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(1939-1945)

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J/ La campagne d'Allemagne et d'Autriche 1945

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OBJECTIF RHIN


En février et en mars 1945, les forces alliées accentuent leur pression sur l'Allemagne nazie, avec pour objectif le Rhin ! Si le fleuve a déjà été atteint au nord par les Britanniques et au sud par les Français, à la fin de l'année 1944, il n'a pas encore été franchi.


Avant de longer le Rhin, les Américains, qui occupent le centre du dispositif allié, doivent d'abord rompre les fortifications de la ligne Siegfried. Ils y parviennent après de rudes combats qui leur permettent de pénétrer en territoire allemand et d'atteindre le fleuve, au cours du mois de mars. Le Rhin est alors franchi le 7 mars, par les Américains, sur le célèbre pont de Remagen. Le 23 mars, c'est au tour des Anglo-canadiens de le traverser.


Dans cette grande offensive vers le coeur du IIIe Reich, les Français reçoivent une mission purement défensive qui consiste à contrôler le Rhin, en Alsace.


L'IMPORTANCE DU FRANCHISSEMENT DU RHIN POUR LA FRANCE


De tels projets pour la 1ère armée française ne peuvent être acceptés par de Lattre de Tassigny, encore moins par le général de Gaulle.


Au cours de la conférence de Yalta, en février 1945, réunissant les Américains, les Britanniques et les Soviétiques, la France a bien obtenu grâce à la Grande-Bretagne une zone d'occupation dans l'Allemagne de l'après-guerre, au même titre que ses alliés… mais sans que son tracé en soit arrêté.


Le franchissement du Rhin est donc essentiel pour la France : il doit lui permettre de participer à l'invasion du Reich et de se tailler, par les armes, une zone d'occupation qui ne soit pas réduite à la portion congrue. Il y va de la place de la France dans le concert des vainqueurs ! Au début du mois de mars, de Gaulle ordonne donc à de Lattre de Tassigny de mettre tout en oeuvre pour parvenir à ce résultat.


LES PREPARATIFS FRANÇAIS POUR FRANCHIR LE RHIN


Franchir le Rhin dans la zone française, depuis l'Alsace, reviendrait à se heurter à trois obstacles successifs : le fleuve, large de 250 mètres, des fortifications de la ligne Siegfried particulièrement denses, puis la Forêt Noire. Il faut donc trouver pour la 1ère armée française une meilleure zone de franchissement.


La reprise de l'offensive générale alliée, à la mi mars, lui en fournit l'occasion. Le 19 mars, les tirailleurs tunisiens de la 3e division d'infanterie algérienne (3e DIA) sont les premiers à pénétrer sur le sol allemand, au nord de l'Alsace. Le 24, les goumiers du 1er groupement de tabors marocains (1er GTM) s’élancent sur les fortifications de la ligne Siegfried. Terrible assaut qui leur coûte, après seulement une demi-heure, 40 morts et blessés, dont le chef du    3e tabor. Après quatre vagues refoulées furieusement, les goumiers réussissent enfin à percer une brèche, par laquelle s'engouffre la 3e DIA. Cette action est saluée par une citation à l'ordre de l'armée valorisant le fait que le 1er GTM  « a franchi la ligne Siegfried en tête de la 3e DIA et de la 1ère armée française (...) malgré les très vives réactions de l'ennemi. (...). A ainsi ajouté une nouvelle page au livre de gloire des Goums Marocains. » 


Au soir du 25 mars, la 1ère armée française est donc solidement implantée en Allemagne, sur ce sol qui « électrise » ses hommes, selon l'expression du général de Lattre de Tassigny.  Elle a également réussi à étendre d'une vingtaine de kilomètres plus au nord, le secteur imparti aux Français le long du Rhin. Mais ce n'est toujours pas suffisant, car la rive opposée y est tout aussi hostile qu'auparavant... Reste donc le secteur américain ! 


Le commandant du Génie de la 1ère armée française fait donc explorer discrètement les rives du Rhin, quelques kilomètres plus au nord, dans la région de Germersheim et de Spire, en zone américaine : les résultats sont concluants ! De Lattre de Tassigny se rend alors au PC du général américain Devers, commandant du 6e groupe d'armées, dont la 1ère armée française dépend, afin d'obtenir l'extension du secteur français le long du Rhin, jusqu'à Spire.


Une fois l'accord obtenu, c'est une course de vitesse qui s'engage pour les Français. Nous sommes le 27 mars, les armées américaines, plus au nord, se sont déjà profondément engagées au-delà du Rhin. Il faut donc improviser un franchissement du fleuve, dont la date est fixée au 31 mars. La hâte de De Lattre de Tassigny est partagée par de Gaulle, qui lui adresse, le 29 mars, ce message : « Mon cher général, il faut que vous passiez le Rhin, même si les Américains ne s'y prêtent pas et dussiez-vous le passer en barque. Il y a là une question du plus haut intérêt national. Karlsruhe et Stuttgart vous attendent, si même ils ne vous désirent pas... »


Le franchissement aura bien lieu le 31 mars, mais avec quels moyens de fortune ! En l'absence de pont praticable, il va falloir franchir le fleuve avec des embarcations, or le Génie français ne peut aligner que 82 bateaux pneumatiques ou en bois, d'une capacité chacun de 6 à 12 hommes selon les modèles. Bien peu pour un franchissement en force !  


