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3-Débarquement américain et vie quotidienne
(1939-1945) - E/ La vie quotidienne au Maroc (2)

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UN PAYS EPARGNE PAR L'OCCUPATION ALLEMANDE


Durant la Seconde Guerre mondiale, le Maroc est une véritable terre d'asile pour les réfugiés de toutes origines, fuyant une Europe soumise au joug du nazisme et du fascisme. Il devient un lieu d'étapes pour ceux qui veulent s'enfuir en Amérique, dans les pays neutres ou continuer la lutte en gagnant l'Angleterre.


Pour toutes ces personnes, la vie au Maroc paraît plus douce qu'en Europe occupée. Malgré la pénurie et le rationnement, on y mange mieux qu'en France, qui doit faire face à un véritable pillage organisé par l'Allemagne. De plus, il n'y a pas de couvre-feu ni de terreur policière imposés par les Nazis. La présence allemande au Maroc, outre deux consulats à Tanger et Ceuta, se limite à des commissions militaires germano-italiennes, chargées de vérifier le respect des clauses de l'armistice de juin 1940.


Cette tâche est d'abord assurée par la seule commission italienne d'armistice, assistée par l'inspection du contrôle allemand pour l'Afrique (KIA), jusqu'au printemps 1941. Epoque à partir de laquelle l'Allemagne décide d'imposer son contrôle militaire exclusif sur le Maroc. Le général Schulteiss est le chef de cette inspection du contrôle allemand, qui se divise en deux commissions : l'une pour la marine et l'aviation, installée à Casablanca, l'autre pour l'armée de terre, siégeant à Fédala (Mohammedia).


A Casablanca, ces soldats allemands, assez discrets, vivent dans le quartier d'Anfa. S'ajoutent aussi quelques éléments de la Gestapo (police politique allemande) et des membres des services secrets nazis. Durant les premières années de la guerre, Casablanca se transforme, d'ailleurs, en véritable nid d'espions des pays belligérants !


LES MESURES ANTISEMITES


Bien qu'épargné par l'occupation allemande, le Maroc doit s'aligner sur la politique autoritaire et antisémite du régime de Vichy, de juillet 1940 à novembre 1942.  


Le Protectorat met ainsi en place les statuts discriminatoires établis par l'Etat français, en 1940 et 1941, qui excluent les juifs de l'enseignement, de la fonction publique et les écartent de secteurs majeurs de la vie économique. A Casablanca, par exemple, 26 avocats juifs sur 30 sont radiés du barreau et 13 médecins sur 16 sont rayés de l'ordre. Parallèlement, 10 000 juifs algériens, vivant au Maroc, sont privés de leur nationalité française et relégués au statut d' « indigène ». 


En août 1941, les israélites nouvellement installés dans les « quartiers européens » des villes marocaines depuis 1939, sont contraints, en théorie, de quitter les lieux . A Casablanca, une décision du pacha, en 1937, leur ayant interdit la nouvelle médina, ils n'ont d'autre choix que de s'entasser dans le mellah (quartier juif de l'ancienne médina) ou de quitter la ville.


Ces mesures discriminatoires frappent aussi les enfants israélites. Abraham Serfaty, alors sur les bancs du Lycée Lyautey de Casablanca, racontera plus tard : « s'il n'y eut pas d'arrestations, nous eûmes cependant droit aux interdits et exclusions. Ainsi ma soeur dut-elle quitter le Lycée, le numerus clausus qui la frappait m'ayant en revanche épargné. » Le soir, certains professeurs bravent ces mesures iniques et assurent des cours clandestins à ces jeunes victimes de l'antisémitisme ! Il faudra attendre 1943 pour que tous les élèves juifs retrouvent les bancs de leur classe et leurs camarades.


Enfin, quelques centaines de juifs français et étrangers, d'Europe centrale essentiellement, sont internés dans des « camps de séjour surveillé », véritables camps de travail, répartis sur le territoire marocain, comme à El Jadida, Ain Leuh, Beni Mellal, Bou Arfa, Tadla, Mrirt, Tazmamart, Agdz, et Ghbila. Ils y côtoient d'autres détenus français et marocains, des socialistes, des communistes et des francs-maçons. 


