1ère DB, participent à la libération de Mulhouse, où le reste des unités de la  4e DMM commence à arriver en provenance des Alpes. Dès le 19 novembre, des éléments avancés de la 1ère armée française ont atteint le Rhin : de l'autre côté de ce fleuve, c'est le territoire du Reich nazi ! Mais avant d'envisager de participer à sa conquête, il faut réduire les forces allemandes encore présentes sur la crête des Vosges et dans la plaine d'Alsace...


LE 1er RMSM PARTICIPE A LA LIBERATION DE STRASBOURG LE 23 NOVEMBRE 1944 ET S'ILLUSTRE EN ALSACE


Alors que la 1ère armée française remonte en Alsace à partir de Belfort, la 2e  DB, toujours rattachée à la 3e armée américaine, fonce sur Strasbourg. Cet objectif est particulièrement symbolique pour les « Leclerc ».


En effet, le 2 mars 1941, après la prise de l'oasis de Koufra, tenue par les Italiens, le général Leclerc et ses hommes ont prêté le serment de « poursuivre la lutte jusqu'à ce que le drapeau français flotte à nouveau sur Strasbourg ». Le 23 novembre 1944, au sein de la 2e DB, des Marocains appartenant au 5e escadron du 1er RMSM participent à la libération de Strasbourg : le serment de Koufra est tenu ! C'est d'ailleurs le 5e escadron du 1er RMSM qui entre le premier à Strasbourg et qui va matérialiser ce serment de Koufra d'une manière éclatante : sous les balles allemandes, le spahi Maurice Lebrun se charge d'aller fixer un drapeau tricolore en haut de la flèche de la cathédrale de Strasbourg, qui culmine à 142 mètres !


Soldats marocains et français du 1er RMSM n'ont pas le temps de s’attarder sur l'épopée, dont ils sont les acteurs et les témoins. Les combats continuent, toujours aussi disputés. En décembre, les unités du 1er RMSM contribuent ainsi à la libération  « de Molsheim et d'Obernai. Faisant toujours preuve d'esprit de sacrifice et de ténacité, le régiment s'est encore couvert de gloire en franchissant l'Ill de vive force à Kogenheim en dépit d'une résistance acharnée de l'ennemi (…) et en effectuant sur Ebermunster un coup de main qui peut être cité comme un modèle du genre.  (...) » (citation du 1er RMSM à l'ordre de l'armée)


Au cours de ces engagements le1er RMSM enregistre des pertes sévères à l’image de la 2e DB, depuis son débarquement en Normandie. Compagnon d’armes des spahis marocains, le brigadier Paul Brandenburg, originaire du Maroc, est conducteur de chars dans un autre régiment de la division Leclerc. Son expérience des combats pour la libération de la France illustre les sacrifices de cette prestigieuse unité : « mon souvenir le plus douloureux est lorsque je suis allé ramasser les restes de mon meilleur copain qui avait brûlé dans son char. Je n’ai retrouvé que les dents intactes… tout le reste n’était que poussière. Cela m’a fait du mal car c’était mon bon copain (…) Par la suite, j’ai moi-même été blessé au front par éclats d’obus (…) La guerre nous a surtout appris à ne pas recommencer, parce que ce n’est vraiment pas beau »…


Après la neige et le feu d’Alsace, les spahis marocains et leurs frères d’armes français de la  2e DB participeront ensuite, en avril 1945, aux combats pour la conquête du réduit allemand dans la poche de Royan, sur la côte atlantique. Ils y retrouveront un autre régiment de spahis marocains à la parenté très proche, le 1er RSM, tout juste équipé en matériel américain.


Débarqué en France en octobre 1944, le 1er RSM reste d’abord longtemps cantonné à l’arrière en se chargeant de missions peu exaltantes pour ses hommes, telles que la garde de dépôts d’armement et les convoyages de matériel. Tandis que les spahis du 1er RSM traversent donc un hiver monotone, leurs compagnons des unités combattantes de l’armée d’Afrique endurent une véritable crise morale…


LES TROUPES MAROCAINES DURANT LE MORNE HIVER 1944-1945 ET LA CRISE MORALE DES UNITES DE L'ARMEE D'AFRIQUE


Début décembre 1944, bien qu'en mauvaise posture, les troupes allemandes s'accrochent sur la crête des Vosges et dans la plaine d'Alsace : leurs positions, en partie encerclées, constituent la poche, dite de Colmar. Durant le mois de décembre, des unités franco-américaines tentent, en vain, de réduire cette poche de résistance au cours de combats très durs. Ainsi le 3 décembre, le 1er RTM, à peine arrivé sur le front, est mis à rude épreuve : deux de ses compagnies sont pratiquement anéanties en quelques heures !