LA 2e DIVISION D'INFANTERIE MAROCAINE, FER DE  LANCE DU FRANCHISSEMENT DU RHIN : LE 31 MARS 1945


Le commandement français décide que l'effort principal de franchissement sera confié à la 2e division d’infanterie marocaine (2e  DIM), couverte au nord par la 3e DIA et au sud par la 9e division d'infanterie coloniale (9e DIC). Une fois de plus la confiance est accordée à cette division marocaine, l'une des plus expérimentées, depuis son premier engagement en Italie, en 1943. De Lattre de Tassigny précise : « Elle est chargée de l'action principale : c'est une vieille habitude pour cette magnifique grande unité qui a rompu les lignes du Garigliano et de la trouée de Belfort (...) ». 


Dans la région de Germersheim, c'est donc le 4e régiment de tirailleurs marocains (4e RTM) et le 151e régiment d'infanterie (151e RI) qui vont franchir les premiers le Rhin le 31 mars. Mais rien ne se passe comme prévu : déposés trop loin du lieu d'embarquement par les camions, les tirailleurs du 4e RTM doivent marcher plus de trois heures dans la nuit pour atteindre la rive gauche du Rhin... Où aucune embarcation ne les attend ! Après un moment de flottement, les tirailleurs finissent par trouver les bateaux du 101e régiment du Génie. Mais l'heure avance, les opérations ont pris du retard, le jour se lève et pour aggraver la situation l'artillerie, qui n'a pas été prévenue de ce contretemps, déclenche son barrage sur l'autre rive une heure avant que les premiers canots prennent le large... C'est donc à un franchissement de jour, au petit matin et sans effet de surprise, que doivent se résoudre les soldats de la 2e DIM. 


La première vague tente de franchir un rideau de feu dantesque, qui n'épargne quasiment aucune embarcation. Un bateau s'embrase, un deuxième sombre, cinq autres, privés de leurs navigateurs ou le propulseur en panne, s'échouent sur la rive de départ... Finalement, trois bateaux seulement atteignent la rive allemande : 30 tirailleurs un peu perdus, qui s'accrochent à la berge sous le feu nourri de l'ennemi ! Peu après, ils sont rejoints par quelques dizaines de camarades, apportés par une seconde vague de bateaux dont les pertes ont été aussi élevées durant la traversée. Dans ce ballet sanglant des embarcations, les propulsistes du 101e régiment du Génie font preuve d'un courage admirable, payé au prix fort : 6 propulsistes sont tués et 14 grièvement blessés sur les 48 désignés pour assurer le franchissement. La situation devient tellement critique que toute tentative de passage est suspendue au milieu de la matinée. Un tirailleur relate ces moments difficiles : « La traversée du Rhin fut effrayante, un grand nombre de soldats périrent noyés, plus que par les armes des Allemands. »


200 tirailleurs marocains se retrouvent ainsi isolés sur la rive adverse, tenant une tête de pont large de 200 mètres et profonde de 80 mètres, que tentent de réduire quatre contre-attaques allemandes, chaque fois repoussées par les Marocains, une fois de plus héroïques. Un commandant au 4e RTM s'exclame : « Il fait vraiment chaud ici ! (...) Je n'ai jamais rien vu de pareil ! » Un autre officier fait part de ses inquiétudes : « La situation n'est pas belle ! Sur notre gauche le 151e s'est fait rejeter dans le Rhin, et va tenter à nouveau le franchissement. Quant à nous, si nous n'avons pas pris le village [de Rheinsheim, un des objectifs du 4e RTM situé à un kilomètre du rivage] d'ici ce soir, nous serons le cul dans l'eau ! »


En fin de matinée, la situation s'améliore progressivement : renforcés par des effectifs, qui ont pu atteindre la rive droite du Rhin, les tirailleurs marocains s'emparent de plusieurs blockhaus et agrandissent la tête de pont. Les renforts peuvent alors traverser le fleuve, sans essuyer le feu de l'ennemi, et dans la nuit la tête de pont est bien établie. A la fin de la journée, un bataillon du 4e RTM compte à lui tout seul 28 morts et 36 blessés, une compagnie 35 tués et disparus (la plupart noyés) et 12 blessés. Le 151e RI accuse, quant à lui, 98 morts et 51 blessés. Le lendemain toutes les formations à pied de ces deux vaillants régiments passent sur la rive droite.


Parallèlement, dans le secteur conquis par la 3e DIA, à Spire, le Génie de la 1ère armée française construit son premier pont sur le Rhin, inauguré solennellement par de Gaulle, le 7 avril. Un second pont commence à être lancé à Germersheim. Dès lors, les 2e DIM et 3e DIA, réunies comme en Italie, peuvent se lancer sur Karlsruhe avec les autres unités du 2e corps d'armée français du général de Monsabert.


LA PROGRESSION DES TROUPES MAROCAINES EN ALLEMAGNE : AVRIL 1945


Le 4 avril, le 3e régiment de spahis marocains (3e RSM) est la première unité française à pénétrer dans Karlsruhe, suivie de la 9e DIC. Comme l'ensemble du 2e corps d’armée français, les éléments de la 2e DIM, ainsi  que les 1er et 4e GTM, continuent leur progression vers Stuttgart. Dans le sillage des blindés français, les tirailleurs marocains livrent des combats encore très durs pour dégager villages et villes du Sud-Ouest de l'Allemagne, où la résistance nazie reste farouche, comme aux abords de Pforzheim. Une semaine après la traversée du Rhin, l'unité la plus meurtrie de la 1ère armée française est ainsi la 2e DIM qui déplore 938 hommes hors de combat !