Néanmoins, ces internements ne concernent pas les juifs marocains et ne présentent pas de caractères systématique et massif pour les autres. Aucun  juif dans le royaume chérifien n'est déporté dans les camps de concentration et d'extermination nazis en Europe, échappant ainsi au plus terrible génocide de l'Histoire, surnommé la Shoah, qui entraîne la mort de plus de 5 millions de juifs.  Si les israélites du Maroc ont ainsi pu éviter le sort dramatique de leurs coreligionnaires d'Europe, ils le doivent en grande partie à la protection du sultan Sidi Mohammed ben Youssef et aux aménagements de la politique antisémite, qu'ont dû lui concéder les autorités du Protectorat, fidèles à Vichy. Vichy, dont l'autorité s'efface progressivement au Maroc après le débarquement des Américains, en novembre 1942, et avec elle toutes les mesures discriminatoires à l'encontre des juifs. 


Près de 250 000 juifs marocains ont donc globalement traversé les années 1940-1942 « à l'abri de toute persécution, la majorité d'entre eux ignorant l'existence de camps de travail forcé qui étaient mis en place au Maroc par le Régime de Vichy. (...) Les juifs marocains avaient subi un certain nombre de mesures comme l'inventaire des biens, mais ils n'ont jamais été inquiétés grâce à la protection salvatrice de feu SM Mohammed V, alors que des juifs français et étrangers avaient été incarcérés en secret par les autorités du Protectorat. » (Serge Berdugo, secrétaire général du Conseil des communautés israélites du Maroc, lors du 60e anniversaire de la Shoah, le 30 janvier 2005).


L'INTERNEMENT D'ESPAGNOLS ET D'ITALIENS


Une autre catégorie de population subit, sous Vichy, des mesures discriminatoires : les centaines de républicains espagnols réfugiés au Maroc depuis 1939, après la victoire de Franco et du fascisme en Espagne, au terme d'une terrible guerre civile. Beaucoup de ces réfugiés sont installés à Casablanca (ils représentent par exemple 15 % de la population du quartier du Mâarif). Cette communauté, dont les idéaux politiques de gauche ou d'extrême gauche sont exécrés par Vichy, est placée sous la surveillance des autorités du Protectorat. Des Espagnols sont même arrêtés et internés dans des camps, comme ceux d'Azemmour ou de Oued-Zem.


Les francs-maçons et les quelques résistants gaullistes, engagés de la première heure, sont également traqués par les autorités françaises, avec parfois le concours de la Gestapo et des services secrets allemands.


Après le débarquement américain au Maroc, en novembre 1942, le Protectorat, qui est passé dans le camp des Alliés, libère les républicains espagnols, les francs-maçons et les résistants français.


C'est au tour de la population italienne d'être suspectée... L'Italie fasciste de Mussolini étant l'alliée de l'Allemagne nazie. A Casablanca, par exemple, des Italiens sont enfermés dans un camp situé dans le Maarif : baraquements en bois avec fils de barbelés, pour ces hommes qui se font parfois traiter de fascistes... Par leurs propres voisins !


CASABLANCA BOMBARDEE


A l'aube du 8 novembre 1942, la population casablancaise est réveillée par le mugissement des sirènes de la ville, suivi d'une violente canonnade. La guerre, dans sa réalité la plus brutale et sa dimension la plus cruelle, arrive alors aux portes de Casablanca. L'US Navy bombarde, en effet, la marine française, en mouillage dans le port, qui a reçu l'ordre, du gouvernement de Vichy, de résister au débarquement américain au Maroc. Le pilonnage est intense, parfois des bombes ratent leur objectif et explosent dans les quartiers autour du port (dont l'ancienne médina) et même au-delà, faisant les premières victimes civiles de l'opération Torch.