Alors que la majorité des Français fêtent la libération, les soldats marocains, comme leurs autres frères d'armes se battent dans des conditions extrêmement difficiles, sous un hiver particulièrement rigoureux, que de Lattre de Tassigny qualifie de « sibérien ». Le général Guillaume signale, qu'en décembre, un groupement de tabors marocains a dû faire évacuer 257 goumiers pour gelures. De son côté, le colonel de Latour, dont le GTM compte 37 tués, 147 blessés et 83 évacués pour pieds gelés en quatre jours, déclare : « Ce n'est plus de l'usure, c'est la destruction de mon groupe de tabors ! » Les problèmes de ravitaillement et plus globalement de logistique (entretien du matériel, service de santé) accentuent les difficultés quotidiennes.


Les troupes marocaines, comme les autres unités qui ont combattu en Italie, sont alors fatiguées. Elles ont été au feu quasiment sans interruption depuis 1943. Les permissions sont rares et ne permettent pas de rentrer au pays. De plus, le manque de réserves en effectifs les empêche d'être relevées pour récupérer un peu.


Leurs pertes, depuis le débarquement de Provence, sont particulièrement élevées. A la mi-décembre, certaines unités ont perdu tous leurs officiers ou du moins un pourcentage très élevé. Par exemple, au 2e GTM, les officiers ont été réduits de moitié (24 sur 52) au cours des combats de Marseille et des Vosges. Les pertes globales (morts, blessés, malades et disparus) s'élèvent à 30 % pour les tabors marocains et la 4e DMM, à 50 % pour la 2e DIM et jusqu'à 103 % pour la 3e DIA ! Ce dernier pourcentage s'explique par le fait que tous les hommes de la division ont été au moins une fois blessés ou malades, entre août et décembre 1944.


Les renforts et l'amalgame des FFI ne suffisent pas à pallier tant de pertes. Or le Gouvernement provisoire de la République française n’a pas souhaité décréter une nouvelle mobilisation générale de la métropole comme en 1939. Ce qui accentue le malaise moral de ces unités et fait dire au général de Lattre de Tassigny, qu'à cette époque : « Le combattant venu d'Italie ou d'Afrique voit ses camarades tomber autour de lui sans que jamais un Français de France ne vienne combler les vides causés par la bataille (...) il ne voit toujours personne venir compléter les unités qui fondent (...) ».


Sentiment d'abandon et d'oubli qui va perdurer jusqu'à la fin de la guerre, comme l'illustre ce rapport d'un chef de bataillon du 4e RTM, en mars 1945 : « Tous ceux qui, permissionnaires ou évacués, reprennent contact avec le pays en rapportent une impression amère difficile à dissiper. Ils y ont senti en effet que la population (...) semble n'accorder qu'un intérêt distrait à cette infime partie d'elle-même qui, cependant, au prix d'efforts longs et douloureux, se consacre à la tâche la plus importante pour la communauté entière : gagner la guerre et la gagner rapidement. »


Propos corroborés par l’analyse du général de Gaulle : « Pour beaucoup de gens, la libération équivaut à la fin de la guerre et ce qui s’accomplit, depuis dans le domaine des armes ne présente pas d’intérêt direct. » 


Enfin, les soldats issus de l'armée d'Afrique estiment que la presse nationale minimise leurs « exploits pour mettre en relief ceux des FFI aux côtés des Alliés. », selon les termes du général de Lattre de Tassigny. Ce dernier décide donc de créer, fin 1944, une véritable unité de presse, chargée de couvrir les actions de la 1ère armée française. 


La fatigue physique et la crise morale, qui frappent les unités de l'armée d'Afrique, n'entament pas cependant leur détermination et leur courage au combat, comme les soldats marocains vont le prouver une fois de plus, fin décembre, en faisant face à l'opération allemande Nordwind...


LES TROUPES MAROCAINES DANS LA LIBERATION DE L'ALSACE : JANVIER- FEVRIER 1945


Le 16 décembre 1944, les Allemands lancent une grande offensive dans les Ardennes en secteur américain, qui constitue leur ultime espoir de renverser le sort des armes sur le front de l’Ouest.


Parallèlement, ils déclenchent le 31 décembre une autre attaque, l'opération Nordwind, qui a pour objectif de reprendre aux Français l'Alsace, en partie libérée. Pour des raisons symboliques, de Gaulle ordonne à de Lattre de Tassigny de tenir à tout prix et de protéger Strasbourg, qui est menacée. Début janvier, aux côtés de leurs camarades de la 1ère armée française et d’unités américaines, les troupes marocaines subissent de plein fouet cette offensive allemande. 