Bien qu'éprouvée, cette division marocaine, commandée à présent par le général de Linarès, se voit confier une autre mission importante : détournée de Stuttgart, elle doit participer à la prise de Freudenstadt, dans la Forêt Noire, qui doit permettre ensuite la grande manoeuvre d'encerclement des forces allemandes présentes dans la région, confiée au 1er corps d'armée français du général Béthouart.    


Affectée à la garde de la rive gauche du Rhin depuis février, La 4e division marocaine de montagne (4e DMM) entre en Allemagne le 16 avril, justement au sein du 1er corps d’armée, afin de participer activement à cette opération d'encerclement. Pour assurer le succès de ce plan, auquel participe également le 2e GTM, les tirailleurs de la division de montagne doivent marcher en direction du sud, à l'allure des blindés français ! Alors que le Danube est franchi le 21 avril par le 4e RSM, en direction de la frontière suisse, une série de « bouchons » est déployée face aux issues de la Forêt Noire, sur plus de quarante-cinq kilomètres de front. Le 24 avril, d'importantes unités SS tentent de rompre cet encerclement. Elles échouent après trois jours de combats acharnés, où s'illustrent brillamment les soldats marocains de la 4e DMM, appuyés par les blindés et les avions français. Tels ces artilleurs du 64e régiment d'artillerie d'Afrique, un moment encerclés, et qui choisissent de tirer à bout portant pour rompre la vague des assaillants. Tel ce bataillon du 1er RTM, bien qu'en nombre très inférieur, qui réussit à clouer sur place l'ennemi, contraint de se disperser dans le plus grand désordre. Citons enfin l'exemple de cette compagnie du 6e RTM qui réussit à interdire le passage à des SS, dans un village totalement incendié, en y perdant le tiers de ses effectifs. Cet héroïsme vaut à la 4e DMM une citation à l'ordre de l'armée, dont voici un extrait : « (...) Elle se distingue tout particulièrement, du 24 au 26 avril, en brisant de très nombreuses et très violentes tentatives des divisions allemandes qui s'efforcent de se frayer un passage vers l'est. En quatre jours, elle anéantit le XVIIIe corps allemand, détruisant ou capturant la totalité de ses éléments. (...) » 


Parallèlement, les goumiers marocains, attachés à la 3e DIA, participent aux opérations aboutissant à la prise de Stuttgart par l'armée française, le 21 avril, puis au nettoyage de sa périphérie. Chargés pareillement de ratisser le terrain, mais sur une plus grande échelle, les tirailleurs de la 2e DIM prennent la direction du sud-est, vers le Jura souabe, dans le sillage des blindés français. Pour sa part, Le 3e RSM atteint à son tour le Danube à Sigmaringen, le 24 avril. 


Des soldats marocains s'illustrent aussi au sein du 1er régiment de chasseurs d'Afrique : cantonnés normalement à l'entretien des véhicules, les meilleurs tireurs d'entre eux sont sollicités, depuis l'Alsace, pour monter accroupis sur l'arrière les tanks, armés d'une carabine, afin de neutraliser les « snipers » (tireurs d’élite embusqués) allemands, qui ont pour cibles privilégiées les chefs de char debout dans leur tourelle. Grâce à leur « oeil de   crécerelle » et à une adresse au tir hors pair, ces combattants marocains sont d'une efficacité redoutable !  


Le 24 avril, le général de Lattre de Tassigny, peut lancer son fameux ordre du jour à ses soldats : « Vous venez d'inscrire sur vos Drapeaux et sur vos Etendards deux noms chargés d'Histoire et de Gloire française : RHIN et DANUBE (...) » Deux noms qui sont dès lors associés pour la postérité à la 1ère armée française, qui devient l’armée Rhin et Danube !  


Fin avril, suivant le mouvement général de la 1ère armée française, la 2e DIM et la 4e DMM, associées respectivement aux 1ère et 5e divisions blindées (1ère et 5e DB), avancent rapidement vers le sud et l'est de l'Allemagne, droit sur l'Autriche, en faisant des milliers de prisonniers. Du 25 au 27 avril, les Marocains de la 2e DIM en capturent ainsi 15 000.  A cette époque, sur le front ouest, les Allemands se rendent d'ailleurs au rythme effréné de 30 000 soldats par jour ! L'avance générale se poursuit à si vive allure, qu'une partie des tirailleurs marocains de la 4e DMM doit être transportée par bateau, sur le lac de Constance, afin de rejoindre les blindés à temps, pour franchir la frontière autrichienne.


LES TROUPES MAROCAINES SUR LA FRONTIÈRE ET LE TERRITOIRE AUTRICHIENS : DEBUT MAI 1945   


Les 2 et 3 mai, le gros de la 4e DMM, suivi par le 2e GTM, entre en Autriche, pour se déployer dans les vallées et le relief montagneux du Vorarlberg. La 4e DMM s’emploie à y ratisser le terrain conquis par la 5e DB, face à des troupes de la 24e armée allemande, qui se contentent surtout de ralentir la progression des éléments motorisés français en provoquant des destructions importantes. Les deux divisions françaises traquent l'ennemi sans répit, afin d'éviter tout risque de guérilla organisée dans un relief qui constitue un réduit propice à ce genre d'action. De son côté, la 2e DIM finit de nettoyer le sud de la Bavière en se portant sur la frontière autrichienne, face à la région du Tyrol.