Jacqueline Remer-Bardon, alors âgée de 13 ans, racontera :  « La sirène retentit. Que se passe-t-il en ce dimanche 8 novembre ? Nous nous apprêtions, maman et moi, à aller à la messe au Mâarif (...) quand mon oncle arrive essoufflé :  « Restez ici. La sirène sonne. Ne bougez pas ». Mon père prend son vélo et rejoint le centre de sécurité auquel il était affecté en cas de problème. Maman et moi, curieuses malgré tout, restons sur le trottoir et discutons avec les voisins. Tout à coup, un objet énorme passe au dessus de nous en sifflant. « C'est un obus ! » s'exclame un des voisins. En un instant, nous rentrons dans nos villas respectives et nous n'en bougeons plus. D'autres bruits étranges nous parviennent. Le soir même, à la radio, nous apprenons que les écoles et lycées seraient fermés le lendemain (...) » 


Pendant les trois jours, que durent la bataille de Casablanca, les civils, angoissés par la tournure des évènements, se terrent en effet dans leurs foyers. La ville perd alors sa légendaire agitation et son atmosphère fiévreuse. Casablanca évite cependant le pire, puisque le bombardement massif de la ville, prévu le 11 novembre par les Américains, est finalement annulé, après l'annonce du cessez-le-feu ordonné par le Résident général. La population casablancaise compte néanmoins des dizaines de morts et de blessés.


Quelques semaines plus tard, dans la nuit du 30 au 31 décembre 1942, un autre bombardement frappe la ville. Il s'agit cette fois d'un raid aérien allemand, mené par dix huit avions en provenance de Toulouse, qui a pour objectif les infrastructures du port, où s'accumulent le carburant et le matériel américain.


Gênés par les défenses anti-aériennes américaines, les appareils lancent en fait leurs bombes à l'aveuglette, touchant des quartiers d'habitation. Ainsi quatre bombes tombent sur la nouvelle médina, faisant 110 victimes. Ce raid aérien sur Casablanca est le seul que les Allemands mèneront durant la guerre. Il est vrai que celui-ci leur coûte cher pour de piètres résultats, puisque au cours du retour ils perdent les 2/3 de leurs bombardiers, en grande partie à cause d'un manque de carburant !


L'AMERICANISATION DE CASABLANCA


Après le débarquement américain, la population observe, impressionnée, le déploiement de force de l'armée des Etats-Unis, dans les différents ports du Royaume, et au regard duquel la puissance française fait bien pâle figure ! Un jeune soldat français, Raymond Lescastreyres, écrit à cette époque : « Nous sommes en admiration devant leur équipement (...) ce qui nous étonne le plus c'est la sophistication du matériel dont ils sont dotés. En comparaison, le nôtre se trouve à des années-lumières en retrait. »


Pendant de longs mois, Casablanca offre alors un visage étonnant : des dizaines de milliers de tonnes de matériel sont stockées temporairement dans la ville, avant leur transfert pour le front de Tunisie (de novembre 1942 à mai 1943) puis vers des camps militaires, où sont équipées de nouvelles unités françaises, en application des accords d'Anfa. Casablanca se transforme ainsi en véritable entrepôt militaire à ciel ouvert : sur ses quais, aux abords de son port et même sur sa vaste place Administrative (actuelle place Mohammed V), qui accueille une chaîne de montage de véhicules de guerre !


Les rues des villes côtières grouillent d'uniformes américains. Dans les cafés, dans les cinémas, dans chaque lieu public, impossible de ne pas remarquer ces GI's hauts en couleur. Et dont certains s'amusent, parfois, à descendre les rues de Casablanca... A cheval et au galop ! Nombreux sont les habitants, jeunes ou adultes, qui découvrent ou redécouvrent le chewing-gum, les barres de chocolat, le coca-cola, les cigarettes américaines. Des petites boutiques se spécialisent dans les produits issus des stocks de l'armée américaine. Abraham Serfaty précisera : « la présence américaine au Maroc m'apportait aussi l'accès à la littérature immense de ce pays. Dans les kiosques, je trouvais à des prix dérisoires les livres de poche vendus par les soldats américains et je découvris ainsi Hemingway, Steinbeck et tant d'autres ».


Parallèlement, de nouveaux idéaux culturels se diffusent, sous la forme d'une américanisation, qui se reflète dans les modes de vie et dans l'architecture de l'habitation bourgeoise. C'est aussi l'époque où Hollywood s'intéresse à Casablanca et réalise un film du même nom, avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman !


Cette influence américaine au Maroc inspire alors le chansonnier Lhoussine Slaoui, qui compose un air populaire « Les beaux gars aux yeux bleus », dont les paroles sont très significatives : « Oh ! Oh ! Comme les temps ont changé ! Les Américains sont arrivés, les gens ont pris de l'assurance et les femmes leurs aises (... ) Même les vieilles ont mis des voilettes et mâchent du chewing-gum. Les épouses ont pris prétexte pour quitter leur domicile. Les beaux gars aux yeux bleus sont arrivés avec beaucoup de cadeaux (...) Ils distribuent des bonbons, des cigares et même des dollars (...) Même les petites filles ont appris l'américain. Tu n'entends plus que OK, OK, Come On, Bye Bye ! »


LA QUESTION DE l'INDEPENDANCE DU MAROC


Le nouveau contexte mondial issu de la guerre favorise la revendication de l'indépendance au sein de la société marocaine et particulièrement des milieux nationalistes, jusque-là modérés en ne réclamant que des réformes au sein du Protectorat depuis le milieu des années 1930.


En effet, la défaite de la France en 1940 et les divisions entre Français après cet événement ont ébranlé le mythe de l’invulnérabilité de la puissance occupante. Le débarquement américain au Maroc a rendu plus sensible encore l’affaiblissement de la France.  A cela, s'ajoutent les échos publics de l'entrevue d'Anfa, début 1943, entre le sultan Sidi Mohammed ben Youssef et le président américain Roosevelt, ainsi que les fuites de ces entretiens, qui donnent à penser que bien des choses vont devenir possibles, qui ne l’étaient pas auparavant…


En s'appuyant, entre autres, sur l'attitude loyale du sultan et les sacrifices consentis par son peuple pour soutenir la France dans la guerre, les partis nationalistes marocains finissent par rejeter le principe des réformes dans le cadre du Protectorat et revendiquent l’indépendance du Maroc. Le Manifeste du Parti nationaliste de l’Istiqlal, rendu public le 11 janvier 1944, affirme ainsi le principe de la reconnaissance de l’indépendance comme préalable à toute entente avec la France.


Son succès est tel qu’il inquiète l’administration du Protectorat. Celle-ci n'est pas encore prête à entendre ces revendications et répond maladroitement par la répression : manifestations dispersées par la force, arrestations et condamnations des signataires. La rue gronde d'un bruit sourd qui ne cessera dès lors de s'amplifier... Encouragé en cela, par des facteurs extérieurs, au sortir de la guerre, tels que la Charte des Nations Unies, qui proclame le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et la fondation de la Ligue arabe en Egypte, qui encourage le mouvement d’émancipation des peuples arabes. Dès lors, la question de l'indépendance du Maroc va imprégner progressivement le quotidien de tous les habitants du pays... 


LA FIN DE LA GUERRE


Dans l'immédiat, la victoire alliée, le 8 mai 1945, est vécue comme un soulagement par toute la population au Maroc : même si les restrictions alimentaires perdurent, l'angoisse du deuil, dans des milliers de familles marocaines et françaises, disparaît enfin.


Dans les jours et les semaines qui suivent, Français et Marocains réservent un accueil triomphal aux combattants de l'armée d'Afrique, parents, enfants ou amis, frères d'armes marocains et français, qui se sont battus, côte à côte, pour la libération de l'Europe. Instants fugaces d'une communion sincère entre deux populations, qui sont restées globalement unies dans l'épreuve, au-delà des tensions persistantes.


Le 15 mai 1945, lors d'une réception donnée par le sultan Sidi Mohammed ben Youssef, le Résident général, Puaux, rend un hommage mérité « au peuple marocain qui, animé de ses qualités d'endurance et de discipline, a su répondre à l'appel se son souverain (...) pour aider les Alliés de ses ressources et de la valeur de ses enfants. »  La Seconde Guerre mondiale a bien donné lieu à un élan du peuple marocain dans un appui prononcé à la cause de la France et des Alliés, et dont le quotidien en a été fortement marqué. Elan plein d'espoir en retour...


Christophe TOURON, professeur d'Histoire-Géographie au Lycée Lyautey de Casablanca (1995-2007) et au Collège Royal à Rabat (2003-2007). 


Date de création : 14/10/2004 @ 17:03
Dernière modification : 09/02/2007 @ 18:00
Catégorie : 3-Débarquement américain et vie quotidienne
(1939-1945)

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