Les combats d'infanterie et de chars sont acharnés, comme à leur habitude depuis la première bataille des Vosges. Ils se déroulent dans des conditions climatiques effroyables, par un froid glacial avec des températures qui atteignent les moins trente degrés, sous la neige, au milieu des champs de mines. Un tirailleur du 5e RTM dit à ce sujet : « En Alsace, la guerre était terrible, tellement terrible que je ne peux pas donner de détails ! » Ecrasé par les obus allemand, un GTM perd 257 de ses hommes. Les combattants marocains, à l'image des autres troupes franco-américaines, sont à bout ! Mais ils s'accrochent, résistent aux attaques allemandes et par une série de manoeuvres astucieuses, appuyées par une puissance de feu redoutable, grâce à l'aviation, à l'artillerie et aux blindés, réussissent à enrayer la progression de l'adversaire. Mi janvier, l'opération Nordwind a donc échoué, comme d'ailleurs l'offensive des Ardennes définitivement brisée quelques jours auparavant. Les Alliés peuvent reprendre l’initiative.


Ainsi, pour en finir avec la poche allemande de Colmar, le général de Lattre de Tassigny monte deux attaques convergentes sur la plaine d'Alsace : sur le flanc sud de la poche, le 1er  corps d’armée français, auquel appartiennent la 4e DMM commandée à présent par le général de Hesdin et la 2e DIM ; sur le flanc nord, le 2e corps d’armée français, qui comprend notamment les 1er et 2e GTM ainsi que la 2e DB temporairement. L'offensive est déclenchée le 20 janvier 1945, au plus fort de l'hiver, en pleine tempête de neige. Tirailleurs, goumiers et spahis marocains évoluent dans un relief bouleversé, hérissé d'effroyables difficultés. Pendant de longues journées et des nuits atroces, les corps à corps épuisants succèdent aux coups de feu et à l'enfer des pilonnages d'artillerie. La bataille, impitoyable, reste indécise jusqu'à la fin janvier.


Début février, la situation finit par évoluer en faveur de la 1ère armée française et des  divisions américaines engagées à ses côtés. Ainsi le 3e GTM,  rattaché à la 10e division d’infanterie française dans le secteur des Vosges centrales, contribue  au succès des opérations autour de Munster, qui permettent de déboucher sur la plaine d’Alsace. Parallèlement, les goumiers du 2e corps d’armée français libèrent Sélestat, au nord de la poche de Colmar. Sur le flanc sud, les tirailleurs et les spahis marocains des 2e DIM et 4e DMM forcent le passage de la Thur, délivrant de nombreuses communes alsaciennes qui ont été l'enjeu de furieux combats, comme Cernay. Le 2 février Colmar est libérée par les Français et les Américains. Trois jours plus tard, à Rouffach, le 4e RSM et la 1ère DB française font leur jonction avec la 12e DB américaine en provenance du nord : la poche de Colmar est coupée en deux !


Au cours de ces combats très rudes, nombreuses sont les citations à l'ordre de l'armée qui rendent hommage au comportement admirable des troupes marocaines. Telle cette citation décernée au 2e bataillon du 1er RTM : « Splendide bataillon de tirailleurs (...). Engagé le 20 janvier 1945 au nord de Thann (...). Gravissant des pentes abruptes et fortement enneigées, (...) a submergé un adversaire surpris par la vigueur de l'attaque. (...) a progressé dans une tourmente de neige, surmontant dans des prodiges de volonté et d'énergie, des difficultés dues autant à la résistance de l'ennemi qu'à d'effroyables conditions atmosphériques, et atteint l'objectif en fin de journée. (...) »   


Finalement, le 8 février 1945, le général de Lattre de Tassigny peut lancer son communiqué de victoire : « Au vingt-et-unième jour d'une âpre bataille au cours de laquelle les troupes américaines et françaises ont rivalisé d'ardeur, de ténacité et de sens manoeuvrier, l'ennemi a été chassé de la plaine d'Alsace et a dû repasser le Rhin (...) »


LE BILAN DE LA LIBERATION DE LA FRANCE POUR LES TROUPES MAROCAINES


Du fait de la censure allemande, la population française de métropole avait ignoré, dans sa grande majorité, les exploits des combattants marocains au cours de la campagne d'Italie.


A partir du mois d'août 1944, elle découvre, admirative, ces valeureux guerriers au visage « couleur d'écorce », pour reprendre l'expression d'Edmonde Charles-Roux, alors jeune membre de l'état-major de la 1ère armée française. Fascinée notamment par « l'aspect fantastique » des goumiers, elle explique qu'« il n'existait pas de soldats plus magnifiques ».