Dans le même temps, le 3e escadron du 1er régiment de marche de spahis marocains (1er RMSM) participe, au sein de la 2e DB du général Leclerc, à la prise du célèbre chalet d'Hitler, le Berghof, qui domine la ville allemande de Berchtesgaden sur la frontière autrichienne, à plus de 1800 mètres d'altitude. Le 5 mai, prenant de vitesse les Américains, qui sont déjà présents dans la ville mais qui sont mal renseignés sur l'emplacement du « nid d'aigle », un groupement avancé de la 2e DB s'engage dans une folle course avec ses jeeps et ses véhicules blindés légers, pour arriver le premier dans ce haut lieu symbolique. Belle revanche pour les soldats marocains et français du 1er RMSM, dont l'unité déplore, depuis son débarquement en France, 164 tués ; soit des pertes supérieures à celles du RMSM durant toute la Première Guerre mondiale. En hommage à l'action de ces spahis marocains et à leurs sacrifices consentis dès 1940, au sein des Forces françaises libres (FFL), le 1er RMSM recevra en août 1945  la Croix de la Libération, dont s'enorgueillissent dix-sept autres unités FFL ! 


Alors que la guerre touche à sa fin, des spahis marocains du 3e RSM et des chasseurs alpins, de la 2e DIM, participent à un véritable exploit sportif. Dans la nuit du 4 au 5 mai, une expédition est montée afin d'atteindre le col de l’Arlberg, qui culmine à 1801 mètres d'altitude. Après un périple de 30 km dans la neige et le franchissement d’une crête de 2550 mètres, soldats français et marocains couronnent l'Arlberg, le 6 mai. Un dernier sommet vient d'être inscrit au « palmarès » des troupes franco-marocaines ! En évoquant cette nouvelle performance, le maréchal allemand Kesselring rend cet hommage : « Comme en Afrique et en Italie, les divisions françaises ont montré leur habileté dans le combat de montagne dans lequel le commandement allemand ne pouvait leur opposer aucune force équivalente. » 


Le 7 mai 1945, après avoir bousculé les dernières résistances ennemies, les éléments avancés des deux divisions marocaines font leur jonction, dans la neige des Alpes autrichiennes, quelques heures avant la capitulation de l'Allemagne nazie.


Le même jour, un drapeau tricolore est planté au sommet de l’Arlberg… « Dans les vallées, dans les plaines, dans les milliers de villages du Palatinat, du pays de Bade, du Wurtemberg, de la Bavière et de l’Autriche, ce même drapeau, enfin débarrassé des derniers lambeaux du crêpe de 1940, projette son ombre sur les 80 000 kilomètres carrés du Grand Reich hitlérien conquis par nos armes. » (général de Lattre de Tassigny)


LA QUESTION DES EXACTIONS IMPUTEES AUX SOLDATS NORD-AFRICAINS EN ALLEMAGNE


Le souvenir douloureux de l'occupation allemande en Europe et la découverte de l’horreur des camps de concentration nazis, tel que celui de Vaihingen libéré par la 3e DIA, attisent chez de nombreux soldats alliés de vifs ressentiments à l’égard des Allemands, qui confinent à la haine et à la vengeance.


Face à des civils qui se plaignent ainsi des vols dans leurs poulaillers, le lieutenant Jacques Augarde, qui appartient à un goum du 1er GTM, estime que pendant cinq ans les Allemands    « avaient mangé des poulets, des canards et des oies devant nos familles, contraintes à une longue cure de topinambours et de rutabagas. Nous avions appris d'eux que les vainqueurs ont le droit de bien se nourrir. » 


Dans l’armée française, des officiers ont fait croire aux combattants nord-africains qu'en Allemagne, pays ennemi, ils pourraient faire ce que bon leur semble, tel un dû après tant de souffrances consenties. C’est ce qu’illustrent les cris de certains tirailleurs en entrant sur le sol du Reich nazi : « Chez les « Bouches », on va faire tout ce qu'on voudra ! ». Ces propos, combinés à l'atavisme guerrier des goumiers en particulier, ont certainement stimulé un goût prononcé pour la razzia, du moins dans les premiers jours. Un officier français le reconnaît : « Nous avons du mal à tenir les goumiers, ils ne comprennent pas notre attitude clémente envers les Allemands. Nous leur avons dit pendant des années que les Allemands étaient des ennemis. »


Les écarts de comportement observés chez certains de ces soldats sont alors amplifiés par la rumeur populaire. Un correspondant de guerre américain raconte que « quand on pressa une famille de donner un exemple précis d’actes de terrorisme, commis par [des] indigènes, celle-ci avoua qu’aucun acte de cette sorte n’avait été commis dans leur village, mais qu’elle avait entendu raconter ces histoires qui se seraient passées dans un village voisin » !


En effet, conditionnés par le souvenir de la « Honte noire » et la propagande nazie, les civils allemands continuent de ne voir dans les troupes nord-africaines que le « Schwarz » aux moeurs dépravées, qui suscite aversion et peur. Le témoignage d’un journaliste qui suit l’armée française en Allemagne est très révélateur sur ce point : « Quand les populations d’un village conquis voient arriver les goumiers, elles sont saisies de panique. (…) j’ai vu dans  des caves des femmes suffoquer de terreur en voyant entrer un goumier. »


Au sujet des viols, un chef de bataillon du 4e RTM, précise avec une certaine ironie « qu'il y en a eu (...) mais il ne faudrait surtout pas exagérer (...). Les tirailleurs arrivent parfaitement à leurs fins et sans employer la violence, bien au contraire (...). Que l'on nous laisse donc tranquille avec le vieux cliché de la « Honte noire » ». De fait, si des violences sexuelles ont été perpétrées par des soldats nord-africains, notamment marocains comme à Stuttgart, ce phénomène reste limité au sein de l’armée française.


Rappelons que la hiérarchie militaire ne tolère aucunement ces actes d’indiscipline. Le 9 avril 1945, le général Monsabert l’exprime clairement : « Tout homme convaincu de viol ou d’acte de pillage doit être abattu sur-le-champ. » Or du 26 avril au 6 mai, on ne dénombre que onze exécutions de soldats marocains, algériens et tunisiens pour faits de viols, parmi des milliers de combattants nord-africains présents sur les territoires allemand et autrichien. Soldats d’ailleurs encore souvent occupés à se battre et qui n’ont que peu de répit !


Ainsi, dans nombre de cas d’exactions réelles ou supposées, les tirailleurs nord-africains et les goumiers apparaissent à nouveau comme des boucs émissaires. Si des excès en Allemagne ont bien été commis au sein de l’armée française, « généralement par des indigènes d’unités nord-africaines », comme le reconnaît le général de Lattre de Tassigny, il convient donc d’en relativiser l’ampleur à l’instar de la campagne d’Italie et de ne pas non plus les stigmatiser, au regard des abus relevés dans les autres armées à la même époque.


En effet, des exactions s’observent en Allemagne dans toutes les armées alliées avec plus ou moins d’intensité. Si elles restent sporadiques sur le front de l’Ouest, elles présentent au contraire un caractère systématique sur le front de l’Est, où l’on impute à l’armée Rouge des centaines de milliers de crimes sexuels. Autant de violences qui constituent le corollaire de la guerre et de son funeste cortège de brutalisation et de souffrances, dont sont souvent victimes les civils… Sur ce point, le second conflit mondial atteint un degré supérieur encore à celui de la Grande Guerre, incarné en premier lieu par cette vision d’épouvante des camps de la mort  et de la barbarie nazie.


BILAN DE LA CAMPAGNE D'ALLEMAGNE ET D'AUTRICHE POUR LES TROUPES MAROCAINES


Au cours de la brillante campagne de l'armée française en Allemagne et en Autriche, les troupes marocaines ont eu, de nouveau, un comportement au feu remarquable et souvent décisif, comme lors du passage du Rhin par la 2e DIM, primordial pour la France sur le plan politique, ou durant les combats de la Forêt Noire. A elle seule, la 4e DMM a capturé 22 000 prisonniers en seulement trois semaines de combats. Formidables coureurs de steppes et de montagnes, les combattants marocains ont aussi fait preuve de leur grande résistance lors des longues marches, menées à un rythme effréné, sur les routes et les sentiers du Reich nazi, enfin terrassé.


Une fois de plus, les nombreuses citations et décorations obtenues par les combattants marocains durant cette campagne prouvent la valeur de leur engagement. Comme le rappelle Mohamed Halmani, ancien sous-officier dans les tirailleurs : « Ces médailles je les dois à mon courage. J'étais chef de groupe et je faisais office d'adjoint du chef de section. Lorsque le chef est mort je l'ai remplacé. J'ai obtenu ces médailles sur le champ de bataille. J'ai été blessé à trois reprises en Italie, en France, en Allemagne. Ces médailles n'ont pas été distribuées à n'importe qui. Elles ont été attribuées aux vaillants et courageux soldats. »



La participation des troupes marocaines à la victoire finale, en Allemagne et en Autriche, contribue à la présence des autorités françaises, le 8 mai 1945, aux côtés des Américains, des Britanniques et des Soviétiques, lors de la signature de la capitulation allemande à Berlin. Le 9 mai, d'une plume éloquente, le général de Lattre de Tassigny signe son ordre du jour, adressé à ses soldats de la 1ère armée française, d'horizons si divers mais ayant en commun leur invincibilité sur les champs de bataille, en 1944-1945: « Le jour de la Victoire est arrivé. A Berlin, j'ai la fierté de signer au nom de la France, en votre nom, l'acte solennel de capitulation de l'Allemagne. (...) Vous avez par vos efforts, votre ferveur, votre héroïsme, rendu à la Patrie son rang et sa grandeur. Vos drapeaux flottent au coeur de l'Allemagne. (...) De toute mon âme je vous dis ma gratitude. Vous avez droit à la fierté de vous même comme à celle de vos exploits. (...) Soldats vainqueurs, vos enfants apprendront la nouvelle épopée que vous doit la Patrie. » 


Epopée glorieuse, épopée sanglante... Depuis la Provence, 13 874 soldats de la 1ère armée française ont été tués, dont des centaines de combattants marocains. Au cours de la seule campagne d'Allemagne et d'Autriche, la 2e DIM compte 1684 hommes tués, blessés et disparus. Les goumiers déplorent, quant à eux, 228 tués et 785 blessés. 