Les populations chez qui ces soldats ont le plus longuement séjourné, en particulier dans le nord-est de la France, ont pu rapidement apprécier leurs qualités humaines. Ainsi, au Val d'Ajol, base de repos des GTM durant les combats des Vosges, les goumiers ont été littéralement adoptés par les habitants. Ces derniers ont été touchés par la gentillesse et le dévouement de ces hommes qui, le temps d'un instant, oubliaient la guerre en jouant avec les enfants ou en participant aux travaux agricoles, qui n'étaient pas sans leur rappeler leurs activités quotidiennes dans les montagnes de l'Atlas. Après avoir quitté leur cantonnement, il n'est pas rare que ces goumiers reçoivent de touchantes lettres de la part de civils qui les ont côtoyés, tel l'extrait de ce courrier écrit par une femme : « Monsieur Moha, je pense beaucoup à vous et ma petite Marie prie pour vous (...) »     


Pour ces Français les goumiers resteront à jamais des « soldats de la liberté », au même titre que les autres combattants marocains, tirailleurs, spahis, artilleurs, sapeurs… Tous ont combattu en France avec un courage et une ardeur admirables, que l’on a pu observer dans toutes les troupes de l’armée d’Afrique et des colonies. Citons le témoignage de Mohammed Salah, tirailleur marocain : « Ils étaient étonnés de voir des gens bronzés (...) et ils se demandaient qui nous étions ! Alors, ils hésitaient à sortir des caves, à sortir des abris, des endroits où ils se cachaient. Mais quand on leur disait : « Vous êtes libres, on est venus vous libérer, nous les Marocains » (d'autres disaient nous les Algériens ou les Tunisiens ou les Sénégalais), alors, à ce mot de « liberté », on voyait dans leurs yeux briller la confiance (...) on a même dansé à Châtenois (...) les gens ont fait un petit bal pour nous remercier, c'était bien. »


Une fois de plus, l'engagement des combattants marocains en France a été très précieux. Une fois encore, ils en ont payé le prix fort, avec leurs compagnons d'armes de la 1ère armée française. Début 1945, celle-ci compte 45 000 hommes mis hors de combat (9036 tués, 33 874 blessés et 1757 disparus) depuis le débarquement de Provence. Les effectifs des unités d'infanterie, déjà inférieurs de 20 % au début de janvier 1945, accusent, après la libération définitive de l'Alsace, un déficit de 35 à 40 %, en particulier dans les régiments de tirailleurs. Au sein de la  2e DIM, le 8e RTM durement éprouvé, est rapatrié au Maroc au mois de mars et remplacé par le 151e régiment d'infanterie, constitué de FFI. Les goumiers, pour leur part, dénombrent 510 tués et 2254 blessés. Très affaibli, le 3e GTM doit être aussi rapatrié au Maroc en avril et remplacé par le 4e GTM.


De la Nécropole nationale de Luynes en Provence, à celles de Rougemont en Franche-Comté et Sigolsheim en Alsace, les centaines de stèles musulmanes des combattants marocains, « morts pour la France », jalonnent ainsi le chemin de la Liberté tracé par la 1ère armée française d'août 1944 à février 1945. Chemin qui croise, comme nous l’avons vu, l’autre  route de la Liberté  ouverte par les Alliés depuis la Normandie en juin 1944, et sur laquelle sont aussi tombés des soldats marocains aux côtés de leurs camarades de la 2e DB. 



Christophe TOURON, professeur d'Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1995-2007) et au Collège Royal à Rabat (2003-2007). 


Date de création : 14/10/2004 @ 16:56
Dernière modification : 09/02/2007 @ 17:54
Catégorie : 2-Frères d'armes marocains et français
(1939-1945)

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Le Projet pédagogique 2002-2003

1-Le projet en images et ses prolongements en 2004 et 2005

2-Acteurs et partenaires

3-Objectifs

4-Calendrier et descriptif de l'action

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Le Projet pédagogique 2005-2006

1-Le projet en images et ses prolongements en 2007


2-Acteurs et partenaires


3-Présentation générale du projet


4-Calendrier et descriptif de l'action


5-Présentation de l'ouvrage "Ana ! Frères d'armes marocains dans les deux guerres mondiales" et Remerciements


6-Présentation de l'exposition sur les soldats marocains en 14-18 et 39-45


7-Présentation du recueil numérique sur le Carré musulman de Douaumont


8-Recueil de poèmes rédigés par les élèves


9-Textes d'élèves primés au concours "André Maginot"


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