Au lendemain de la Victoire, le général Guillaume, leur rend cet hommage appuyé : « Officiers, sous-officiers, goumiers des 1er, 2e, 3e, 4e GTM. (...) Cette victoire éclatante vous l'avez obstinément préparée sur tous les champs de bataille, de novembre 1942 à avril 1945, de la Tunisie au Neckar et au Danube. (...) Vos pertes ont été lourdes. Depuis la Tunisie, 7500 des vôtres sont tombés, tués ou blessés (...). L'Allemagne vous craint. La France vous acclame. Les Alliés vous admirent. Votre chef qui, aux heures les plus sombres de la défaite, mit sa foi en vous et vous prépara, dans l'ombre, pour la revanche, et qui, tant de fois, vous lança à l'assaut, est fier de vos succès. Vous pouvez rentrer au Maroc la tête haute. Déjà vos hauts faits sont entrés dans la légende. (...) »


LES TROUPES MAROCAINES DANS L'ALLEMAGNE ET L'AUTRICHE OCCUPEES


Avant de retrouver effectivement leur terre natale, que la plupart n'ont plus revue depuis des années, les soldats marocains participent aux missions d'occupation de l'Allemagne et de l'Autriche parmi les autres troupes de la 1ère armée française. La 4e DMM est ainsi désignée pour aider à l'administration de la zone d'occupation française en Autriche : maintien de l'ordre, traque des responsables nazis, aide au ravitaillement… Tâches fastidieuses pour des hommes habitués au baroud, mais ô combien importantes pour la reconstruction de territoires dévastés et le rétablissement d'une paix durable.


Pendant l’été 1945, les limites de la zone d’occupation française en Allemagne sont officiellement fixées : 10 % de la population et du territoire allemands passent officiellement sous la responsabilité de la France. 


Et ce alors même que se pose le problème du ravitaillement de l'armée française, avec la fin de l'assistance américaine. Un officier du 4e RTM note ainsi : « Peu de pommes de terre et légumes secs. Pas de légumes verts, ni de fruits (...). Pourquoi a t-on attribué aux tirailleurs qui aiment le bon café et le bon thé un produit infect, ressemblant à de l'avoine grillée ? ».


S’y ajoute chez les soldats de l'armée d'Afrique le même sentiment rampant, depuis l'hiver 1944-1945, que la France leur porte peu d'attention. Un fléchissement du moral est même observé dans les unités de tirailleurs depuis la fin des combats. Phénomène accentué chez les Algériens, qui sont troublés par les évènements dramatiques de Sétif (émeute nationaliste algérienne et répression française) en mai 1945.


Néanmoins, les combattants marocains vont s’acquitter de leurs missions d'occupation avec rigueur et efficacité, jusqu’à leur relève qui interviendra au terme de l'année 1945 ou au début de 1946. 


Durant ces quelques mois de présence en Allemagne et en Autriche, les « Guerriers du Soleil couchant » goûtent aussi un repos mérité, ponctué de parties de football, une nouvelle passion pour les Marocains, et de méchouis partagés avec leurs compagnons d'armes français. Humant le parfum de la Victoire, de nombreux soldats marocains sont aussi associés aux diverses manifestations célébrant la chute de l'hydre nazie. Outre les défilés, comme à Stuttgart le 13 mai ou à Fribourg le 5 octobre 1945, les troupes marocaines participent à des réceptions de personnalités militaires et civiles. C'est le cas du 2e GTM, le 15 juin 1945, qui organise une somptueuse fête sur les bords du lac de Constance, en l'honneur des généraux de Lattre de Tassigny et Devers, accueillis au son des « youyou » dans un campement traditionnel berbère, reconstitué pour l'occasion !


Le 25 juin, d'importants détachements de la 2e DIM, de la 4e DMM et du 2e GTM sont rassemblés à Bregenz pour parader devant Sidi Mohammed ben Youssef en personne. Le Sultan du Maroc tient alors en effet à saluer les fils de son peuple, qu'il a appelé de ses voeux à soutenir la France contre le nazisme et le fascisme en 1939 puis de nouveau en 1943.


En 1993, le Roi du Maroc Hassan II, s'adressant à une délégation de Sénateurs français, reviendra sur cet appel en délivrant aux combattants marocains leurs lettres de noblesse :« Les troupes marocaines qui ont participé à la Deuxième Guerre mondiale n'étaient pas des troupes coloniales. Elles n'ont pas été levées par le régime colonial, ce n'est pas le Protectorat qui les a levées. Ce sont les lettres lues dans les mosquées le jour du vendredi, dans le prêche du vendredi, les tournées qu'a faites mon père lui-même à travers tout le pays, qui ont entraîné ces hommes marocains à devenir, à vos côtés, les soldats de la liberté ! »


La visite de Sidi Mohammed ben Youssef à ces « combattants de la liberté », en Allemagne, laisse au général de Lattre de Tassigny « le souvenir de la ferveur manifestée par les tirailleurs marocains, les spahis et les goumiers envers leur Souverain. »


LE SULTAN DU MAROC, COMPAGNON DE LA LIBERATION : 28 JUIN 1945


Répondant à une invitation du Gouvernement provisoire de la République française, le Sultan du Maroc est arrivé en France quelques jours plus tôt, le 15 juin 1945 avec le Prince Héritier Moulay Hassan (futur Roi Hassan II), pour une visite officielle d'une grande force symbolique, puisqu'il s'agit du premier souverain à fouler le sol français depuis le 8 mai 1945. Le 18 juin, lors du défilé célébrant la Victoire et le cinquième anniversaire de l'Appel de Londres, auquel participent des détachements de goumiers et de tirailleurs marocains, Sidi Mohammed ben Youssef et sa délégation sont ainsi les hôtes d'honneur du général de Gaulle, dans la tribune officielle élevée place de la Concorde à Paris.


Dix jours plus tard, le général de Gaulle remet la Croix de Compagnon de la Libération à Sidi Mohammed ben Youssef, un des rares chefs d'Etat dans le monde à recevoir cette prestigieuse distinction (on dénombre 1038 Compagnons de la Libération, dont 44 étrangers, parmi lesquels le Sultan Sidi Mohammed ben Youssef, le général Eisenhower, Winston Churchill et le roi George VI).


Le gouvernement français reconnaît ainsi officiellement la fidélité du Sultan du Maroc et les sacrifices consentis par son peuple pour soutenir l'effort de guerre de la France. Sacrifices des combattants marocains bien sûr, mais aussi de la population civile marocaine. Durant tout le conflit, celle-ci a été soumise aux réquisitions, aux privations et au rationnement, sans oublier les efforts supplémentaires réclamés à sa main d’œuvre dans les exploitations agricoles, les mines et les usines du Maghreb ou de France !   


De par leur sacrifice suprême et les exploits réalisés au sein de l’armée française, les combattants marocains occupent une place de choix dans le vibrant hommage que le général de Gaulle adresse, le 28 juin 1945, au Sultan Sidi Mohammed ben Youssef et au peuple marocain : « La France est heureuse que le premier souverain accueilli sur son sol depuis la victoire soit précisément Sa Majesté Sidi Mohammed ben Youssef, dont les fils ont, une fois de plus, si vaillamment lutté à nos côtés. (...) Quand la France dut défendre sa civilisation et sa liberté, elle trouva non seulement les Français de la métropole, mais encore les admirables soldats marocains. Nous les avons vus sur tous les champs de bataille, en Italie, en France, en Allemagne. Partout, ils ont rivalisé de courage et d'esprit de sacrifice. »


Au total, de 1939 à 1945, 7000 à 9000 combattants marocains sont morts pour la France et environ 30 000 ont été blessés.


LE RETOUR DES COMBATTANTS MAROCAINS DE L’ARMEE FRANCAISE AU MAROC, AU LENDEMAIN DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE


Avec la Victoire qui marque la fin des hostilités en 1945, la dissolution programmée des deux divisions marocaines, ainsi que des GTM, signifie pour une majorité de combattants marocains leur retour au pays. Celui-ci est l’occasion d’une nouvelle traversée en bateau, moyen de transport que les Marocains connaissent bien depuis leur premier embarquement et les débarquements successifs qui ont rythmé la libération de l’Europe ! Accostant en Algérie, notamment à Oran, ou directement dans les principaux ports du Maroc, leur retour est parfois l’occasion de parades au cœur des villes de l’Empire chérifien.


C’est le cas des goumiers du 3e GTM et d’un détachement de tirailleurs à Fès à la fin du mois de mai 1945. C’est aussi celui du 2e GTM qui défile à Casablanca, en janvier 1946.


Les autorités militaires procèdent ensuite aux démarches administratives libérant progressivement les dizaines de milliers de combattants marocains de leur engagement sous le drapeau français, prélude à leur réinsertion plus ou moins heureuse dans la vie civile…


Préférant continuer une carrière militaire, nombre de soldats marocains restent dans l’armée française, souvent aux côtés de chefs auxquels ils se sont attachés. Ce choix va les mener jusque dans les rizières mortelles d'Indochine (1946-1954), puis pour certains à l'intégration des Forces Armées Royales (FAR) marocaines en 1956, au moment de l’indépendance du Maroc...


A l’image de leurs aïeuls qui ont combattu durant la Grande Guerre, les dizaines de milliers de combattants marocains engagés aux côtés de la France de 1939 à 1945 vont rester marqués par l’expérience de la guerre qu’ils ont vécue… Expérience traumatisante pour les corps et pour les esprits, qui laisse aussi le souvenir d’une profonde fraternité, dépassant les différences raciales, religieuses ou sociales : « Cette guerre nous a montré ce qu’est le malheur, les souffrances (…) Mais sur le front, nous les soldats marocains et français nous étions plus que des frères. » (colonel Mouloud Arbal)


EPILOGUE


Au cours du voyage officiel du Sultan Sidi Mohammed ben Youssef en France, au mois de juin 1945, le général de Gaulle affirme dans un discours, que « Devant la France et le Maroc, dont les liens indissolubles viennent d'être encore une fois consacrés par le sang versé en commun sur les champs de bataille, s'ouvrent de brillantes perspectives. »


Au lendemain de la guerre, ces « brillantes perspectives » vont malheureusement se perdre dans les errements de la politique française au Maroc face au mouvement nationaliste, dont Sidi Mohammed ben Youssef est le porte drapeau, qui revendique la fin du Protectorat et l'indépendance. Revendication qui s'appuie, entre autres, sur le rôle héroïque des troupes marocaines dans la Victoire et l'aspiration du peuple marocain à respirer pleinement l'air de la liberté. Cet air que le Maroc a justement contribué à rétablir aux côtés de la France et des Alliés dans une Europe asphyxiée sous le joug nazi.


Mais au-delà des vicissitudes d'une histoire partagée par le Maroc et la France, force est d'admettre que le lien du sang, tissé durant les deux guerres mondiales par les frères d'armes marocains et français, constitue encore aujourd'hui l'un des fondements essentiels du caractère exceptionnel des relations entre ces deux pays.


En écrivant l'une des pages les plus marquantes de leur vie, les soldats marocains engagés en 1914-1918 et en 1939-1945 ont aussi écrit l'un des chapitres les plus intenses de l'histoire du Maroc et de la France, à l'encre de leur sang. Mais ces pages semblent avoir été trop rapidement tournées… De nos jours elles sont souvent peu ou mal connues, voire même oubliées par une grande partie de la population de part et d’autre de la Méditerranée.


En France, qui se rappelle du courage et des sacrifices des combattants marocains et d’outre-mer dans l’enfer des tranchées de Verdun ou du Chemin des Dames ? Si ce drame fut d’abord franco-allemand, il ne peut se réduire à sa seule dimension européenne. Qui se souvient des exploits du Corps expéditionnaire français et particulièrement de ses combattants marocains en Italie ? Pour évoquer cette campagne, d’aucuns parlent à juste titre de « victoires oubliées de la France ». Enfin, combien discernent le rôle important des troupes marocaines et plus généralement des soldats du Maghreb et d’outre-mer dans l’armée de la Libération et la  reconquête par la France de son rang sur la scène internationale ? Pourtant comme nous l’avons vu les faits parlent d’eux-mêmes, souvent éclatants, parfois bouleversants...


Au Maroc, ces pages mériteraient aussi une place de choix dans la mémoire collective, à côté de l'émouvante litanie des héros populaires, des victimes anonymes de la résistance armée et du mouvement nationaliste marocain contre le Protectorat. Le tout contribuant au grand Livre des relations franco-marocaines de 1912 à 1956, marqué du sceau indélébile de quelques personnages illustres, dominés par Mohammed V, de Gaulle et Lyautey... Histoire complexe donc et passionnante, à la croisée des chemins de deux grandes nations !


Aujourd'hui, le Royaume marocain et la République française portent un regard sage et serein sur cette histoire partagée, en assumant ses zones d'ombre et de lumière, qui ont su être transcendées par les acteurs d'une coopération toujours plus étroite entre ces deux pays. Ainsi, en se fondant sur ce passé commun aux multiples facettes, le Maroc et la France ont pu développer des liens humains, culturels, politiques et économiques très étroits. Liens qui leur offrent l'opportunité de contribuer ensemble à un monde meilleur, avec un souci de tolérance et de dialogue entre les peuples afin que la paix et le développement ne soient pas de vains mots…   


Pour conclure, revenons sur cette épopée militaire franco-marocaine, faite de gloire et de souffrances, avec un extrait de la « Prière pour nos frères marocains » rédigée par le général Hubert, ancien commandant du 15e tabor durant la Seconde Guerre mondiale. Texte qui nous renvoie à l'une des dimensions les plus touchantes de cette histoire, la fraternité d'armes entre Marocains et Français, fragment d'humanité face aux horreurs et à l'abrutissement de la guerre : « Seigneur, dans votre infinie bonté, malgré notre orgueil et nos défaillances, si vous nous faites à la fin de nos épreuves la grâce de votre béatitude éternelle, permettez que les durs guerriers de Berbérie, qui ont libéré nos foyers et apporté à leurs enfants le réconfort de leur sourire, se tiennent auprès de nous, épaules contre épaules, comme ils étaient naguère sur la ligne de bataille, et que, dans la paix ineffable de votre paradis, ils sachent, ô qu'ils sachent, Seigneur, combien nous les avons aimés ! »


Afin que les sacrifices de ces combattants marocains n'aient pas été vains, sur les deux rives de la Méditerranée, puissent les hommes libres et tout particulièrement les jeunes générations ne jamais oublier…



Christophe TOURON, professeur d'Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1995-2007) et au Collège Royal à Rabat (2003-2007). 


Date de création : 14/10/2004 @ 16:57
Dernière modification : 21/04/2014 @ 00:29
Catégorie : 2-Frères d'armes marocains et français
(1939-1945)

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Le Projet pédagogique 2002-2003

1-Le projet en images et ses prolongements en 2004 et 2005

2-Acteurs et partenaires

3-Objectifs

4-Calendrier et descriptif de l'action

5-Remerciements

6-Présentation de l'exposition

7-Deux poèmes émouvants

8-Programme du voyage pédagogique en France

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Le Projet pédagogique 2005-2006

1-Le projet en images et ses prolongements en 2007


2-Acteurs et partenaires


3-Présentation générale du projet


4-Calendrier et descriptif de l'action


5-Présentation de l'ouvrage "Ana ! Frères d'armes marocains dans les deux guerres mondiales" et Remerciements


6-Présentation de l'exposition sur les soldats marocains en 14-18 et 39-45


7-Présentation du recueil numérique sur le Carré musulman de Douaumont


8-Recueil de poèmes rédigés par les élèves


9-Textes d'élèves primés au concours "André Maginot"


10-Programme du voyage pédagogique en France

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